PORTRAIT : Maurice Bon, ancien élève, héros de l’escadrille Normandie-Niemen.

En 1936, Maurice Bon est élève de la section secondaire. Sur la photo de classe de la 1ère B, il pose avec trois futurs résistants qui seront arrêtés par la Gestapo et qui mourront en déportation : Joseph Salaün, le professeur d’anglais et pro-directeur, Joseph Cluyou, de l’Île Tudy et Alain Fily, de Plogonnec. voir le dossier Guerre 1939-1945

Dans les différents documents du Likès, le nom a deux orthographes : Le Bon et Bon. On sait que le "Le" n’intervenait pas dans le classement alphabétique et que son nom était toujours bien placé.
- Dans le palmarès 1931-32, il est Maurice Le Bon pour les élèves primés et Maurice Bon pour les lauréats du Certificat d’Études Primaires (officiel)
- Dans les palmarès 34-35 et 35-36, il est toujours Le Bon.
- Dans le palmarès 36-37, pour la même photo, il est, en légende, M. Le Bon et dans la liste Maurice Bon !

Ce portrait reprend les articles parus dans les numéros 16 et 17 du « Likès », consacrés, en 1947, à l’ancien élève. Il est agrémenté de quelques documents extraits des palmarès 34-35, 35-36 et 36-37 qui permettent de mieux connaître celui qui a été un élève de la section secondaire, la nouvelle section qui, depuis la rentrée 1930, accueille les meilleurs élèves de l’école. Il s’est engagé dans le scoutisme et joue dans l’harmonie.

Les photos de groupe sont dans l’annexe téléchargeable

Le Likésien

L’élève de 3ème professionnelle et de 1ère B

JPEG - 56.6 koPortraits extraits des photos des palmarès

Le musicien de l’Harmonie

JPEG - 56 koMaurice (Le) Bon est membre de la célèbre Harmonie likésienne

JPEG - 37.4 koExtrait de la composition de l’Harmonie

Les résultats scolaires

JPEG - 59.3 koLes nominations au Palmarès 1934-35

JPEG - 67.9 koLes nominations au palmarès 1935-36

JPEG - 55.4 koLes nominations au Palmarès 1936-37

JPEG - 35.4 koListe des élèves reçus à un examen professionnel en 1935

Le scout

Maurice Bon, de Quimper, avide d’action et de dévouement, entre dans ce beau mouvement de jeunesse qu’est le Scoutisme. C’est un des membres les plus marquants de la 3ème Troupe de Quimper, exclusivement composée d’externes du Likès, qu’une page du Palmarès de 1936 nous montre groupés autour du sympathique aumônier des Scouts, le regretté Monsieur l’abbé Kerbrat, capitaine de réserve et chef de bataillon en 1939-40, qui devait se faire remarquer dans la Résistance et disparaître, pure victime immolée par la Gestapo, à la veille de la Libération.

JPEG - 50.2 koMaurice (Le) Bon et M. l’abbé Kerbrat sur la photo des scouts en 1936

Dans ce milieu d’élite, il comprend la beauté de l’idéal proposé aux jeunes du groupe où il s’est enrôlé. Oui, décidé à s’élever au-dessus de la médiocrité, « Servir » telle est la règle qu’il se trace, règle qui sera pour lui l’étoile que fixeront ses regards tandis qu’il montera dans l’azur où nous allons le voir planer.

Un écrivain a dit qu’une belle vie était « une pensée de jeunesse réalisée dans l’âge mûr ». Cette pensée, Maurice l’a conçue et il la réalisera, au maximum, dans tout l’éclat de son printemps.
Sa vocation, il l’a connue de bonne heure et tout de suite il s’en est épris. Il veut être aviateur. Les « gestes » des conquérants du ciel l’ont enthousiasmé et si cet adolescent modeste ne rêve pas mériter la gloire des Guynemer ou des Mermoz, du moins, les événements le prouveront, il se sent une âme de leur trempe.

L’élève pilote de chasse.

A quelques kilomètres de Quimper, s’étend le terrain d’aviation de Pluguffan. L’année 1937 voit la création de l’Aéro-club de Cornouaille, Maurice - il a 17 ans - s’inscrit des premiers, en vue de participer aux cours d’élève pilote.

Avec joie, il s’entraîne aux exercices et bien vite se fait remarquer par un sang-froid peu ordinaire. Aussi, quelques mois lui suffisent pour obtenir le brevet de pilote civil, et ce n’est pas sans une certaine fierté qu’il se voit peu après autorisé à donner à son père le baptême de l’air...

