PORTRAIT : Louis Bengloan (Frère Clodoald), ancien Directeur du Likès (1933-1940 et 1954-1956)

Le présent article n’est pas une biographie officielle du Frère Clodoald (Louis Bengloan). Il existe un ouvrage : "Frère Clodoald, Louis Bengloan : 1899-1980" écrit par de Guillaume Stévant en 1982.

Il s’agit d’une reprise « adaptée » de textes issus du livre "Un siècle de vie likésienne" de Frère Hervé Daniélou et des revues "Le Likès".

L’élève et le formateur (1899 - 1932)

Louis Bengloan est né en 1899 [1], à Querrien, dans la riante vallée de l’Isole - ce beau pays qu’a chanté Brizeux. Peu après sa naissance, sa famille s’installe à Lorient où son père travaille comme modeste ouvrier dans l’entreprise Marcesche.

Dès l’âge de six ans, il fréquente le pensionnat Saint-Joseph de la rue Dupleix, tenu par les Frères des Écoles Chrétiennes. Ils étaient sécularisés [2] et dirigés par le distingué M. Coeffic, futur directeur à Lambézellec.

Sa vive intelligence frappe ses maîtres qui sont heureux d’encourager le désir qu’il manifeste d’embrasser leur genre de vie.

Muni du Brevet supérieur, il embarque à Saint-Malo, en juillet 1914, pour rejoindre le noviciat de Guernesey. Il a 16 ans. On est à la veille de la Grande Guerre mais celle-ci ne troublera pas trop les années de formation du jeune Louis, devenu Frère Clodoald.

A la fin des hostilités, il est nommé professeur au scolasticat, voisin du noviciat, avant de rejoindre Lille et son Université Catholique d’où il sort licencié ès sciences mathématiques.

Les études avaient été brillantes, les débuts professionnels le sont aussi. A l’École Normale libre franco-anglaise de Guernesey, les supérieurs ont à leur côté un homme qui, après avoir assimilé avec une aisance remarquable une culture supérieure très étendue, est leur meilleur auxiliaire dans la formation d’une nouvelle équipe de maîtres religieux dont la province avait un besoin urgent.

Pendant dix ans, il se dévoue comme professeur, sous-directeur et, à partir de 1928, directeur du scolasticat. Peu à peu, d’ailleurs, le scolasticat semble s’étendre sur toute la Bretagne, car le maître suit ses élèves par correspondance, les conduisant jusqu’aux succès officiels qui d’année en année redonnent à nos écoles les cadres que la persécution et la guerre avaient affaiblis.

Le Directeur du Likès (1933-1940)

Louis Bengloan a imprégné de son esprit une jeune équipe que l’on juge apte à la relève. Les Supérieurs pensent qu’il faut, en vue de l’avenir, étendre l’expérience de celui qui a l’étoffe d’un futur Frère Visiteur (Supérieur).

A la rentrée de 1932, le voilà donc au Likès comme pro-directeur (directeur-adjoint) et enseignant dans la classe de math-élem qui vient de s’ouvrir. Son rôle de pro-directeur doit lui permettre de se familiariser peu à peu avec la bonne marche d’une maison aux rouages multiples et complexes.

Il est l’adjoint de M. Jean Buanic qui vient de remplacer M. Joseph Gautier. De constitution robuste, Jean Buanic semble pouvoir assurer un long et fructueux directorat. Il a pour lui l’expérience de l’école et des épreuves : l’expérience de 40 années passées au service de l’enfance dans les situations les plus variées ; l’épreuve de deux expulsions à 25 ans d’intervalle : celle du Likès en 1906, celle d’Espagne en 1930.

Les premiers mois du nouveau Directeur se passent excellemment, quand survint, en janvier, un peu de fatigue et une pointe d’affection grippale. Le courageux Directeur veut braver le mal. Hélas, une broncho-pneumonie se déclare et, en moins de huit jours, Dieu le ravit à l’affection de son école.

JPEG - 62.6 koLouis Bengloan en 1934

Nous sommes le 7 février 1933. Louis Bengloan est alors tout désigné pour prendre, à seulement 34 ans, la direction d’un grand établissement. Il est l’homme que la Providence semble avoir préparé à remplir ce poste difficile. Souhaité par tous, il est donc assuré d’avance de toutes les sympathies et de tous les dévouements.

