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La Promenade scolaire des 4èmes à Bénodet
Journal de Saint Yves n° 15 – octobre 1932
Au premier son de la cloche, nous nous levons «comme un
seul homme»... le dortoir tremble, ébranlé par
notre saut sur le plancher. Pas un ne reste sommeiller aujourd'hui...
et personne en retard au lavabo. Mais il nous faut, ce matin, faire
notre lit, opération délicate où n'excellent
guère les collégiens de Saint-Yves, peu entraînés
à ce genre de sport. Ce fut quand même assez réussi,
je crois. (P. Philippon.)
Aussitôt la messe finie, nous descendons au réfectoire
pour le déjeuner. «Ne vous étouffez pas, nous
dit M. le Surveillant, vous avez le temps ». Mais, en cinq
minutes, le tout est englouti. (M. Fily.)
Nous voici groupés sur la terrasse... Huit heures sonnent
à la tour de la Cathédrale. A la minute précise,
M. le Supérieur fait avancer les élèves en
bon ordre dans la direction du Cap-Horn. (L. Fraval.)
Quel temps fera-t-il aujourd'hui ? Question angoissante que tout
le monde se pose et à laquelle il est fort malaisé
de répondre. Depuis ce matin, en effet, un brouillard très
épais flotte sur Quimper, empêchant de voir à
vingt mètres devant soi. Les uns assurent, avec forces gestes
et exemples à l'appui, que ce brouillard annonce une belle
journée. Ils vont répétant :
Brume du matin
Le pèlerin peut se mettre en chemin.
D'autres, pessimistes, sentent déjà les premières
gouttes de pluie. «Avec un temps comme cela, soupirent-ils,
on ferait bien mieux de rester chez soi ! » (G. Vourc'h.)
Enfin, nous voici près de la «Reine de l'Odet»;
le moteur ronronne et semble s'impatienter. (H. Tanneau). On se
demande si vraiment tout le monde pourra trouver place dans la vedette,
mais bientôt chacun eut trouvé un coin… même
la charrette aux provisions. (L. Larnicol.)

Fig 1 : Une vedette de l’Odet au Cap-Horn
vue de Locmaria.
Peu de temps après, les hélices se mirent à
battre l'eau ; un remous violent se produisit à l'arrière
du navire, et, doucement d'abord, puis plus rapidement, la «
Reine » s'élança sur les eaux limpides de son
Odet ; la fumée s'échappait de la cheminée
en d'étranges volutes qui, un moment indécises, planaient
dans les airs, puis reprenaient leur course échevelée
jusqu'à disparaître. (J. Jaouen.)
Nous voilà partis. Le brouillard, toujours aussi dense,
nous cache les rives, et on dirait que l'eau s'élève
au-dessus des têtes, car tout est d'un gris uniforme, le ciel
et la mer. (H. Tanneau.)

Fig 2 : Par beau temps, dès le départ,
on peut admirer l’ensemble architectural de Locmaria qui se
reflète dans l’eau.
Vraiment ce début de traversée n'est guère
engageant. A peine si, de temps à autre, on devine ici ou
là un arbre, à l'aspect de fantôme. (G. Vourc'h).
Des nouveaux demandent même à leurs voisins si «c'est
tout ça la plus jolie rivière de France». (P.
Philippon.) Tiens, voici venir deux bateaux dans le faux jour qui
baigne la vallée, ils nous semblent d'abord gigantesques;
tout à l'heure, vus de près, ils nous paraîtront
tout petits. (G. Vourc'h.) Ce sont deux pauvres sabliers qui «vont
leur train de sénateurs» ; nous les narguons au
passage.
... Mais voilà dix minutes que nous avions fait cette rencontre,
et nous n'avions depuis repéré aucune balise. Les
marins fouillaient la brume de leurs regards perçants, et
les élèves qui étaient juchés à
la proue s'associaient à leurs recherches. (L. Fraval.)
Il fallut bien se rendre à l'évidence: nous étions
en perdition ; en perdition dans l'Odet. C'était heureusement
la deuxième fois que cela nous arrivait; aussi notre émotion
fut-elle très modérée. Nous commencions à
avoir l'habitude ! (P. Pilven)
Comme pourtant la balise demeurait introuvable, le «capitaine»
fit mettre le moteur au ralenti, et l'un des marins, saisissant
une gaffe, opéra un sondage. Tous les «passagers»
attendaient, anxieux... Allions-nous échouer ? Alors, adieu
la bonne promenade ! La gaffe reparut, l'extrémité
couverte de vase. Ce que voyant, le pilote changea la direction
du bateau et nous reprîmes enfin le chenal. Quelle ne fut
pas alors notre surprise de voir sur nos derrières les deux
«tortues» de tout à l'heure. Comme le lièvre
de la fable, nous avions musé en route et nous étions
à présent sur le point d'être devancés.

