PORTRAIT : Joseph Cluyou de l’île Tudy, mort en déportation.

Né après la première guerre, le 7 décembre 1918.
Likésien de 1931 à 1937.
Mort à la fin de la dernière guerre, le 30 décembre 1944 !

26 ans de joie pour les siens et pour sa maman en particulier, restée veuve et qui est inconsolable de l’avoir perdu.
Il était si bon !

Sur son enfance, il nous faudrait le témoignage de son recteur qui estimait particulièrement son petit Joseph.

Après avoir fréquenté l’école de l’île Tudy, il suivit sa marraine, qui fut toujours comme une seconde maman, en Ardennes. Revenu en Bretagne, il connut Le Likès grâce à un camarade de Larmor-Plage et y fit son entrée en octobre 1931.

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Le likésien

JPEG - 101 koChanteur et violoniste, Joseph Cluyou avait aussi eu un prix de dessin en 1932

Le beau palmarès 1934-1935 le montre en 3ème Année, voisin de Henri Rault mort à Douarnenez et de Maurice Bon, glorieux aviateur « Normandie-Niemen ». Dans une autre page, il fait partie du groupe de la J.M.C. dont il fut l’un des rares à naviguer.

En 35-36, cherchons le en première et nous le découvrons dans la promotion « Prix d’Honneur ». Quand on connaît la sévérité de ses professeurs, ce n’est pas si mal !

JPEG - 54.5 koLes prix d’honneur de 1ère B en 1935-36

Feuilletant ce dit palmarès vous trouverez Joseph Cluyou dans la Congrégation de la Très Sainte Vierge, dans la Conférence Saint-Vincent de Paul et toujours dans la J.M.C. et bon marin, sur le "Radeau de la Méduse".

JPEG - 79.6 koJoseph Cluyou était très actif dans les mouvements de jeunesse

JPEG - 73.3 koJoseph Cluyou, acteur (à droite) dans le "Radeau de la Méduse"

Il était de tous les groupes où l’idéal du bien attire les cœurs généreux. N’est-ce pas parce qu’il le fit tant, que le Bon Dieu l’a pris chez lui si tôt !

L’ancien élève

Joseph quitte Le Likès pour aller se dévouer près des petits Paimpolais dans l’école Saint-Joseph sous la direction du Frère Gloaguen, actuellement à Lyon, et qui aurait bien voulu, ainsi que le Frère Salaün, actuel Directeur de Groix, le garder plus d’un an.
Mais Joseph avait le vague du large dans les yeux et connaissait l’appel de son sang marin : son père mort en 1922, des suites de la guerre 14-18, devait être remplacé.

JPEG - 37.7 koEn 1932, Joseph Cluyou réussit l’examen des bourses réservé aux pupilles de la Nation

JPEG - 82 koLes adhésions à l’amicale des anciens élèves en 1937

Il s’engage en 1938 dans les fourriers à Cherbourg et fut, peu après, désigné pour Bizerte. De conduite exemplaire, il était aimé de ses chefs et, toujours, il se montra chrétien fervent.

A l’occasion de certaine grand’messe en plein air, c’est le fourrier Cluyou qui représentait l’assistance près du prêtre à l’autel : « Jamais je n’ai rougi de paraître chrétien », disait-il à sa mère. « Comme ton grand-père alors », ajoutait sa maman.

La persévérance se prépare, s’assure, se mérite, par la prière. Joseph fut toujours très pieux. Enfant, il était fidèle lévite de son Recteur. Tous les matins, témoigne sa maman, on pouvait le trouver dans sa chambre récitant les litanies de la Très Saint Vierge dans son grand livre de messe. Quelques fois, on se demandait s’il n’allait pas se faire prêtre ou religieux.

Nous avons signalé, qu’au Likès, il faisait partie des groupes d’Action catholique ; c’était chez lui une conviction solide ; il visait l’idéal du véritable apôtre, s’approchant régulièrement de la Très Sainte Table, étant avec ses professeurs l’élève confiant, toujours souriant, et avec ses camarades le type du parfait likésien. Rien d’étonnant que comme Eugène Conort, J.M.C. idéal, il restera le marin tout à son devoir et chrétien d’abord.

