PORTRAITS - Frère Charlemagne et Frère Dagobert

Il avait fallu beaucoup insister pour que les Frères des Écoles Chrétiennes qui enseignaient au Likès depuis sa création, en 1838, en prennent la Direction officielle.
En 1839, à la mort de M. l’Abbé Guilcher, premier directeur, ils avaient refusé.

Quand, en 1846, M. l’abbé Morisset décède à son tour, le baron Boullé, Préfet du Finistère, obtient l’accord du ministre de l’Instruction Publique qui lui écrit ne voir « nul inconvénient à ce que vous réalisiez le projet que vous avez formé de confier cet établissement aux Frères des Écoles Chrétiennes… » et aussi celui du Frère Philippe, Supérieur des Frères qui accepte de confier à un des siens la direction de l’école.

Les Frères sont donc à la tête du Likès et pour longtemps. De 1846 à 2010, il y aura, en tout, 20 Frères Directeurs avec un intérim du Frère Le Gallic en 1935-36 et le directorat d’un laïc, M. Serge Rabot de 1993 à 2003. (voir annexe, plus bas)

Voici le portrait des deux premiers Frères Directeurs.

Frère Charlemagne, Directeur de 1847 à 1854.

JPEG - 51.6 koLe Frèr Charlemagne - 1er Frère Directeur du likès

Le 11 Février 1847, le Très Honoré Frère Philippe nommait le Frère Charlemagne, Directeur de l’École spéciale des likès et lui adjoignait sept autres Frères chargés de l’administration, de l’enseignement et des surveillances. Tous venaient de la communauté de Saint-Corentin qui avait en charge l’école communale de Quimper depuis 1828 (l’école avait été ouverte en 1824).

Le Frère Charlemagne avait pris la direction de l’école communale en 1846 en lieu et place du Frère Dagobert qui avait quitté Quimper mais qui allait y revenir en 1854... pour le remplacer.

SA PERSONNALITÉ.

« Volonté énergique, remarquable esprit d’observation, ponctualité mathématique, égalité de caractère, autorité calme et ferme, le Cher Frère Charlemagne obtenait, par sa seule présence en classe, un ordre parfait et une grande application au travail. »

Auprès des adultes, des autorités civiles, il savait entreprendre les démarches nécessaires pour l’aménagement et l’agrandissement de son école.

SES RÉALISATIONS.

Le recrutement

Pour assurer le recrutement du pensionnat, le Frère Charlemagne n’hésitait pas à faire des démarches auprès de prescripteurs tels que les recteurs des paroisses.
Le 12 février 1847, il adressait une circulaire aux recteurs des paroisses rurales dans laquelle il vantait les mérites de son école qui non seulement répandait les bienfaits de l’éducation chrétienne mais formait aussi, pour les paroisses, des auxiliaires zélés pour le Culte Saint en leur enseignant, entre autres, le plain-chant. Ils deviendraient, « le bon exemple des Paroisses et la consolation de leur Recteur ».
Il n’oubliait pas de joindre quelques prospectus à communiquer aux pères de famille de la paroisse. (Voir annexes)

Les installations

Le Likès était à l’étroit dans les locaux que la municipalité lui avait attribués dans l’ancien collège des jésuites dont les constructions scolaires s’étaient achevées deux siècles auparavant, vers 1650.

Le Frère Charlemagne trouva d’abord deux maisons assez proches du Collège :
- la maison Palud où logeront vingt-quatre élèves en quatre chambres.
- la Maison Blanche qui, se trouvant en location en 1851, devint un noviciat. En l’aménageant avec soin, le Directeur put, en outre, y disposer de 53 lits pour ses likès.

JPEG - 78.5 koLa maison Palud et la "Maison Blanche" situées de l’autre côté du Champ de Foire, face au Collège.

C’est aussi à son initiative que l’on doit l’achat, en 1854, de la Maison Blanche et des terrain où s’élèveront les bâtiments du nouveau Likès. (Voir annexes)

Le F. Charlemagne avait accompli son œuvre. Il laissait son école remplie de 252 élèves occupant 6 classes et tous les locaux disponibles.