Reçu au concours d’Istres, Maurice rejoint en Février 39 la base-École d’Angers, où il décroche deux mois plus tard le diplôme de pilote militaire. Son rêve est réalisés. Il jubile...

Mais l’horizon diplomatique s’assombrit ; bientôt la guerre éclate. Alors, un caractère trempé comme le sien, va pouvoir donner toute sa mesure. Il ne désire qu’une chose : servir en combattant dans l’arme où il lui tarde de cueillir des lauriers.

Il lui faut toutefois compléter sa formation et ayant passé par les bases de Châteauroux et d’Avord, le voilà classé « chasseur ». En décembre 39, le journal « les Ailes » souligne les remarquables qualités du « plus jeune pilote de chasse » et voit en lui l’un des meilleurs espoirs français dans cette catégorie.

JPEG - 66.5 koMaurice Bon, pilote de chasse.

La drôle de guerre.

Au début de 1940 il se trouve au Mas des Causses, à Montpellier, où il achève son entraînement d’acrobatie aérienne et de tir et se met en mesure de rendre le plus tôt possible les services qu’il brûle de fournir dans la zone des combats.

Partir se battre, voilà désormais la faveur qu’il réclame. Mais il n’obtient que de convoyer des avions au front. Il s’étonne et gémit.
Combien sont révélateurs ces mots extraits de lettres écrites à ses parents « Je commence à désespérer d’aller un jour à la guerre ; pourtant, je vole actuellement sur Bloch 151 et ça marche bien. Rien d’étonnant que je sois rudement excité. Je vous promets que ça bardera lorsque je me trouverai face aux Boches et j’espère bien en descendre ma part. »

Les semaines, les mois s’écoulent, et toujours plus impatient, il attend l’ordre du départ qui s’obstine à ne pas venir. Entendons les échos de sa tristesse dans une lettre aux siens, le 28 Avril 1940 : « Je ne suis pas encore parti au front ; j’enrage... Ici, on se demande si l’on est vraiment en guerre. J’en arrive à souhaiter qu’un petit bombardement vienne nous le rappeler et provoquer le décollage des quelques Morane 406 qui nous restent. Hélas ! rien, toujours rien. »

L’armistice, le Chagrin et la Honte

On peut alors juger combien l’affecta la signature de l’Armistice. Quel chagrin il dut ressentir de n’avoir pu déployer sa bravoure dans le ciel de France.

Lisons plutôt ce que lui dicte son cœur : « Sur les événements qui viennent de se produire je ne peux vous dire qu’une chose : c’est vraiment terrible et l’on ne peut que se révolter devant ce qui s’est passé. Ici, nous ne demandions qu’à monter au front ; il y a des pilotes et du matériel, mais on nous a laissé froidement tomber. Je suis furieux et honteux comme tous mes camarades. »

Toujours est-il qu’il ne se rendra pas à l’ennemi. Son dessein est arrêté : partir en Angleterre par la voie des airs. Rapidement, le voici prêt à s’envoler, mais hélas ! l’autorisation de quitter la France lui est refusée. Alors, il « pleure de rage », ainsi que l’annonce une de ses lettres.

Comme on reconnaît bien là le vaillant qui ne désespère pas de son pays. Ainsi que le grand soldat qui sonne alors le rassemblement de ceux qui tiennent à continuer la lutte, il juge que si la France a perdu une bataille, l’Allemagne n’a pas pour autant gagné la guerre.

En tout cas, il ne peut se résoudre à se constituer prisonnier. Il va prendre un avion à Royan, décolle de justesse avant le moment fatal et réussit à parvenir en « zone libre ».

Un poète a décrit les albatros blessés dont les marins s’amusent quelquefois sur le pont des bateaux :

« A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches,
Comme des avions, traîner à côté d’eux.
 »

Maurice, désormais, se considère un peu comme ces « voyageurs ailés » qui hors de leur élément, sont « exilés sur le sol » où leurs grandes ailes les « empêchent de marcher ». Mais lui, c’est parce que ses ailes lui manquent qu’il parait comme honteux et se regarde « piteusement ».

Dans les premières semaines de 1941, on lui offre une permission d’Armistice. Avec plaisir, il serait venu embrasser les siens, mais il refuse car il ne veut pas voir les Boches fouler le sol de sa Bretagne chérie. Le sacrifice est sans doute pénible à ce coeur si tendre, mais le héros cornélien qu’il apprit hier à admirer tandis qu’il étudiait à l’école les pièces du poète du devoir, lui a communiqué quelque chose de son souffle patriotique et tout en réalisant la grandeur du sacrifice, lui aussi dit à sa façon :
« Avant que d’être à vous, je suis à mon pays. »

Là-bas, en Angleterre une petite armée dont les rangs grossissent un peu tous les jours, s’est constituée autour du Chef qui tient haut le drapeau de la liberté. Des Bretons ont réussi à traverser la Manche. D’autres, malheureusement, que Maurice a connus, ne peuvent mettre leur projet à exécution ; sur le point de s’embarquer, ils sont arrêtés puis fusillés. Il en éprouve une peine profonde.