Quelques mois lui ont suffi pour étudier la marche de l’école, son esprit et ses traditions, ses besoins et ses possibilités. Le jeune directeur envisage déjà les améliorations immédiatement réalisables et celles que l’on peut prévoir dans un avenir plus ou moins proche.

Réorganisation de la section secondaire

Ecole d’agriculture, à ses origines en 1838, dotée d’un cours industriel en 1865 et d’un cours commercial en 1895, le Likès a conservé cette formule professionnelle jusqu’en 1930.

En 1931, à l’initiative du Frère Gautier, un cours secondaire est officiellement déclaré, mais il demeura jusqu’en 1934 simplement superposé à l’enseignement primaire supérieur. Il n’a que deux classes : la première et la terminale. Cela comporte de sérieux inconvénients car les programmes du primaire supérieur et du secondaire, bien que voisins, n’ont pas la même finalité, ni le même esprit, et le passage de la classe du brevet à celle de première n’est pas évident.

Le Frère Bengloan décide donc de changer le système et de créer une série secondaire complète. Dès octobre 1935, s’ouvrent ainsi les classes de 4e, 3e et 2de secondaires modernes, qui accueillent tout de suite 135 élèves au total.

JPEG - 77.9 koExtrait du cahier de projets de Louis Bengloan, Directeur

Le dispositif sera complété par l’ouverture, en 1938, d’une classe de 5e, adaptée aux élèves venant d’obtenir le certificat d’études primaires, qui, à cette époque, se passait à l’âge de 12 ans.
En 1938 est créée également une classe de philosophie. La classe de 6e ne sera ouverte qu’en 1941.
Le Likès devient ainsi une école secondaire de plein exercice.

Il est intéressant de noter que, dans ces classes, outre le programme secondaire moderne officiel (avec introduction de l’allemand comme seconde langue, parallèlement à l’espagnol), est maintenu, jusqu’en 2nde comprise, l’enseignement obligatoire d’une spécialité (agriculture, commerce ou industrie) qui avait toujours été la caractéristique propre du Likès et qui le restera encore plusieurs années après 1945.

Le Likès devient école technique reconnue

Depuis l’origine le Likès a toujours su allier harmonieusement enseignement général et formation professionnelle. Celle-ci, d’abord limitée au domaine agricole, s’était ensuite étendue, à partir de 1865, à l’industrie puis au commerce.

La loi Astier de 1921 va doter l’enseignement technique, industriel ou commercial, d’une charte légale. C’est sur cette loi et les décrets ultérieurs, comme celui du 9 janvier 1934, que s’appuie le directeur du Likès pour obtenir, en décembre 1936, pour son établissement, le titre officiel d’école technique (industrielle et commerciale), après avis favorable de la Commission Départementale de l’Enseignement Technique.

Le Likès est alors le seul établissement finistérien, public ou privé, à bénéficier de ce titre d’école technique.

Cette reconnaissance a plusieurs avantages :
Elle permet de présenter les élèves à des examens techniques officiels, tel le Certificat d’Études Professionnelles, aux multiples séries
Elle autorise aussi l’établissement à bénéficier désormais de la taxe d’apprentissage, versée par les entreprises. Cet apport financier, modeste au début, va s’accroître peu à peu et faciliter l’équipement des ateliers et autres salles de spécialités.

Sous l’impulsion éclairée de son Directeur, conscient des besoins d’une jeunesse moderne, le Likès prend au cours de ces années le visage que nous lui connaissons aujourd’hui. La population scolaire passe de 600 en 1932 à plus de 900 en 1939.

Les constructions

L’augmentation du nombre d’élèves nécessite la mise en valeur des locaux existants, accompagnée d’un plan d’ensemble d’aménagements matériels. Le carnet du Directeur intitulé "Le Likès Projets 1933-1943", conservé dans les archives, montre bien cette planification programmée.

Successivement, dortoirs, réfectoires, bâtiment surplombant le tunnel, hall de gymnastique, terrains de sports, maison des religieuses, bâtiment longeant la rue de Kerfeunteun, sont l’objet de la sollicitude de M. Bengloan.