LA FIN DE SA CARRIÈRE.

Après le Likès, ses Supérieurs lui confièrent la direction des écoles communales de Poitiers, puis celle du pensionnat d’Orléans.
En 1856, il est au pensionnat du Puy qu’il dirige pendant trois ans ; il exerce la même fonction, à Moulins, jusqu’en 1870.
Il consacre le reste de sa longue carrière religieuse à l’inspection des classes de Lille.

Il meurt à Lille, le 21 février 1895, après quelques jours de maladie. Il avait 81 ans.

« Dieu aura réservé le meilleur accueil à cet homme de devoir dont la vie peut se résumer en deux mots : dévouement et charité. »

ANNEXES :

Liste des Frères Directeurs du Likès

1. Frère Charlemagne (1847-54).
2. Frère Dagobert (1854-76)
3. Frère Conrad-Marie (1876-81)
4. Frère Cvrille-de-Jésus (l 881-87)
5. Frère Cyrille-des-Anges (1887-1901)
6. Frère Colman-de-Jésus (1901-04)
7. Frère Donan-Anselme (1904-06)
8. Frère Yves Le Gall (1919-22)
9. Frère Joseph Gautier (1922-32)
10. Frère Jean Buanic (1932-33)
11. Frère Louis Bengloan (1933-35 et 1936-41)
11 bis Intérim du Frère Le Gallic (1935-36)
12. Frère Joseph Salaün (1941-44)
13. Frère François Le Bail (1944-47).
14. Frère Laurent Le Guellec (1947-1954)
11. Frère Louis Bengloan (1954-56)
15. Frère Eugène Le Viavant (1956-1962
14. Frère Laurent Le Guellec (1962-64)
16. Frère François Kerdoncuf (1964-67)
17. Frère Jean Le Flecher (1967-79)
18. Frère Pierre Tobie (1979-85)
19. Frère Noël Bois (1985-93)
20. Frère Jean-René Gentric (2003-2010)

La lettre de Frère Charlemagne aux recteurs des paroisses.

Nous espérons, Monsieur le Recteur, que vous voudrez bien nous seconder dans une œuvre toute de dévouement, dont le but est de répandre les bienfaits de l’éducation chrétienne dans les campagnes de ce département.
Nous nous appliquerons, par tous les moyens qui sont à notre disposition, à inspirer à nos chers élèves tout en leur inculquant les connaissances indispensables à leur position, l’amour et la pratique de notre Sainte Religion, la confiance envers leurs dignes Pasteurs.

Nous avons le doux espoir que nous trouverons en eux des auxiliaires zélés pour le culte Saint, qu’ils seront le bon exemple des Paroisses et la consolation de leur Recteur. Vous avez déjà compris le motif qui nous a portés à enseigner le plain-chant, c’est celui de vous être agréable, Monsieur le Recteur, et de mettre en rapports les plus immédiats les jeunes paroissiens avec le Pasteur.

Nous avons l’honneur de vous adresser quelques prospectus que vous voudrez bien communiquer aux pères de famille de votre paroisse.

Si à cette obligeance, vous voulez bien ajouter un conseil favorable pour une œuvre qui ne peut réussir sans votre concours bienveillant, au succès de laquelle vous aurez largement contribué, vous aurez fait un bien réel et acquis un droit à notre bien vive reconnaissance.

Veuillez bien agréer les sentiments pleins de confiance et de respect avec lesquels nous avons l’honneur d’être, Monsieur le Recteur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le Directeur de l’Établissement.
Quimper, le 12 février 1847.

L’achat de la Maison Blanche.

En 1854, il acquit la propriété, mise en adjudication. La vente eut lieu à éteinte de feux, au plus offrant et dernier enchérisseur. « Il a été allumé une première bougie pour parvenir à ladite adjudication ; pendant la durée de son feu, Me Guyot a fait valoir 15.000 francs, mise à prix ; deux autres bougies ont été ensuite successivement allumées et se sont éteintes sans que l’enchère de Me Guyot ait été couverte ». L’avoué, dernier enchérisseur, devient légitime propriétaire de la « Maison Blanche » avec ses dépendances.

