PORTRAIT : Jean Jadé, ancien député et ancien élève

La biographie détaillée de Jean Jadé, homme politique, est consultable sur d’autres sites de la "Toile". Cet article n’a pour simple ambition que de montrer quelques traits d’une personnalité, à travers les liens d’amitié et de fidélité de l’ancien élève envers son école.

JPEG - 51.5 koPortrait de Jean Jadé dans le bulletin n°36

30 Mars 1924 : Reconstitution de l’association.

Le dimanche 30 Mars 1924, se tient l’Assemblée générale, en vue de reconstituer l’Amicale des Anciens Élèves du Likès…

C’est plaisir de voir, réunis dans leur vieille École restaurée, tous ces hommes demeurés fidèles à un même idéal d’honneur et de vertu, dans tous les milieux et dans toutes les carrières.

Voici de nombreux agriculteurs portant fièrement leur magnifique costume traditionnel ; voici des officiers de différents grades, en tenue ou en civil, représentant l’Artillerie, la Marine et les Mécaniciens de la Flotte ; voici des commerçants, des industriels, des avocats, des médecins ; voici de nombreux conseillers municipaux, adjoints, maires ; voici un député, M. Jadé.

JPEG - 61.4 koExtrait de la liste des anciens élèves ayant adhéré en 1924.

16 mai 1926 : Les communistes le laissent sans voix !

M. Jadé profite de l’occasion qui lui est offerte pour expliquer les raisons qui devraient l’empêcher de prendre la parole aujourd’hui. Il a une formidable extinction de voix « gagnée » la veille à Douarnenez. Il avait essayé de pêcher à la ligne, salle Olier, quelques âmes égarées. Mais les communistes veillaient. Il dut leur tenir tête des heures durant, et dominer de la voix leurs hurlements de forcenés.

Et sa pensée se portait au Likès, et il comparait à ces paroles de haine les enseignements des Frères de Saint-Jean-Baptiste de la Salle, et il vit d’un coup combien grande et belle est l’œuvre de ces derniers.

Si la France ne glisse pas au fond de l’abîme, c’est qu’elle possède une réserve de ressources morales créées par ces hommes qui durant deux siècles, se sont consacrés à l’éducation des humbles, qui, avec désintéressement, mais aussi avec ténacité ont voulu que ceux qui leur passèrent par les mains fussent partout les meilleurs. Les Frères ont eu cette ambition et ils ont su la réaliser. Et c’est pourquoi nous leur devons une éternelle reconnaissance.

Un ban nourri approuve ces paroles ; et c’est le tour des chants : M. Léon Le Berre interprète avec un succès marqué "Disul vintin"...

17 mai 1931 : L’enfant appartient d’abord à sa famille.

Réclamé avec force et insistance par l’assemblée toute entière, M. Jadé, député du Finistère, ancien élève de la maison avant d’aller à Bel Air, Nantes, finir ses études, dut s’exécuter et prendre la parole.

L’éloquent orateur, après avoir rappelé le souvenir de ses anciens professeurs, transporta littéralement la salle entière en proclamant la nécessité impérieuse de conserver la première de toutes les libertés, celle de l’enseignement, en déclarant hautement que l’enfant appartient à sa famille d’abord et non à l’état, qui n’eut pas et n’aura jamais la mission de former la conscience morale et religieuse de la jeunesse. L’histoire du siècle denier le prouve assez.

Ce discours fut haché d’approbations enthousiastes, l’orateur applaudi et acclamé.

29 mars 1932 : Hommage à Jean Hénaff (ancien élève du Likès).

La parole vibrante et éloquente de Jean Jadé retentit alors dans la salle. L’enfant du Cap, vieux légionnaire lui-même, tient à saluer au nom de ses compatriotes, le « jeune » légionnaire Hénaff (promu chevalier de la Légion d’Honneur, le 29 mars 1932), représentant de cette race bigoudenne aux vieilles et solides qualités qu’elle tient de son sol même, c’est-à-dire : abnégation, vertus familiales, ténacité, fidélité.

Jean Hénaff ne s’est jamais départi de cette ligne de conduite. Tel il était, tel il est resté. Toute sa vie a été consacrée à améliorer le sort de ceux qui l’entouraient. Les plus petits furent l’objet de sa plus tendre sollicitude. Jamais une parole de haine n’est sortie de sa bouche. Et le suffrage universel, dont d’aucuns se réclament à tout propos, mais qu’ils maudissent chaque fois qu’il les rejette, a su choisir.

L’orateur, magnifiquement, célèbre surtout la vertu de fidélité en des accents d’envolée supérieure qui transportent littéralement la salle, il rend un hommage ardent à la « bigoudennie », race de défricheurs, au patient labeur, race fidèle, honnête, franche, qui rejette tous les imposteurs.

Juillet 1936 : Nécrologie de Monsieur Jean Jadé.

C’est avec une douloureuse surprise que nous avons appris la disparition de M. Jean Jadé, avocat, ancien député du Finistère. M Jadé fut élève au Likès pendant plusieurs années ; sa mort est un grand deuil pour son ancienne école qu’il aimait tant, et pour l’Amicale dont il était membre.