Le 1er décembre 1937, dans la nuit de la Saint-Eloi, une rafale violente soufflant de la vallée, couche, tel un château de cartes, le Hall des sports, superbe édifice, imposant et élégant mais d’une durée éphémère. Il faudra attendre le 15 mai 1938, pour que le nouveau hall, un peu moins haut que le précédent, soit prêt pour accueillir le banquet du Centenaire.
Il sera démonté en 1968 et reconstruit sur le terrain de sports de Kermoguer.

Les mouvements de jeunesse

Plus que l’épanouissement intellectuel, plus que la formation professionnelle adaptée, plus que la recherche d’un confort amélioré, l’éducation chrétienne et sociale des élèves, doit être la préoccupation essentielle de tout religieux enseignant.

JPEG - 55.5 koLouis Bengloan en 1940

Le Frère Directeur va donc créer de nombreux mouvements de jeunesse ; près des Congrégations de l’Enfant-Jésus et de la Très Sainte Vierge, qui existent depuis longtemps, naissent des sections J.E.C., J.A.C. et J.M.C. Plusieurs de leurs membres seront des martyrs de la Résistance (Francis Billon, Joseph Cluyou, Alain Fily, Ferdinand Le Dressay…) Voir le dossier sur la guerre

Sollicité par M. Jos Le Doaré, Commissaire pour la Cornouaille, d’organiser dans son école une troupe de scouts externes, M. Bengloan consent volontiers à cette innovation : ce sont les premiers pas de la 3e Quimper, la Troupe du Roi Gradlon dont un des premiers membres sera Maurice Bon, le héros de l’escadrille Normandie-Niemen qui a donné son nom à l’aéroport de Quimper.

Les palmarès

Une autre innovation est due au jeune Directeur. Le premier palmarès illustré, présentant la vie de l’école, les résultats scolaires et sportifs et toutes les photos des classes du Likès, est édité en 1935.

A l’occasion des fêtes du centenaire de l’École, les 13, 14 et 15 mai 1938, ce palmarès prend la forme d’un « Souvenir du Centenaire », magnifique volume de 280 pages illustrées de photos et documents. C’est l’Historique de l’école. Il rappelle à chacun la somme de dévouement, de compétence, d’amour de la jeunesse, prodigués à Quimper pendant un siècle par les Frères des Écoles Chrétiennes.

Une année de Formation au Second Noviciat

Du 1er août 1935 au 20 mai 1936, Louis Bengloan va séjourner en Belgique. C’est une ancienne pratique dans l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes, de donner à ses membres appelés à prendre de grosses responsabilités, une période de préparation spéciale, ce qu’on appellerait aujourd’hui année sabbatique. A l’époque qui nous occupe cela s’appelle le Second Noviciat.

Normalement, le Frère Bengloan aurait dû bénéficier de ce temps de recyclage avant de devenir Directeur du Likès. Mais on sait par suite de quelles circonstances imprévues, il avait du prendre précipitamment la responsabilité de ce poste.

En 1935, l’établissement étant sur une bonne lancée, le Frère Bengloan peut, sans difficulté, s’absenter pendant l’année scolaire. Il a rejoint Lembecq-lès-Hall (près de Bruxelles) où se trouve, depuis 1904, la Maison Généralice des Frères. Pendant neuf mois, il y suit, en compagnie d’autres Frères, provenant de tous les continents, un programme de rénovation spirituelle, pédagogique et théologique. Au Likès, il est remplacé par M. Le Gallic qui lui a déjà succédé comme Directeur à Guernesey et qui lui succèdera plus tard comme Frère Visiteur(?).

Le voilà déjà prêt pour de nouvelles responsabilités.

JPEG - 53.5 koLouis Bengloan en 1940

Le Cher Frère Visiteur

En 1940, M. Louis Bengloan, jusque là directeur d’un établissement dirigé par des Frères sécularisés, devient le Cher Frère Clodoald. Il succède au poste de Visiteur (Supérieur des Frères de Bretagne) à son ancien professeur, le C. F. Cyprien-Robert, et laisse la direction du Likès à son Pro-Directeur, M. Joseph Salaün, qui, quatre ans plus tard, victime de son héroïsme au service de la jeunesse et de la France, devait mourir en déportation à Neuengamme.