Mais lui aussi tient, comme ces braves, à faire son possible pour rejoindre les forces qui se regroupent en vue de la revanche. Il essaye de sortir de France, mais il a le désagrément de constater que ses efforts restent infructueux ; un jour même, il échappe de peu à une arrestation.

L’engagement pour le combat.

Dans la région de Chamonix, les sports de la montagne, s’ils lui apportent quelques divertissements qu’il sait apprécier, ne lui font pas oublier ses Ailes qu’il regrette plus que tout. Aussi, n’y tenant plus, il fait des démarches afin de partir aux colonies comme pilote ; il pense ainsi trouver l’occasion de « remettre ça ».

Cette fois, il est heureux de voir sa demande exaucée et en Septembre 1941 il s’embarque pour Madagascar, où il séjournera jusqu’en Avril 43.

Les Anglais arrivent alors dans l’île. L’heure qu’il attend depuis si longtemps vient enfin de sonner.

Homme d’énergie, il décide de rejoindre, avec quelques pilotes, le groupe « Normandie » qui se constitue en Russie. Parti de Tananarive, le 14 Avril 1943, après quelques escales, il atterrit un mois plus tard à Moscou d’où il est heureux d’adresser à son oncle, capitaine dans les forces françaises libres à Brazzaville, le télégramme suivant « Viens d’arriver en U. R. S. S. ; compte faire bon travail ici. »

Les missions de guerre en URSS

Sans perdre un instant, il prend contact avec la formation « Normandie ». Trois jours d’entraînement sur les nouveaux appareils, et le voici, la joie dans l’âme, qui part effectuer sa première mission de guerre dans le secteur de Malsask. Ses compagnons émerveillés lui font des compliments pour son adaptation vraiment surprenante dans l’emploi de l’appareil soviétique.

La radio a souvent relaté les fameux exploits accomplis par son groupe qui, d’Avril à Décembre 1943, totalisa 108 victoires homologuées. Bornons-nous ici à signaler les journées les plus marquantes mentionnées au carnet de vol de Maurice où sont énumérées les victoires obtenues individuellement ou en collaboration :
- le 19 Septembre 1943, quatre avions sont abattus à Ielna ;
- les 22 et 30 du même mois, à Smolensk, sont respectivement descendus neuf et quatre appareils, et les deux fois sans perte.

Le 30 Septembre restera d’ailleurs une date mémorable dans les annales de l’escadrille. Maurice se trouve dans un groupe de 6 chasseurs partis en patrouille. Soudain, toute une flotte aérienne surgit à l’horizon : une centaine de bombardiers Heinkel 111 et Junker 88, que flanque une escorte de chasseurs. Malgré la disproportion, les 6 Français n’hésitent pas à engager la lutte. Deux Heinkel, un Junker, un Fock-Wulf 190, tel est le bilan glorieux qui s’ajoute à la liste des avions abattus.

Tous ces jeunes gens qui ont accompli des prouesses dans le ciel de Russie, n’auront pas le bonheur de revoir la France libérée.

La mort glorieuse

Au nombre de ces volontaires du sacrifice total, il faudra malheureusement compter le sous-lieutenant Maurice Bon. Le 13 Octobre 1943, il est parti effectuer sa 72ème mission de guerre. En plein ciel, ce jeune et splendide aviateur est allé au devant d’une mort glorieuse entre toutes, combattant et donnant sa vie pour la cause du droit, de la France, de la liberté.

C’était à Gorvdetz, en Russie Blanche, le jour où il venait de remporter sa 6ème victoire officielle en abattant un Junker 87.

Quatre belles citations à l’Ordre de l’Armée aérienne, comportant chacune l’attribution de la Croix de Guerre avec palme, rendent un magnifique hommage à la valeur de ce jeune officier qui autorisait tous les espoirs.

Ses exploits lui ont également valu d’être décoré de la Médaille Militaire et de la Légion d’Honneur, et les Russes lui ont décerné « l’Ordre de la Guerre pour le salut de la Patrie ».

Nous conserverons bien vivant le souvenir de ce héros. Puissent les jeunes, surtout, porter souvent leurs regards sur cette noble figure et contempler l’admirable sillon que vient de tracer un Français à la fleur de l’âge afin qu’en leur âme vibre toujours plus intense l’amour de la Patrie dont Maurice Bon a été un modèle accompli.