Le vendredi 3 Juillet, à 4 heures, M. Jadé défendait devant le Tribunal des Pensions un ancien camarade de guerre. Une heure après, tandis qu’il dictait son courrier, une hémorragie cérébrale l’abattait. Elle devait l’emporter, après une nuit de souffrances ; le lendemain matin, vers 5 heures... M. Jadé est mort au travail.

Aimant profondément sa profession, il s’y était donné tout entier, sans réserve comme sans mesure. De toutes ses qualités, la conscience professionnelle était sans doute la première. Tous ses « dossiers », qui chaque jour devenaient plus nombreux, il les travaillait avec la même conscience, avec le même scrupule, il les plaidait avec la même fougue. « Il n’y a pas de petite affaires, aimait-il à dire ; il n’y a que des clients qui vous font confiance ; il faut être digne de cette confiance. »

Ce que fut l’éloquence de M. Jadé, il n’est pas nécessaire de le rappeler. Beaucoup de nos lecteurs, ont entendu, soit dans les Assises, soit dans une réunion publique, sa voix profonde et âpre, dont les brusques éclats réveillaient les auditoires les plus rétifs.

Le geste impérieux, martelant les phrases et les arguments, le masque volontaire et tendu, la flamme intérieure dont on le sentait brûler, il possédait à un degré rare le tempérament de tribun. Il faut l’avoir entendu pour savoir à quel point l’éloquence peut transformer un homme et une foule.

L’homme ressemblait à l’orateur. Il avait la fougue, la franchise, la conviction, le « tempérament » pour tout dire. Adversaires et amis étaient unanimes à reconnaître sa belle loyauté, son indépendance, son parfait désintéressement. Sans autre ambition que celle de servir ses idées, il avait accueilli les vicissitudes électorales avec sérénité et bonne humeur...

Demeuré étonnamment jeune d’esprit, il traitait les jeunes en vrais camarades, comprenant et provoquant même la plaisanterie, toujours enjoué, malicieux à l’occasion, ne donnant pas un bon conseil sans l’agrémenter d’un bon mot. Nul mieux que lui ne savait, selon l’expression familière, « mettre les gens à l’aise » ; nul ne montrait plus de délicatesse pour rendre discrètement un service.

Quant à sa générosité naturelle, à sa fidélité à ses amis, aux anciens combattants en particulier dont il était resté jusqu’à la fin le camarade actif et vigilant, on n’en saurait trouver plus sûr témoignage que dans l’émotion profonde causée dans tous les milieux, surtout dans les plus humbles par la nouvelle de sa mort.

M Jadé n’est plus... II y a des morts en quelque sorte normales, qui terminent une longue vieillesse ou suivent une maladie grave. On peut en être affligé, on n’en demeure pas accablé. Il en est d’autres qui prennent, par leur brutalité, les allures d’une catastrophe. La mort de M Jade est de celles-là. On a peine à y croire. On ne parvient pas à s’y résigner...

Il repose aujourd’hui dans sa terre natale, face au port d’Audierne et à la mer qu’il aimait tant. Ce que furent ses obsèques, les journaux nous l’ont dit. Une foule considérable, comme on en a rarement vu, y assistait, tant à l’église Saint-Mathieu de Quimper qu’à Audierne ou eut lieu l’inhumation.

Sur sa tombe, Maître Alizon, bâtonnier, prit la parole au nom du barreau de Quimper, pour louer en M. Jade le grand laborieux qui dédaignait le faste et le clinquant. Sorti du peuple qu’il aimait, il a voulu quitter sans ostentation la terre, et que la plus grande simplicité présidât à ses obsèques…

Devant l’irréparable de la besogne inachevée, il ne s’est ni révolté ni cabré, il a simplement demandé à Dieu de l’aider dans l’effroyable sacrifice, de lui donner le courage d’abandonner ceux qu’il aimait tant et au bonheur desquels il avait consacré sa vie !

Ensuite, M. Trémintin, député, loua la bravoure de l’officier, ancien combattant, et les vertu de l’homme politique, député et conseiller général. Il conclut en ce termes : «  Dors en paix, car pour toi, comme pour nous, la vie ne se limite pas à l’horizon borné de notre destinée ici-bas. Croyants comme toi, nous t’adressons un suprême adieu, qui s’irradie des clartés d’un éternel au revoir ! »

Nous savons trop combien est vive la désolation de sa famille et combien irréparable le vide qu’elle ressent, pour penser un instant que des condoléances pourraient l’atténuer. Mais nous savons aussi qu’elle trouvera dans les espérances de la foi chrétienne un puissant réconfort.

M. Jadé catholique de pensée et de pratique, catholique de race, a vu venir la mort sans crainte et sans révolte. Puisse ce dernier exemple de celui qui fut un chef de famille modèle, aider ses proches à mieux supporter un deuil affreux, auquel la grande famille des anciens du Likès s’associe avec beaucoup de respect et aussi beaucoup de tristesse.

Publié le : samedi 10 novembre 2012

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