Le résistant

Joseph est second maître fourrier en octobre 1942 et arrive à Toulon suivre un cours de perfectionnement pour les officiers. Il passe trois mois à bord de « L’Océan », bateau des élèves mécaniciens, et c’est pendant ce temps que les événements graves que l’on sait bouleversent notre marin.

JPEG - 68.9 koJoseph Cluyou, second-maître fourrier

Le fourrier Cluyou, qui est détaché, n’a qu’une chose à faire : rejoindre ses foyers, puisqu’il ne peut évidemment pas retourner à Bizerte, et c’est pourquoi il arrive à l’île Tudy.

Attendre tranquillement la fin des événements était la solution facile. Joseph ne transige pas : il est encore marin, sous les armes. Il entre tout de suite dans la formation d’un groupe de résistance, mais avec une discrétion héroïque : sa mère, sa marraine, ses oncles, ses tantes ignorent tout ; il ne veut pas que l’on tremble pour lui.

Malheureusement, l’un des résistants se fait prendre et n’a pas le courage de taire le nom de ses compagnons.

Un matin, à 3 heures, sept allemands font irruption dans la maison. Ils demandent l’Officier Cluyou et perquisitionnent, malgré la présence de la bonne grand’mère qui assiste, apeurée, au pillage de ses appartements. Joseph restait calme et même souriant, reprochant aux soldats leur vandalisme.

En partant, il prit une pipe que lui avait payée sa marraine un an plus tôt et dont il faisait peu usage : histoire d’amuser les siens et de leur donner confiance. Pour tout vêtement, il endossa négligemment un imperméable et passant près de sa maman qui pleurait, il lui dit : « Ne pleure pas, maman, je reviendrai ».

Il retrouva tous ses compagnons, dénoncés comme lui, à l’usine Lecointre. Le lendemain il fut transféré à Saint-Gabriel et, quelques jours après, à Saint-Charles de Quimper.

Comment allait-il vivre ? Il n’avait rien apporté : ni provision, ni vêtements. Il pensait qu’on lui aurait permis de revenir à la maison au moins pour se munir du nécessaire. Hélas ! Ses proches ignoraient même où il avait été envoyé. A force de démarches, d’enquêtes, sa marraine - la maman étant malade - réussit à savoir que son filleul était à Saint Charles.

Après bien des oppositions, elle réussit à lui faire parvenir un colis. Elle sut que Joseph considéré comme chef de groupe, était surveillé plus étroitement. Le geôlier, quelque peu humain, permit au prisonnier de faire remettre son linge sale que la marraine réussit à reprendre : ce linge était marqué au n° du Likésien : 399 !

Elle refit le trajet Ile Tudy - Quimper poussant une poussette pleine de linge et de victuailles et elle remit le colis à Saint Charles. Joseph reçut-il ce paquet ?

La marraine aperçut le jour même son filleul dans une limousine et qui allait dans une direction pour elle inconnue. C’était le 30 juin 1944.

La mort en déportation

On sut qu’il passa à Fresnes du 8 juillet au 15 août ; à Buchenwald du 22 août au 3 septembre ; à Dora du 3 septembre au 5 et à Ellrich du 5 septembre au 30 décembre, jour de sa mort.

D’après un camarade, Joseph a fait une pneumonie début décembre 1944. Il a passé huit jours à l’infirmerie. Ensuite, il est retourné au travail avec une température de 29 au-dessous de zéro. Il a donc rechuté au bout de quelques jours, est retourné à l’infirmerie où il est décédé.

Pas un mot de lui pour sa maman ou quelqu’un des siens depuis son arrestation ! Quel calvaire a-t-il subi moralement et physiquement ? Question et réponse atroces pour ceux qui restent ; car, lui, Joseph, il a accompli héroïquement ce couplet, composé par un de ses camarades, et qu’il chantait quelque fois aux réunions du groupe :

Marin ! Sois bien docile à la voix de ton maître,
Devant lui, tu ne sais quand tu vas comparaître.
Ami, sois toujours pur et J.M.C. fidèle.
Tu seras l’héritier de la vie éternelle.

Signalons qu’avec Joseph furent arrêté deux autres anciens du Likès, François Guinvarch et son frère Jean, tous deux morts aussi en déportation

JPEG - 113.5 koLa plaque commémorative, à l’entrée de l’Île Tudy

Publié le : mercredi 5 décembre 2012

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