JPEG - 81.2 koMonument en hommage à Maurice Bon, situé à l’entrée de l’aéroport Quimper-Cornouaille

Les décorations de Maurice Bon

(« LE LIKÈS » n°1- 08/12/45)

Titulaire de 6 victoires officielles, 4 citations à l’ordre de l’Armée aérienne, décoré de la Croix de Guerre avec 4 Palmes, Médaille militaire, de la Légion d’honneur, de la Croix de la Libération, de l’Ordre Soviétique « La guerre pour le salut de la Patrie 1ère classe », tombé glorieusement en combat aérien le 13 Octobre 1943, à Gorodietz (Russie Blanche).

Les citations pour son action au Groupe de Chasse Normandie-Niemen :
(« LE LIKÈS » n° 126 - été 65)

Ordre Général n° 19 du 22 octobre 1943.
« Excellent équipier qui s’est dépensé sans compter au cours des offensives d’Ielna et d’Orel. A endommagé un Heinkel 111 le 31 août et a abattu en collaboration avec son chef de patrouille, un JU 88 le 19 juillet et un JU 88 le 4 septembre 1943. »

Ordre Général n° 19 du 22 octobre 1943.
« Jeune pilote qui s’est révélé excellent combattant en abattant seul un JU 87 au cours d’une mission de couverture du front le 30 août 1943. »

Ordre Général n° 23 du 29 novembre 1943.
A l’Ordre de l’Armée Aérienne.
« Chasseur adroit et réfléchi. Excellent combattant dont la valeur s’affirme de jour en jour. A remporté sa 4ème victoire officielle le 22 septembre en abattant seul un JU 87 au cours de l’offensive de Smolensk. »

Ordre Général n° 23 du 29 novembre 1943.
A l’Ordre de l’Armée Aérienne,
« Jeune pilote de chasse habile et hardi. Dès ses premiers engagements sur le front russe s’est révélé un combattant magnifique autant que modeste. A participé sans défaillance à toute la campagne du Groupe Normandie en U.R.S.S. A remporté ses 5ème et 6ème victoires officielles en abattant un Heinkel 126 et un F.W. 190 le 7 octobre 1943. Attaqué par de nombreux chasseurs ennemis au cours d’un engagement particulièrement violent, a trouvé une mort glorieuse en combat aérien le 13 octobre 1943 aux environs de Gorki (Russie Blanche). »

Chacune de ces citations comporte l’attribution de la Croix de guerre avec palme.

Maurice Bon décoré de l’Ordre de la Guerre Nationale soviétique.
« LE LIKÈS » n° 126 - été 65

Pour commémorer le 20 anniversaire de la Victoire, un décret du présidium du Soviet Suprême de l’U.R.S.S. porte attribution de décoration de l’U.R.S.S. à 25 anciens milliaires français, membres du régiment d’aviation Normandie-Niémen.

Voici celle qui concerne notre camarade Maurice Bon, de Quimper, ancien élève du Likès, tombé en combat aérien dans le ciel de Russie le 13 octobre 1943 :
« Pour l’héroïsme et la vaillance manifestés au cours des opérations militaires contre l’Allemagne hitlérienne sur le front soviéto-allemand et pour commémorer la coopération de combat des forces armées soviétiques et françaises pendant la deuxième guerre mondiale, décore le citoyen français Maurice Bon de l’Ordre de la Guerre Nationale du 2ème Degré. »

Élliant donne le nom d’une de ses rues à Maurice Bon
« LE LIKÈS » n° 10/01/47

« Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie
Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.
 »

JPEG - 64.1 koLa plaque donnant le nom de Maurice BON à une rue d’Élliant

Hélas ! Combien, au cours de la longue et affreuse guerre que nous venons de subir, sont tombés loin, bien loin de la terre natale ! Parmi eux, se trouve notre ami et jeune ancien, Maurice Bon, Lieutenant-Aviateur de la fameuse escadrille Normandie-Niemen dont notre revue se fera un devoir d’entretenir ses lecteurs. Il n’est pas toutefois, pour autant, oublié.

Le 11 novembre, Elliant, pays natal de Maurice, rendait à l’enfant qu’il pleure un digne hommage de reconnaissance. En présence des autorités locales, au cours d’une cérémonie particulièrement émouvante, à laquelle assista une foule considérable, fut inaugurée la rue Maurice Bon.

Ainsi, le nom de notre ami regretté perpétuera la magnifique conduite d’un jeune héros.

Publié le : jeudi 29 novembre 2012

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