| Retour vers Histoire
Histoire du Likès à travers la construction des
bâtiments
Il y a quelques années, Frère
Hervé Daniélou, ancien élève, ancien
professeur, ancien Directeur Adjoint du Likès, publiait « 1838-1945 :
Un siècle de vie Likésienne ». Cet ouvrage
est encore disponible auprès de l’établissement
(contact Lycée Le Likès, 20 place de la Tourbie 29196
Quimper cedex – tél 02.90.95.04.86).
A partir de cet ouvrage (les textes sont
de Frère Hervé Daniélou), nous avons pensé
intéressant de montrer, pour le site Internet, l’histoire
du Likès à travers la construction des bâtiments
qui témoignent de son expansion.
Voici un premier épisode consacré
à la période qui va de la fondation, en bas de la
place de la Tourbie (anciennement Champ de Foire), près de
l’ancienne prison de Mesgloaguen, jusqu’à la
fermeture (provisoire), en 1906, de l’école située
depuis 1864, en haut de ce Champ de Foire.
Jean-Yves Pondaven
De 1838 à la fermeture (provisoire) de
1906
Autres chapitres : de
1919 à 1945 - de
1945 à 1962 - après 1962
Le « Vieux Likès »
Quand, au XIXe siècle, on mentionnait le
"Vieux Likès", il s'agissait de cette période
de 26 ans (1838-1864) pendant laquelle il fut logé dans la
partie ouest du collège municipal, mais en fonctionnant d'une
façon tout à fait indépendante de celui-ci.
Une vieille photo, nous donne une idée
des bâtiments alors occupés par « l'école
des likès ». Le fait que les flèches de
granit de la cathédrale y figurent, en fond de tableau, prouve
que le cliché est postérieur à l'année
1857. Il nous montre un bâtiment tourné vers l'ouest
et dont le style fait penser à la fin du XVIIe ou au début
du XVIIIe siècle.
Avec les mansardes, il compte quatre niveaux.
La cour sur laquelle jouent les élèves est plantée
d'arbres et au coin gauche, en bas, on distingue le parapet interne
du rempart séparant l’école du Champ-de-Foire.
Ce rempart, d'une largeur de plus de 3 m, servait à l'occasion
de cour de récréation et il était percé
d'une porte (aujourd'hui bouchée mais encore visible) permettant
aux élèves de se rendre sur la place.
L'accès normal de l'école se faisait
par la petite rue Saint-Antoine, en prolongement de la rue de Kergariou.

Fig 1 : Les bâtiments du « vieux
Likès », dans la partie ouest du collège municipal,
ces bâtiments ont été rasés en 1886,
lors de la construction du lycée La Tour d'Auvergne.
La Maison-Blanche
Il existe au musée des Beaux-arts de Quimper
un tableau peint par Olivier Perrin vers 1821-25. Il nous offre
une vue du Champ de Foire (aujourd'hui place de la Tourbie), prise
du haut des remparts en regardant vers le nord. L'artiste s'en est
donné à coeur joie en y peignant de nombreux groupes
de paysans et de paysannes, portant différents costumes de
Cornouaille.
Mais ce qui nous intéresse, c'est le haut
du tableau: on y voit bien le cimetière Saint-Louis avec
sa chapelle et, vers la droite, une auberge et ses dépendances.
Cette auberge, bien placée au coin du Champ-de-Foire et de
la rue de Brest (aujourd'hui rue de Kerfeunteun), doit son nom de
« Maison-Blanche » à sa couleur. Elle
se présente comme une solide bâtisse avec rez-de-chaussée,
étage et mansardes. Quant aux dépendances, elles semblent
assez vastes mais modestement bâties. Cette maison va jouer
un rôle important dans l'histoire du Likès.