Trois jours après, le 13 mai 1854, se présente, au greffe du tribunal, Jean-François-Corentin Guyot, avoué, lequel déclare que la propriété, à lui adjugée à l’audience des criées du dix mai, est pour et au nom de M. Mathieu Bransiet, dit F. Philippe, Supérieur Général des Frères des Écoles Chrétiennes, demeurant à Paris.

Frère Dagobert, directeur de 1854 à 1876.

JPEG - 44.4 koLe Frère Dagobert, bâtisseur du nouveau Likès

Le Frère Dagobert (François Chassé) est le successeur du Frère Charlemagne, comme Directeur et comme Visiteur du District de Quimper (séparé de celui de Nantes en 1851).
Il est nommé le 4 Novembre 1854.

Frère Dagobert connaît bien Quimper car il y a été directeur de l’école communale de 1841 à 1846. Il y avait laissé, disent les archives de l’école communale, « le souvenir d’un Directeur actif, zélé, qui sut gagner l’estime et la confiance des familles, ainsi que la sympathie des autorités civiles et religieuses ».

UN FRÈRE ENTREPRENANT ET ENTREPRENEUR

L’homme d’action.

Déjà, du temps de l’abbé Morisset, Frère Dagobert est intervenu auprès des autorités civiles et religieuses pour que les Frères, et en particulier le Frère Charlemagne, prennent la Direction du Likès.
Non content d’écrire au Préfet, au Frère Visiteur… le Frère Dagobert s’adressait directement au Frère Philippe, Supérieur général des Frères.
Détail intéressant, il demande qu’il y ait parmi les Frères un certain nombre sachant le breton, pour de meilleurs contacts avec les élèves et les familles.

Pour financer les constructions, il n’hésite pas non plus à écrire à l’empereur Napoléon III (Voir annexes) et quand celui-ci vient à Quimper, à offrir, le 13 août 1858, « un gentil petit cheval poney » au Prince Impérial (voir annexes).
Le 23 novembre 1858, le Baron Richard, préfet du Finistère, annonce au Frère Dagobert une aide gouvernementale de 6 000 f., à laquelle le département ajoute une subvention de 3 000 f.

Les acquisitions foncières.

En prenant la Direction du Likès, le Frère Dagobert a, à sa disposition, avec l’achat tout récent de la Maison-Blanche et de la propriété adjacente, les moyens de bâtir une école moderne et accueillante. Il va pouvoir offrir aux élèves les locaux que la réussite de l’école nécessite.

Quand le terrain de la Maison-Blanche se révèle insuffisant pour réaliser tous ses projets, il profite des occasions qui se présentent pour agrandir la propriété vers le nord et l’Ouest. Le terrain doit accueillir des locaux scolaires (côté Nord) mais aussi des locaux pour le District des Frères (côté Sud).

En 1877, la propriété atteint déjà la superficie actuelle.

La construction des locaux du Likès

L’U central, est achevé en 1864, et le déménagement des locaux du collège peut avoir lieu.

Devant l’afflux des élèves (651 en 1871 dont 459 pensionnaires), le Frère Dagobert pare au plus pressé et décide de continuer les constructions.
- en 1872, un pavillon d’une vingtaine de mètres, comportant rez-de-chaussée et étage, orienté nord-sud et situé à peu de distance à l’ouest de l’U central. Ce nouveau bâtiment dit de Saint-Hubert (Internat actuel et Centre Abbé Pierre).
- en 1874, un prolongement vers le sud de l’aile ouest du bâtiment primitif. On y logera la chapelle qui, jusque-là était installée très provisoirement au premier étage de l’aile ouest déjà existante (futur dortoir St-Eloi).
- en 1876, un prolongement sud du bâtiment Saint-Hubert (bâtiment actuel des secondes).