Le C. F. Clodoald prenait la direction du district de Quimper en des circonstances nationales dramatiques qui ne pouvaient manquer de peser sur l’organisation de nos écoles.

Au lendemain de la malheureuse Campagne de France, de nombreux Frères sont prisonniers en Allemagne, d’autres ne sont pas encore démobilisés ; le Noviciat et le Scolasticat de Guernesey ayant dû se réfugier à Londres et en Irlande, il faut chercher à les réorganiser provisoirement en Bretagne, à Auray et à Quimper.

C’est l’époque des réquisitions qui imposent à nos écoles les solutions de guerre les moins viables. La plupart de nos établissements se trouvent sur la côte : la menace des bombardements alliés se précisant, notamment sur Brest, Lorient et Saint-Malo, le repli de plusieurs de nos écoles vers l’intérieur est rendu nécessaire.

Par ses directives et l’efficacité de ses démarches, le C. F. Clodoald réussit à faire face à cette situation nouvelle et à préparer par la ténacité du présent les résurrections à venir.

Le Frère Bengloan et la Résistance

Le Cher Frère Visiteur a toujours considéré l’Allemand comme l’ennemi et décide de lui opposer une résistance prudente mais tenace... Agir contre, saboter adroitement les directives des autorités occupantes … sont les mots d’ordre.

1er Moyen : En classe.

Il prône un enseignement patriotique intense. Il y a le camouflage des "livres interdits"... On utilise les livres "épurés", mais avec précision verbale sur les pages absentes… Et des chants Patriotiques sont interprétés en classe, y compris "LA MARSEILLAISE".

2ème Moyen : Les réfractaires au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire).

Le F. Visiteur organise d’abord, pour ses jeunes professeurs, la résistance larvée au S.T.O., profitant de tous les délais, et de toutes les réglementations pour faire ajourner les décisions … Il fournit lui-même dans ce but des certificats de tout sortes : étudiants, étudiants universitaires, étudiants en Théologie, membres d’ Associations Sportives, spécialistes indispensables … etc …
Cela fait gagner quelques mois …

Puis ce sont les réfractaires actifs … Le C.F. Visiteur fournit ou fait délivrer des certificats médicaux d’inaptitude, des fausses cartes d’identité rajeunissant ou vieillissant l’intéressé … Il procède à des changements de résidence pour ces jeunes. Les Écoles évitent de les inscrire sur les registres d’appel et aux bureaux du ravitaillement …

Résultat : Tous les jeunes professeurs religieux et civils astreints au S.T.O. occupés dans les 30 écoles du District échappent à l’exode en Allemagne... Cela représente près de 80 réfractaires … Il y a plusieurs alertes ennuyeuses, des emprisonnements de 24 ou 48 heures, des vérifications des pièces d’identité fausses …mais DIEU merci, rien de trop compromettant …

3° Moyen : Avec la Résistance.

Le Frère Visiteur est sollicité par Mr Jean Jaouen (Lieutenant dans la légion armée LECLERC, brillantes citations et décorations) en vue d’organiser avec les Professeurs du Likès, des équipes de Résistance en liaison avec le Mouvement "Ceux de La Libération : VENGEANCE" … Il s’entremet pour faciliter les contacts … Il permet au CF Directeur du Likès, Mr Salaün et à quatre Frères professeurs du Likès, Officiers de Réserve, de s’occuper de la question … Il sert occasionnellement d’agent de liaison entre les Chefs et la Formation

Il couvre par des Cartes de Travail portant sa signature : Bengloan, deux Officiers de liaison parachutés pour Quimper.

La liaison est d’autre part établie avec le Commandant Le Hénaff de Quimper pour faciliter le logement des Parachutistes Anglais et Américains. C’est ainsi que sont logés, pendant une semaine, 8 aviateurs anglais ou américains chez M. l’Abbé Lozach’meur, aumônier du Likès en pleine ville … De même on fait admettre dans une chambre réservée, au Likès, l’Officier Canadien Vannier, fils de Mr. l’Ambassadeur du Canada.

Compromis dans l’affaire Forget qui va amener l’arrestation du C.F. Directeur du Likès, le Frère Visiteur doit se camoufler lui aussi pendant quelques semaines et prendre un nom d’emprunt.