Fig 3 : La baie de Kerogan.
Au sortir de la baie, la brume commença à s'éclaircir
ce qui fit dire à un rhétoricien... pas très
fort vraiment (sauf le respect que je lui dois !) « Le
brouillard aura un «six» parce qu'il se dissipe »
(L. Fraval).
En revoyant la rive, il nous sembla sortir d'un océan sans
bornes, et je répétais, en riant, à mon voisin,
le mot célèbre de Christophe Colomb découvrant
le Nouveau Monde: «Terre ! Terre !» (H. Tanneau.)
Non loin de l'anse de Combrit, nous pûmes contempler un spectacle
très «couleur locale». Trois fortes « Bigoudènes
» ramant énergiquement dans un canot qui, ma foi, allait
bon train. Un camarade, les montrant du doigt, s'écria: «
Dis donc ! Vois ! Le sexe faible ». Et tout le monde
de s'esclaffer. (L. Fraval.)
Peu après, la vedette accostait et nous débarquions.

Fig 4: L’arrivée à Bénodet.
Une Courte visite à l'église et puis vite au bain
! Il était onze heures quand la baignade prit fin, et nous
n'avions que le temps de nous rhabiller et de gagner le parc de
l'hôtel Kermoor, mis, une fois de plus, à notre disposition
par la bienveillance de M. Daniel. Sous le frais ombrage du dôme
feuillu un plantureux pique-nique nous fut servi par les religieuses,
toujours aimables et attentionnées. (P. Philippon et P. Pilven.)
Au milieu des groupes, la Mère Supérieure se démène,
affairée. (G. Vourc'h.) Et il y a de quoi !... Affamés
par le bain, nous engouffrons sans discontinuer sandwichs sur sandwichs.
Nous sommes insatiables. (P. Philippon.) Un camarade, qui a déjà
la bosse du commerce et le sens des affaires, nous fait déguster
au dessert les meilleurs échantillons de sa biscuiterie.
On se croirait à la Foire-Exposition. (F. Louboutin.) A ce
moment survient M. l'abbé Berthou armé de son kodak.
Nous aurons bientôt plus que le souvenir de la promenade.
(G. Vourch.)

Fig 5 : L’embouchure (encombrée)
de l’Odet.
Après le repas, chaque classe va de son côté.
Nous, quatrièmes, nous partons pour la pêche. L'un
taquine le petit crabe dormeur, l'autre poursuit la fuyante crevette.
Pieds nus dans l'eau, nous nous amusions follement. Toute la gent
aquatique, nous entendant rire aux éclats et clapoter dans
l'onde amère fut sans doute prise de peur, et se cacha si
bien au fond de son royaume que nous ne prîmes rien. (P. Le
Corre.)
Passant à un autre divertissement, nous construisîmes
un château-fort, entouré de solides remparts ... L'eau
monta. Ce fut alors une résistance opiniâtre, où
nous fûmes, hélas ! Finalement vaincus ! (J. Tanguy.)
Les méchantes vagues s'acharnaient sans pitié contre
les fortifications (R. Cornic). Le sable fut emporté par
le courant, et, un quart d'heure plus tard, comme vestiges de notre
redoute, il ne restait plus que deux grosses pierres. Un camarade,
qui avait des lettres, soupira mélancoliquement: «
Sic transit gloria mundi ». (F. Rolland.)
Pendant ce temps, quelques géologues pleins de flair avaient
mis à jour des fossiles qu'ils portaient maintenant triomphalement
à M. Toulemont. Voilà une journée qui n’aura
pas été perdue pour la science ! (G. Vourch.)
Assis sur la plage, le soleil commençait à devenir
trop chaud (sic). Aussi nous songeâmes au deuxième
bain. M. l'abbé Berthou, infatigable ce jour-là, prit
ses derniers clichés. (L. Larnicol.)
Et ce fut la collation, prélude du départ. Un dernier
adieu à la plage, et l'on prit la direction de l'église
pour la bénédiction du Saint-Sacrement. Après
que l'ostensoir eut tracé sur nos fronts son signe sacré,
nous gagnâmes l'embarcadère, où la vedette nous
attendait. (F. Louboutin.)
Le retour fût délicieux... L'Odet, prenant sa revanche
sur le brouillard du matin, s'était paré de tous ses
charmes.

Fig 6 : L’Odet, « la plus jolie
rivière de France » déjà en 1932 !
Quel spectacle ! Sous les rayons du soleil, l'eau semblait rouler
des diamants... A gauche, à droite, devant, derrière
ce ne sont, dans les vire-courts, que cimes d'arbres vertes qui
ploient au souffle léger de la brise du soir. (G. Vourch.)
A l'horizon, le soleil, qui commence à baisser, s'empale
sur un sapin... (F. Louboutin.).
Peu à peu notre âme s'emplit de la douce mélancolie
des beaux jours qui s'en vont... On arrive enfin, et bientôt
le petit clocheton de l'Ecole se profile sur le ciel... La promenade
est finie, mais, pendant quelques jours encore, nous garderons sur
notre visage les effets du bon soleil et de l'air marin. (G. Vourch.)
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