JPEG - 98.4 koLes constructions par le Frère Dagobert. En jaune, le U initial, en bleu les extensions.

Les projets de construction de locaux pour le District des Frères

Dans une lettre du 18 septembre 1876, adressée, au Frère Assistant Osée. Frère Dagobert expose, sans fard, la triste situation du District, au point de vue bâtiments propres. Le noviciat est logé (depuis 1861) dans la vieille Maison-Blanche et insuffisamment séparé du Likès ; il n’y a pas d’infirmerie de District et si un Frère tombe malade, il partage les mêmes locaux d’infirmerie que les élèves du Likès ; on souhaite ouvrir un petit-noviciat (ou juvénat) mais où le loger ? ...

Bref, après s’être battu pendant plus de 20 ans, pour doter Le Likès de locaux adéquats, le Frère Dagobert se rend compte qu’un pareil effort sera nécessaire en faveur du District [1].

En 1876, il laisse la Direction du Likès (qu’il assumait depuis 22 ans) à son sous directeur, le Frère Conrad-Marie mais garde jusqu’à sa mort la charge de Visiteur du District de Quimper, c’est-à-dire Supérieur des Frères.

Le Frère Dagobert ne verra pas sortir les constructions qu’il avait imaginées et qui, de la Chapelle (labos de physique) au Petit Noviciat (BTS), formeront, à partir de 1888, une majestueuse façade sur le Champ de Foire.

L’ÉDUCATEUR

L’augmentation des effectifs

Sous son Directorat, le nombre d’élèves ne cesse de croître. Ils étaient 252 à son arrivée, à la rentrée de 1854. On en trouve 306 en 1855, 433 en 1857, 651 en 1871 et 760 en 1876, année de son départ de la Direction.

La formation industrielle.

L’école des likès avait été créée pour apprendre le français, les bases de l’instruction et de l’éducation : lire, écrire, compter, dessiner, chanter, développer les aptitudes physiques.
Très vite, en 1842, la formation agricole avait été annexée grâce à la chaire d’agriculture mise en place par le Conseil Général du Finistère.

Vers 1865, Frère Dagobert s’aperçoit que bon nombre d’élèves externes ou pensionnaires vont terminer leurs études à l’Ecole Primaire Supérieure, annexée au Collège municipal depuis 1834, afin d’y apprendre le travail du fer, exigé au concours d’entrée dans les écoles d’ingénieurs Arts et Métiers.
Le Frère Dagobert décide donc d’ouvrir une section préparatoire à ce concours, et, comme la maison ne possédait pas d’atelier, on conduit les candidats, chez un ancien élève, maître-mécanicien, qui se charge de la préparation pratique.

Dès 1866, sur quatre élèves présentés au concours, trois le réussirent : premiers d’une longue liste de lauréats, puisque, durant la période 1866 - 1906, 136 likésiens entreront dans les écoles d’Arts et Métiers : d’abord uniquement dans celles d’Angers ou de Cluny (publiques) puis, à partir de 1899, également dans celles de Lille (ICAM) et de Reims (future ECAM).

LE DÉCÈS DU FRÈRE DAGOBERT

Le Frère Dagobert avait bien rempli sa tâche et l’œuvre qu’il a développée acquit une importance capitale grâce à l’esprit d’initiative, à l’exquise délicatesse de son Directeur et aux excellents rapports qu’il eut toujours avec les autorités civiles.
Malade depuis deux ans, il fut terrassé le 13 Novembre 1879 par une congestion pulmonaire qui l’emporta en quelques minutes.
Le C. F. Directeur du Grand Noviciat put arriver juste à temps pour recevoir son dernier soupir.
Le soir de ce même jour, Mgr l’Evêque venu pour clore la retraite des élèves du Pensionnat, proposait en exemple la vie si pleine du Frère Dagobert.
Ses obsèques furent célébrées à la Cathédrale de Quimper (voir annexes).