Cette belle attitude durant toute l’occupation vaut au C. F. Visiteur, aux premiers jours de la Libération, les félicitations officielles des gouvernements américain et britannique.

L’expansion et la modernisation du District

La paix revenue, un grand effort de réorganisation s’impose au C. F. Clodoald : vaille que vaille, en dépit de mille difficultés, les œuvres avaient tenu ; mais comme toutes choses en France, elles avaient cruellement soufferts ; quatre années de solutions improvisées au gré des événements ne vont pas sans graves dommages pour l’ensemble du district.

Rapatriés, les Frères prisonniers d’Allemagne, et les Frères réfugiés en Angleterre viennent heureusement apporter leur contribution à ce travail de relèvement. Et bientôt, l’enthousiasme et l’esprit surnaturel de tous sont soutenus par les fermes et clairvoyantes directives du C.F. Visiteur ; non seulement les anciennes écoles se rebâtissent, s’agrandissent, s’adaptent, mais de nouvelles s’ouvrent à Landéda, Plounéventer, Scaër, Locminé, Guiscriff, Lorient, Vannes, Tinténiac, Rocabey, Dinard et Ploubazlanec.

Obtenir un statut de l’Enseignement Catholique qui ne soit pas une injure pour les citoyens d’une nation libre, combattre avec fermeté les survivances d’un combisme suranné, étudier avec une froide lucidité les projets des amis comme des adversaires de nos écoles, ce sont les constantes préoccupations du C. F. Clodoald. Ses déclarations courageuses, par la parole et par la plume, viennent éclairer le chemin souvent semé d’embûches des défenseurs de la liberté.

Soucieux de l’avenir et de la relève, le C. F. Clodoald apporte toute sa sollicitude aux jeunes religieux en formation. Le Noviciat et le Scolasticat au lieu de reprendre leurs activités à Guernesey, resteront désormais en France. Fusionnant avec ceux de Rouen et de Paris, ils s’installeront à Téloché, dans la Sarthe et à Hérouville, dans le Calvados.
En 1949, l’acquisition d’une belle et vaste propriété près de Vannes, à Kerozer, permet d’y organiser le Petit Noviciat, tandis que le Juvénat quitte également Quimper pour se fixer à Auray.

Au cours de chaque année scolaire, nos maisons du Finistère, du Morbihan, des Côtes-du-Nord et de l’Ille-et-Vilaine reçoivent régulièrement sa visite ; maîtres et élèves bénéficient directement de son influence et de ses conseils, influence que viennent prolonger des circulaires mensuelles très denses, des articles dans diverses revues de Frères des Ecoles Chrétiennes…

Fidèle aux Assemblées Générales des Anciens du Likès, il se fait également un point d’honneur, chaque fois que les circonstances lui permettent le déplacement, de rehausser de sa présence les fêtes des plus petites écoles paroissiales, manifestant son intérêt et prodiguant ses encouragements à toutes les réalisations.

En 1952, le C. F. est nommé Officier d’Académie. Toutefois, ce sont moins les distinctions que les grandes heures lasalliennes du district qu’il faut compter au nombre des joies réelles de son Visitorat.

En 1951, année du centenaire du district de Quimper, le C. F. Clodoald organise les fêtes du Tricentenaire de la naissance de Saint Jean Baptiste de la Salle présidé par Son Exc. Mgr Le Bellec, évêque de Vannes, assisté de Son Exc. Mgr Cogneau, évêque de Thabraca, et de Dom Demazure, abbé de Kergonan ; la journée du 20 mai réunit à Ste-Anne-d’Auray les élèves et les délégations de Parents et d’Amicalistes de toutes nos écoles bretonnes ; des conférenciers éminents, le R. P. Riquet et M. Raoul Follereau, de nombreux parlementaires du Finistère, du Morbihan et des Côtes-du-Nord donnent à cette commémoration tout le cachet de solennité désirable. Couronnement triomphal de triduums organisés dans chaque paroisse où les Frères enseignent, ce tricentenaire reste une date marquante de l’histoire de notre district.