Fig 2 : Le Champ de-Foire, vu par Olivier Perrin
(1761-1832), musée des Beaux-Arts de Quimper. En haut, à
droite: la Maison-Blanche.
Le « nouveau Likès »
 Quand
les Frères ont acquis, en 1854, la propriété
de la Maison-Blanche, bien située, avec ses 16.668 m2, en
vue d'une future construction, on pouvait penser que celle-ci allait
vite démarrer. Il faudra pourtant attendre six ans avant
le début des travaux et quatre autres avant leur achèvement.
Les raisons de ce long délai sont d'ordre
financier et administratif: d'un côté, il faut d'abord
payer l'achat de la propriété (15.000 f. plus les
frais) avant de songer à financer des constructions, et,
par ailleurs, les Supérieurs des Frères ne peuvent
donner leur autorisation de bâtir tant que le plan de financement
n'est pas réaliste. C'est donc sur ces deux fronts que le
Frère Dagobert va se battre pendant toute une décennie.
Profitant du triomphal voyage de Napoléon
III en Bretagne et à Quimper, le Frère Dagobert lui
remet une longue supplique. On y remarque cette phrase: « Les
Frères, livrés à leur propres ressources, et
s'imposant tous les sacrifices possibles, ne peuvent répondre
que de 25 à 30 mille francs » (sur un devis ramené
à 50 ou 55 mille francs, pour une première tranche).
Il faut donc compter sur des subventions publiques. Celles-ci, bien
que modestes, en comparaison du devis, vont bientôt venir.
Dès le 23 novembre 1858, le Baron Richard, préfet,
annonce au Frère Dagobert une aide gouvernementale de 6 000
F., à laquelle le département ajoute une subvention
de 3 000 F. Les plans et devis sont retournés « revêtus
de l'approbation ministérielle ».
Encouragé par ce premier succès,
le Frère Dagobert écrit de nouveau au Frère
Supérieur général pour solliciter l'autorisation
de construire l'aile nord, au centre du futur bâtiment. A
sa demande il joint le devis dont l'examen est plein d'intérêt
et qui monte à 62.403 F 39.
Il obtient satisfaction le 23 novembre 1859.

Fig 3 : Le Nouveau Likès à l’origine
– document de 1868
La construction commence dès le 23 avril
1860: il s'agit bien de l'aile centrale du bâtiment prévu
en U. Le 17 juin, a lieu la bénédiction solennelle
de la première pierre par Mgr Sergent, évêque
de Quimper de 1855 à 1871.
Les travaux sont rondement menés et, dès
octobre 1861, Bigot signe son devis pour les ailes ouest et est
du bâtiment. Le coût s’élève à
29.420 f. 61 pour chaque aile, avec un supplément de 800
f. pour l'aile est (côté rue) qui comprend une cave.
A noter, pour la petite histoire, qu'en cette même année
1861, un jugement du tribunal de Quimper, daté du 13 mai,
exproprie le tréfonds de la propriété au profit
de la Compagnie du Chemin de Fer Paris-Orléans, en vue du
percement du tunnel.
La construction de l'aile ouest démarre
en 1861 et celle de l'autre aile en 1863. Celle-ci bénéficie
d'une aide de 30.000 f. de la part du centre de l'Institut des Frères.
Dans sa lettre de remerciement au Frère Assistant du Supérieur,
en date du 13 août 1863, Frère Dagobert fait allusion
au chemin de fer qui désormais relie Paris à Quimper.
Cette ligne sera ensuite prolongée jusqu'à Landerneau,
en passant par le tunnel creusé sous Le Likès et terminé
en 1864.

Fig 3b : Le Likès en 1864, vu de
l'autre côté de la vallée du Steir.
Saint Hubert et la cour Saint Joseph.
A peine le Frère Dagobert aura-t-il eu
le temps de souffler pendant quelques années, après
le déménagement d'avril 1864, qu'il va se retrouver,
au lendemain de la Guerre 1870-71, devant un problème de
place. En effet le nombre des élèves, après
avoir baissé momentanément, du fait de l'occupation
par l'armée d'une partie des locaux, reprend une rapide croissance:
à la rentrée de 1871 on enregistre un total de 651
élèves (dont 459 pensionnaires ou chambriers), alors
que le maximum précédent n'était que de 593,
en 1867-68.
Devant cet afflux, le Frère Dagobert pare
au plus pressé et décide de construire, en 1872, un
pavillon d'une vingtaine de mètres, comportant rez-de-chaussée
et étage, orienté nord-sud et situé à
peu de distance à l'ouest de l'U central. Ce nouveau bâtiment
dit de Saint-Hubert, bien que provisoire en principe (il durera
jusqu'en 1927!) allait entraîner d'autres constructions dans
le même alignement et transformer la cour Saint-Joseph en
ce long couloir plutôt triste que nous avons bien connu et
qui ne disparaîtra qu'avec les démolitions effectuées
en 1993.