ANNEXES :

Texte de la supplique à Sa Majesté l’Empereur des Français

SIRE,

La langue bretonne étant à peu près seule connue parmi les populations rurales du Finistère, grand nombre de familles envoient leurs enfants en ville, afin de se perfectionner dans le Français.
Avant la création d’un enseignement spécial pour ces jeunes gens, ils étaient placés dans des cabarets et autres maisons ne présentant aucune garantie, abandonnés à eux-mêmes et libres de toute surveillance.
Après deux ou trois ans, ils retournaient sous le toit paternel, sachant à peine lire, emportant avec eux les vices de la ville, des habitudes de paresse, d’ivrognerie et de jeu.

Pour obvier à ce fâcheux état de choses, une École primaire, spécialement destinée aux enfants de la campagne, fut établie à Quimper, en 1837, par les soins de M. le Baron Boullé, alors préfet du Finistère, et par Monseigneur de Poulpiquet, Évêque du Diocèse.
Cette École, approuvée le 28 novembre 1837, par son Excellence le Ministre de l’Instruction Publique, fut d’abord dirigée par un ecclésiastique, et le 16 octobre 1846, confiée aux Frères des Écoles Chrétiennes, qui la possèdent à titre d’École Libre.

Dès le principe, le gouvernement y annexa une chaire d’agriculture qui a déjà produit de grandes améliorations dans le pays. L’enseignement agricole, qui est théorique et pratique, affectionne de plus en plus ces jeunes gens à la profession de leurs parents.

Cette institution, qui progresse continuellement, occupe quelques salles du Collège, qui ne lui sont que prêtées. Ces salles sont très insuffisantes pour les 300 élèves qui la fréquentent.
Si le collège venait à avoir besoin de ses salles que deviendrait alors cette intéressante École qui est une pépinière d’hommes d’ordre, d’hommes laborieux et attachés à tous leurs devoirs, et où l’administration voit se former pour l’avenir, de bons maires, des conseillers municipaux intelligents et éclairés ?
De sa destruction renaîtrait plus grand que jamais, le mal qu’elle a fait disparaître.

La rétribution mensuelle est de 6 francs ; l’établissement donne l’instruction, le trempage de la soupe deux fois par jour, fournit le bois de lit, l’éclairage et le chauffage.

Le personnel pour le service de cette maison est de 22 frères, d’un aumônier et de cinq domestiques. Il y a un Noviciat à soutenir, un loyer de 1 150 francs, plus de 300 francs d’impôts et les réparations.
Quelque minime que le budget des Frères soit, à force de sacrifices et de privations, ils ont pu faire l’acquisition d’un terrain d’environ deux hectares, situé dans une des positions les plus salubres de la ville de Quimper.
C’est sur ce terrain, Sire, que les Frères voudraient commencer à transférer en partie, l’école Spéciale, en faisant construire d’abord une aile de cinquante mètres sur huit, portion du plan de la bâtisse projetée à trois étages.
Par ce moyen, serait assurée pour toujours l’existence d’un établissement reconnu par tous les gens de bien comme un des plus utiles à la religion, aux bonnes mœurs, aux progrès de la langue française, de la civilisation et surtout de l’agriculture dans le Finistère.

D’après le devis estimatif, la dépense pour la bâtisse en question serait de cinquante à cinquante-cinq mille francs. Les Frères livrés à leurs propres ressources, et en s’imposant tous les sacrifices possibles, ne pourront répondre que de 25 à 30 mille francs.
Ils comptent pour le reste, Sire, sur l’insigne bonté et la munificence de Votre Majesté très religieuse, et au besoin sur le recours à leurs excellences, les Ministres de l’Agriculture, et de l’Instruction Publique.

C’est avec la plus grande confiance, Sire, que les Frères de la susdite École déposent aux pieds de Votre Majesté leur très humble supplique, vous priant instamment de la prendre en considération, en daignant l’exaucer. Ce sera, Sire, un des plus grands bienfaits que Votre Majesté puisse accorder au pays.