Un an plus tard, en mai 1952, le Très Honoré Frère Athanase-Émile nous fait l’honneur de visiter nos œuvres ; nous gardons comme un pieux souvenir l’impression profonde que produisit partout le vénéré Frère Supérieur, pourtant accablé de fatigue et à quelques mois de sa mort, consacrant à la Bretagne les dernières forces d’un fécond généralat,

En mai 1954, c’est au tour du Très Honoré Frère Denis, au cours de son rapide périple breton, de constater que le district de Quimper, sous l’impulsion de son Frère Visiteur, constitue l’une des réglons les plus vivantes, les plus dynamiques de l’Institut des Frères en France.

Avec une légitime fierté, le C. F. Clodoald peut léguer, cette même année, ses lourdes responsabilités à son successeur, le C. F. Donatien-Jules (M. Yves Le Gallic) qui, lui-même, avant d’être nommé Visiteur en Indochine, puis à Marseille, l’avait remplacé provisoirement au Likès en 1934-35.

Second directorat

Frère Clodoald revient au Likès en 1954.

JPEG - 47.9 koFrère Clodoald en 1954

L’école a grandi et fier de ses 1.000 élèves, elle l’accueille comme nouveau Directeur en remplacement du Frère Laurent Le Guellec. Les plans élaborés il y a vingt ans ont trouvé entière réalisation. Il s’agit maintenant moins de créer que de maintenir et de perfectionner. Frère Clodoald passe de l’organisation générale de la Province à la direction concrète de notre établissement.

Le Frère Le Guellec a achevé une première phase de rénovation et d’agrandissement de l’école. La prochaine sera l’aménagement pour Le Likès des locaux du District. En effet, le 23 mai 1955, les Frères Anciens, après le Petit-Noviciat, rejoignent Kerozer, près de Vannes. Le Directeur envisage déjà la future construction du grand bâtiment dominant le Champ de Foire et la place de la Tourbie. Ce sera l’oeuvre du Frère Le Viavant en 1960.

Promesse des jours de la libération de l’occupation allemande, la nouvelle statue de Notre Dame est inaugurée le 8 décembre 1954.

Pendant ces deux années, Frère Clodoald continue d’appliquer la formule qui lui était chère « Le statu quo ne se justifie pas : se maintenir sans plus est une décadence. » Gagnée par ses qualités et sa grande affabilité, la confiance des professeurs, des élèves et de leurs familles, lui était acquise d’emblée. Sa direction, ses conseils, son passage dans les classes, sa parole à la salle des Fêtes, les éditoriaux qu’il écrit dans la revue, contribuent à resserrer davantage encore les liens de ce que chacun d’entre nous se plait à appeler « la grande famille likésienne ».

Il s’attache en particulier à l’orientation des élèves. Dans son dernier éditorial d’avril-mai 1956, il écrit :

« L’orientation est une question délicate et complexe. Trop de parents ne s’en préoccupent qu’après les insuccès scolaires de leurs enfants... L’échec en Secondaire « oriente » vers le Technique... On s’imagine trouver un remède à l’insuffisance intellectuelle dans des disciplines plus matérielles...
Ceci est cause de lourdes déceptions.
L’Enseignement Technique ne saurait en aucune manière devenir le « dépotoir » de l’Enseignement Secondaire...
L’Orientation n’est ni une décantation… ni une sélection... C’est un choix rationnel, réfléchi, justifié par des buts précis et par des possibilités étudiées.
Ni la Famille, ni l’Elève, ni l’Ecole, ni l’Orienteur Professionnel ne devraient choisir seuls sans tenir compte d’éléments qui gagnent à être mis en commun…
 »

Départ pour Rome

Le 15 juin, Le Likès a confirmation d’un bruit qui, tout le mois de mai déjà, circulait au Likès : « Le Frère Directeur nous quitte ! » Si la surprise n’est pas totale, la certitude désormais de perdre sous peu un chef aimé et admiré de tous tempère la fierté que fait naître un choix tout à l’honneur de notre école et de la Bretagne.

Une des plus hautes charges de l’institut des Frères des Écoles Chrétiennes, vient d’être confiée au C. F. Clodoald.

