Yannig Menguy - Nous sommes tous co-responsables

« A l’inverse de nombreux pays européens où les langues minoritaires sont considérées comme une richesse, le breton reste ici aux yeux d’un certain nombre, perçu comme marginal et folklorique. Pourtant, dans l’absolu, aucune langue n’est supérieure à une autre », telles sont les idées qui animent Yannig Menguy, ancien likésien au parcours très riche, aujourd’hui élu en charge du bilinguisme à Pluguffan et directeur, depuis un an, de Mervent, l’association finistérienne d’enseignement du breton. »

Ses premiers cours de breton, Yannig les a pris au Likès avec Lukian Kergoat. « Les conditions n’étaient pas très favorables. Il fallait se presser pour manger à midi ». Il garde cependant des « années lycée » le souvenir d’un groupe très solidaire. « Avec quelques élèves nous partagions des idées sur la culture bretonne, notamment à travers le groupe de sonneurs qui se constituait lors de la fête de l’école ». Mais pour l’ancien élève, l’intérêt pour sa culture remonte bien en amont. Avec son père, sonneur au bagad de St Jo à Landerneau, il a souvent fait le déplacement aux Fêtes de Cornouaille. Assez jeune, confie t’il « La Bretagne me parlait totalement ». Les déplacements familiaux pour raisons professionnelles à travers la France achèveront de lui faire prendre conscience que l’on perçoit mieux la propre force de son identité, dès l’instant où l’on sort de chez soi.

De retour en Cornouaille, Yannig traduit concrètement son intérêt pour la musique bretonne en adhérant en 1983 au Bagad du Moulin Vert. « Dans un contexte familial où l’image culturelle n’est pas très porteuse, l’environnement est moins négatif lorsqu’on joue de la cornemuse dans un bagad, que quand on s’intéresse de trop à la langue ou à la politique ».
Bac E en poche, le likésien devient étudiant à Rennes. En préparant son DUT de génie civil, il se documente sur la Bretagne, achète des livres et s’immerge dans le milieu étudiant. « Á l’IUT, je rendais mes copies avec l’entête bilingue. Certains profs répondaient en Breton, d’autres en Catalan, voire en Berbère. Ce genre d’acte fait qu’on est vite repéré, mais c’était plutôt bien vu ».

Le breton dans la vie publique.

Encouragé par sa famille à aller vers des domaines techniques, mais tiraillé par un esprit idéaliste, Yannig Menguy enchaîne les diplômes (DUT de gestion entreprise et administration, DIT ingénieur technologue en sciences et techniques routières) et fait son service national au Bagad Lann-Bihouée avant d’intégrer le monde du travail. Salarié de B.A.S. [1], en tant que permanent technique et musical, il a eu recours aux services de l’Office de la Langue Bretonne pour introduire davantage de bilinguisme dans la puissante fédération des bagadoù. « Petit à petit, j’ai décidé de m’impliquer d’avantage dans la langue, mais ne la parlant pas alors, j’étais d’avantage porté sur sa place dans la vie publique ».

Conseiller municipal, délégué au bilinguisme

La fonction est assez rare. En 2001 et 2008, Yannig Menguy est élu conseiller municipal à Pluguffan, sur une liste où il reçoit pour mission de travailler sur la politique linguistique. Vaste programme qui débouche sur la signalétique, mais qui s’étendra rapidement à la traduction de documents administratifs courants, à la mise en service d’un standard téléphonique bilingue et même à la possibilité de mariage en français et breton. « Une évolution s’ancre dans le paysage. Nous avons incité nos associations et entreprises à s’investir dans l’obtention du label « Ya d’ar Brezhoneg ». Résultat : 10% de réponses favorables sur un premier envoi de courrier. C’est encourageant ! Il est important de préciser que tout ceci ne se fait pas au détriment du français. Nous sommes dans l’observation stricte de la loi en vigueur, pour laquelle, les langues régionales n’existent pas de manière officielle. »

L’avenir par la communication

Comme toutes les autres, la langue bretonne exprime l’universalisme et appartient au Patrimoine l’Humanité. Nous sommes tous co-responsables, mais on ne peut pas demander aux autres de s’occuper du breton à notre place. Ceux qui s’intéressent à la question ne sont pas sur du repli, mais au contraire sur de l’ouverture et de la responsabilité. Une langue ne peut exister que si elle est langue de communication. La bataille consiste donc à faire en sorte que ceux qui le veulent puissent l’utiliser. Comme au Pays de Galles, où le nombre de locuteurs est en hausse, il faut arriver à ce qu’elle dépasse les sphères des médias et de l’enseignement et soit introduite dans tous les domaines de la société, du sport au secteur économique. Aujourd’hui, bien que le nombre de jeunes locuteurs bretonnants soit croissant, le solde global reste négatif. Comme cela s’est fait ailleurs, il faut se fixer des objectifs, mais tous les espoirs ne peuvent être fondés sur les enfants. Il faut aussi que les adultes s’y mettent. Bien sûr, écoles et institutions ont leur part de travail à faire dans le Finistère : enseigner en breton à travers des classes bilingues, revaloriser les options par une meilleure place dans les emplois du temps. Mais la première chose à faire, suggère Yannig en circulant dans les couloirs de son ancien établissement serait de faire que la langue bretonne apparaisse aux yeux des élèves avec une image favorable grâce notamment à une signalétique bilingue. Plusieurs établissements se sont déjà engagés dans cette démarche. Je vois bien Le Likès dans ce genre de projet innovant ».

Notes

[1Bodadeg ar sonerion. Fédération bretonne des bagadoù

Publié le : mercredi 9 mai 2012

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