Une figure d’enseignant et d’éducateur, le Père Jean Yves LE MOIGNE.

« Certains hommes ont du mal à comprendre que tout le monde ne possède pas une échine à géométrie variable »- Hélie de Saint-Marc dans “Les champs de braises.”

JPEG - 60.2 koL’abbé Jean-Yves Le Moigne, professeur au Collège Saint-Yves pendant « les 30 glorieuses ». Au centre, accompagné de Mathurin Lequeux.

Il y a un an, le père LE MOIGNE nous quittait.
Le 27 février 1999, une foule nombreuse, priante et recueillie célébrait ses obsèques dans l’église de Kerfeunteun...
Dans l’homélie qu’il prononça à cette occasion, le Père Pierre CROZON qui fut son ami et confrère à l’école Saint-Yves, nous rappelait qu’il fut ordonné prêtre en 1945 et il ajoutait :
« Nous rendons grâce pour ce qui fut le service de sa vie : un demi-siècle auprès des jeunes, comme professeur de lettres à l’école Saint-Yves de Quimper et surtout comme aumônier des scouts et guides de France à partir de 1971. Ceux qui ont bénéficié de sa belle intelligence et de sa disponibilité totale sauront lui en être reconnaissant »

Comme Pierre CROZON, j’ai été le compagnon de travail du Père LE MOIGNE. Nos chemins se sont aussi rencontrés dans le scoutisme. Mais écrivant ici pour “Le Likès”, c’est le professeur, l’éducateur que je veux évoquer, à la fois par amitié et par obéissance à un élémentaire devoir de mémoire.

Il y aurait tant de choses à dire. Il faudrait prendre le temps de relire la collection du bulletin intitulé “Saint Yves”, dont le Père fut responsable pendant de nombreuses années et dans lequel on trouve sa signature soit sous les initiales Y. L. M., soit sous celle d’« Yvo Veridicus » et peut-être d’autres. - On y retrouverait certainement les traits qui étaient les siens.. - Ce serait trop long...

Pour rappeler ici son souvenir, je vais donner la parole à quelques-uns uns de ses anciens élèves qui ont bien voulu répondre à l’appel que je leur ai adressé.
Puis, pour terminer, je donnerai aussi mon témoignage, en particulier sur un tournant dramatique dans sa vie, tournant qui justifie la citation d’Hélie de Saint-Marc que j’ai placée en tête de cet article...

D’abord quelques extraits des témoignages d’anciens élèves du Père :

Yvon Moysan, de Carhaix.
« Je n’ai été qu’un an (1ère C. 57-58) dans la classe de l’abbé LE MOIGNE et n’en ai gardé que peu de souvenirs précis, plutôt des images : une allure décidée quand il arpentait le cloître en lisant son bréviaire ou parfois de façon ostensible un journal “L’Express”, « Le Monde » qui ne nous étaient pas autorisés à Saint-Yves.
(Yvon nous montre bien dans ce petit fait, le côté “provocateur” qu’affectait volontiers le Père, côté qui faisait incontestablement partie de sa pédagogie)...
Ce qui m’a le plus marqué chez lui, c’est la passion qu’il vouait à Voltaire et qu’il a su transmettre à au moins certains de ses élèves dont je suis... »

Jean-Pierre FEILLET, de Caen.
« Le Père LE MOIGNE fut mon professeur de français, de latin et d’instruction religieuse en 1953-1954.
En français on passait deux mois à étudier Voltaire... J’aurais aimé un peu plus de travail personnel ! La correction des versions latines faisait l’objet de cours du soir et là, les explications étaient impératives.
Quant à l’instruction religieuse, j’y ai attrapé ma seule “colle” à Saint-Yves, On devait notamment parler de l’historicité des Évangiles, mais le bouquin à lire n’avait rien d’attrayant !
J’ai le souvenir de quelqu’un qui parlait avec aisance et qui maniait l’ironie avec plaisir. II ne perdait pas une occasion de détendre son auditoire, parfois au détriment d’un personnage de la classe ou d’un auteur littéraire... »

Bernard HOSTIOU de Quimper.
(Bernard a bien connu le Père, à la fois parce qu’il fut son élève, mais aussi parce qu’il collabora de près avec lui à la marche de la 1ère QUIMPER.)
« L’abbé LE MOIGNE fut pour moi, bien sûr, et d’abord “Le Père” aumônier de la troupe Saint Patrice. Mais il fut aussi mon professeur de lettres (français, latin) en première 1962-1963.
Je garde le souvenir d’un professeur de latin redoutablement efficace. D’une main ferme, il nous menait au bout du bel exercice de la version. Le passage à son bureau (un comptoir de coiffeur !) pour un oral de latin était un grand moment.
De même, le professeur de français ne nous jouait pas le "cercle des poètes disparus”. Tout simplement, il nous préparait méthodiquement au Baccalauréat au travers d’un programme assez encyclopédique (le XVIIIe et le XIXe siècles, plus Pascal avant Pâques !).
Aussi surprenant que cela paraisse à certains, il subsiste pour moi, de son enseignement, principalement le Voltaire des “contes philosophiques” ou le Montesquieu des “Lettres persanes”. Ceux qui ont connu Yvo Veridicus peuvent comprendre cela...
Au cours de mes études supérieures, j’ai pu mesurer à diverses reprises, la solidité de l’enseignement secondaire dont j’avais bénéficié à Saint-Yves de 1957 à 1964. L’abbé LE MOIGNE, avec d’autres, y avait grandement participé ».

En lisant ces témoignages de ses anciens élèves, on aura bien compris la forte personnalité qu‘était le Père LE MOIGNE.
Pour terminer ce portrait je voudrais évoquer, pour mémoire, de quel prix il paya cette indépendance d’esprit qui était la sienne...
Comme le dit si bien Hélie de Saint-Marc qui paya de sept années de prison politique son refus de renier ses convictions, l’abbé LE MOIGNE était tout le contraire d’« une échine à géométrie variable ». Il en paya le prix fort.

C’était le temps où le sort d’un enseignant du privé dépendait du seul bon (ou mauvais) vouloir d’un Inspecteur. S’il avait eu une échine à géométrie très variable, le Père LE MOIGNE se serait plié pour une heure (durée d’une inspection) à la méthode officielle, à la pédagogie du moment.
Il refusa de se renier et fit son cours, en toute honnêteté, comme il le faisait d’habitude. Un jeune Inspecteur, imbu de lui-même et sectaire, lui refusa son “contrat d’enseignement”.
On lui accorda cependant, s’il le désirait, de pouvoir enseigner le breton... Sans commentaire !

« Nous le recommandons à la douce pitié de Dieu dont toute vie a besoin » disait encore le Père CROZON à la fin de son homélie... Le Père LE MOIGNE fût un combattant...

Avec le Père Joseph LE JOLLEC, son compatriote et son confrère à Saint-Yves, il repose au cimetière de GOUEZEC. Paraphrasant Xavier GRALL dans son adieu à Félicité DE LA MENNAIS, on peut penser que « La rumeur des chênes, non loin de la mer, y redit son nom, sous la douceur des nuages... »

Mathurin LEQUEUX.

Publié le : samedi 25 août 2012

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