Animer chaque année une nouvelle Communauté de quelques 70 Religieux venus de tous les pays où exercent les Frères, les retremper dans l’esprit de leur vocation à la lumière de la spiritualité du Saint Fondateur et des enseignements de la Sainte Eglise, respecter nos trois siècles de traditions au service de Dieu et de l’enfance, sans reculer devant les adaptations et les vues nouvelles que réclame la civilisation moderne, préparer les Seconds-Novices aux postes de direction qui les attendent souvent à leur retour dans leur Province, telles seront les nouvelles responsabilités du C. F. Directeur.

Et voici que cette famille doit se résigner à le voir partir... l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes demande ce sacrifice... Les regrets de tous les Frères bretons sont aussi ceux du Likès en voyant appelé à Rome celui qui, pendant 24 ans, a été l’âme de leur province religieuse comme de leur école, l’artisan ou le conseiller de leurs meilleures réalisations.

L’accident au Canada en 1965

Directeur du Second Noviciat International de Rome depuis 1956, le C F Clodoald rend visite au Likès à la fin de l’année scolaire 1963-64.

JPEG - 43.6 koFrère Clodoald, dans les années 1960

Il est heureux de revoir la Bretagne avant de gagner le Canada où l’appelle une série de conférences sur des thèmes de spiritualité et de pédagogie. C’est dans ce pays que le 26 juillet, il est victime d’un grave accident d’automobile, à 200 milles de Québec, sur la route de Port-Alfred, près du lac Saint-Jean. Il s’en sort en très mauvaise situation : fractures de la colonne vertébrale et de la mâchoire.

Il reçoit même les derniers sacrements dès son arrivée à l’Hôpital de Dolbeau, près des lieux de l’accident. Pendant les quinze premiers jours, il va de progrès en progrès, de sorte que les chirurgiens de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec ont pratiqué l’opération nécessitée par la fracture des maxillaires et de multiples contusions au visage.

Il y a alors une amélioration générale pendant quelques jours, mais le malade éprouve des malaises à l’estomac et aux intestins : le régime de base lui convient difficilement. A l’insu des spécialistes, un ulcère se forme suivi d’une hémorragie interne. Le 15 août, pour la seconde fois, l’extrême-onction lui est administrée. D’abord, de nombreuses transfusions ne parviennent pas à augmenter le taux de l’hémoglobine. Les trois jours suivants sont très inquiétants et ne sont marqués d’aucun progrès. Très courageux dans ses souffrances, très résigné à la volonté de Dieu, le Frère Clodoald édifie profondément son entourage...

Un mieux se produisit, si bien que le 23 septembre, il est rapatrié du Canada à Paris où il poursuivit son traitement à l’Hôpital Saint-Joseph, rue Pierre-Larousse (14e). Pendant ce séjour, Il a le réconfort de recevoir de nombreuses visites de la part des Frères de Paris, du Frère Directeur, du Frère Pro-Directeur et d’une délégation des Frères du Likès, d’anciens élèves de la région parisienne.

Le 16 novembre, autre consolation dans cette douloureuse épreuve, il retrouve la Bretagne afin de suivre à Rennes, à la Clinique Notre-Dame de Lourdes, le traitement physiothérapique susceptible de redonner vie à ses jambes.

L’amélioration de l’état général lui permet enfin la reprise d’une activité intellectuelle par la lecture et la correspondance. Mais il restera handicapé jusqu’à son décès.

Le décès

Louis Bengloan décède le 22 mars 1980, à Kerozer, en Saint-Avé, après 15 années de souffrance quotidienne.

« Cher Frère BENGLOAN, le Likès vous remercie de tout ce que vous avez fait pour lui. Ceux qui vous ont connu gardent précieusement votre souvenir et savent combien notre école, votre école, a été au long de ces dernières années au coeur de votre souffrance et de votre prière. Puisse-t-il, ce Likès, demeurer toujours tel que vous le souhaitiez dans votre éditorial d’adieu : une communauté d’âme et de coeur... ouverte sur la vie, soucieuse d’une vie chrétienne authentique... »

Notes

[1Frère Hervé Daniélou donne 1898 comme année naissance

[2depuis 1904, les congrégations religieuses n’ont plus le droit d’enseigner et les frères enseignent en tant que laïcs

Publié le : mercredi 14 novembre 2012

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