Fig 4 : Plan des constructions au 19ème
siècle.
Le scolasticat
En 1884-85, un long bâtiment étroit,
avec classes et préau, est construit pour les scolastiques
à l'ouest et en contre-bas des classes prolongeant le bâtiment
St-Hubert. Il connaîtra par la suite bien des avatars et se
trouvera baptisé "ligne Sigfried" lors de la guerre
1939-45. Il sera rasé en 1951, en même temps que les
classes adjacentes.
En 1890, enfin, le scolasticat est doté
d'un bâtiment autonome et adéquat, orienté est-ouest
et dominant l'entrée du tunnel: il comprend classes, dortoirs
et autres locaux. Il sera démoli en 1967 pour céder
la place à l'auditorium et autres salles du Likès.
La construction du noviciat et de maison de retraite
des Frères
Elle s'échelonne de 1882 à 1885:
il s'agit d'un bâtiment situé face au Champ-de-Foire
et formant équerre avec la chapelle du Likès construite
en 1873-74. Tout cet ensemble sera complété, en 1886-87,
par la chapelle, dite du noviciat (mais servant en réalité
à toutes les maisons de formation et aux Frères Anciens),
construite sous la direction de l'architecte Gustave Bigot, fils
de Joseph. Sous cette chapelle sont aménagés cuisine
et réfectoires et elle est surmontée d'un dortoir.

Fig 5 : Vue imagée du Likés en
1891.
La grande chapelle
Pour ce qui est de la chapelle, on sait que le
Frère Dagobert rêvait de la construire dans le jardin.
Pourtant, si on regarde la vue de l'établissement en 1891,
on y voit une place vide, béante, en bordure de la rue de
Kerfeunteun, entre l'aile est de l'U primitif et l'internat du petit-noviciat
qui vient d’être construit en 1888. C'est là
que le directeur a prévu d'implanter la nouvelle chapelle
en y incluant une salle des fêtes en sous-sol. Il en confie
l'étude à l'architecte Gustave Bigot …
Notons enfin qu'il a existé un projet de
clocher pour cette chapelle: on en possède le plan (gothique
comme le reste de l’édifice), dressé par le
Chanoine Abgrall, mais pas le devis. Il devait se dresser à
l'angle nord-ouest de la nef (côté cour Ste-Marie).
Sa hauteur prévue était de 15 m au-dessus de la base
du toit.
On sait que les travaux de la chapelle débutèrent
en 1896 (pose de la première pierre le 10 mai) et se terminèrent
en 1898 (bénédiction solennelle le 22 mai).

Fig 6 : Projet de chapelle avec clocher.
L’atelier de mécanique
Pour
compléter son oeuvre de constructeur, il restait au Frère
Cyrille-des-Anges à doter son établissement, d'un
nouvel atelier de mécanique. On possède un rapport
établi à ce sujet par le conseil d’établissement
du Likès, en date du 7 mai 1899. Il signale l'insuffisance
notoire de l'atelier existant, bâti en 1888 le long du mur
du jardin, et propose une nouvelle construction dont le devis atteindrait
12.604 F 75 pour la bâtisse elle-même et 9 826 F. pour
l'équipement du local. Le devis de construction n'était
que provisoire parce qu'établi à partir des prix pratiqués
précédemment pour la chapelle. Le devis dressé
quelque temps après par le Chanoine Abgrall atteignait en
fait 13.208 F.
Les travaux commencèrent bientôt.
L'atelier en question, avec murs de pierre, charpente de bois, toiture
d'ardoises et plafond de plâtre, fut construit en haut de
la cour St-Joseph et dans l'alignement du mur séparant le
jardin de la cour nord. Son outillage comptait 50 étaux,
3 machines à percer, 1 tour parallèle et une forge
à 5 feux; les machines-outils étaient entraînées
par une machine à vapeur d'un coût de 7 000 francs.
Fig 7 : La cour Saint Joseph à la
rentrée des classes vers 1900. (Au fond, l’atelier
de mécanique)
Conclusion
Avec ce nouvel atelier de mécanique, se
clôt le cycle de constructions entrepris en 1860 et qui s'est
achevé avec le siècle. La masse des bâtiments
ainsi obtenue nous semble sans doute un peu disparate, avec en plus
la juxtaposition des locaux affectés au Likès et de
ceux du District.
Les constructeurs ont souvent dû répondre
à l'urgence et ainsi se lancer parfois dans du provisoire
qui a ensuite duré trop longtemps. Beaucoup de ces bâtiments
ont aujourd'hui disparu, souvent remplacés par de plus modernes;
d'autres sont toujours debout et témoignent encore de la
foi et de l'audace des bâtisseurs du XIXe siècle.
Frère Hervé Daniélou
Fig 8 : Vue imagée du Likès en
1900.

Fig 9 : Vue perspective du Likès, à
la fermeture en 1906.
Autres chapitres : de
1919 à 1945 - de
1945 à 1962 - après 1962
|