Nous avons l’honneur d’être, avec un très profond respect, Sire, de Votre Majesté, les très humbles et très fidèles sujets.

Au nom des Frères, le Directeur de l’Établissement,
FRÈRE DAGOBERT.

Rencontre avec l’Impératrice Eugénie, à Quimper, le 13 août 1858.

Avant de quitter Quimper, l’Empereur a examiné avec intérêt divers types de la forte race de chevaux bretons du nord du département, organisée surtout pour le trait ; plusieurs juments de Léon, remarquables par leur ensemble et par la beauté des membres, ont fixé l’attention de Sa Majesté. Elle a aussi remarqué plusieurs chevaux élégants, de la race plus légère du sud, susceptible de fournir un appoint très important pour notre cavalerie, avec des soins dont ils sont dignes.

Pendant cet examen, l’Impératrice agréait l’hommage d’un gentil petit cheval poney, offert au Prince Impérial par les jeunes élèves des frères de la Doctrine chrétienne de Quimper, presque tous fils de cultivateurs. Le respectable supérieur des Frères conduisait lui-même cette jeunesse intéressante.

Compte rendu des obsèques du frère Dagobert dans le journal « L’Impartial du Finistère »

La levée du corps a été faite par M. l’Abbé Du Marc’hallach, Grand Vicaire, les cordons du poêle étaient tenus par M. Astor, Maire de la Ville de Quimper ; M Trévédy, Président du Tribunal Civil ; M. Chauvel, docteur-médecin, maire de Combrit ; et M. Rabot, conseiller de Préfecture.
MM. les Chanoines de la Cathédrale, tout le Clergé de la Ville les RR. PP jésuites de la maison Saint-Joseph, et plusieurs membres du clergé des paroisses voisines, en rochet, honoraient de leur présence la cérémonie funèbre.

En tête du cortège marchaient les FF. Osée, Assistant, représentant le Supérieur Général de l’Institut, Cyprien, Visiteur du District de Nantes, les Frères du Pensionnat Sainte-Marie, de l’école Normale, des Noviciats, de l’école Communale, et un grand nombre de Frères venus de divers points du District.
Ils étaient suivis par les élèves du Petit-Noviciat et de l’école Normale. Puis venait un nombreux cortège, où toutes les classes de la société quimpéroise étaient représentées.
Les écoliers du Pensionnat Sainte-Marie, au nombre de six à sept cents fermaient la marche.

Notre vaste cathédrale s’est trouvée remplie par les assistants. M. Bourlé, recteur de Port-Launay, précédemment aumônier du Pensionnat, assisté des deux aumôniers actuels, a chanté la grand-messe de Requiem.

Monseigneur l’Évêque a donné l’absoute.
L’enterrement a eu lieu au cimetière Saint-Louis, lieu habituel de repos de nos bons Frères.

Combien cette suprême séparation a fait verser de larmes, c’est ce dont nous avons été témoin avec une émotion profonde. Si la douleur se laissait voir sur le visage de tous les confrères du bien-aimé défunt, la plupart même ne pouvaient retenir leurs larmes et leurs sanglots qui trouvaient dans le cœur des personnes présentes, un vif et sympathique écho.
Qui a pu laisser sur la terre de tels regrets, trouvera en Haut grâce et miséricorde auprès du Dieu de toute bonté.

Au milieu des persécutions implacables auxquelles les Frères sont en butte presque partout, ce nous est une précieuse consolation d’avoir pu constater dans cette circonstance qu’à Quimper, du moins, tous sont unanimes à rendre justice à ces éducateurs chrétiens, dont l’unique but est de servir Dieu en se dévouant au service des enfants du peuple.

Le Frère Dagobert a rempli ce rôle pendant 56 ans, avec un dévouement et une capacité dont nous avons été tous témoins.
Qu’il repose en paix au milieu de nous.

Notes

[1Le District émigrera à Kerozer, en Saint-Avé près de Vannes en 1949

Publié le : jeudi 18 octobre 2012

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