PORTRAIT : Frère Gaston MARTIN, « Monsieur Cinéma » au Likès.

Professeur de commerce et de sténographie, puis d’électrotechnique et d’électricité, le Frère Martin n’a pas hésité à s’adapter aux besoins du Likès.

Il était surtout connu de toute l’école pour être le projectionniste des fréquentes séances de cinéma qui agrémentaient les nombreuses fêtes données pour rendre l’école moins austère.

C’est lui aussi qui tirait les feux d’artifices sur le cloître de la cour Sainte Marie, qui sonorisait les animations en plein air, comme à Kermoguer. Et, s’il lui restait du temps, il le consacrait à la chorale dont il était membre du bureau.

Voici le bel hommage que Frère Jean Le Flécher, directeur du Likès de 1967 à 1979, a rendu à celui qui fut son collègue dans l’après guerre, jusqu’en 1965.

« C’est à Toulon, le 31 janvier 1908, que naquit Gaston Martin.

Son père était dans la marine et sa mère, à leur retour à Lorient, tenait un commerce à Kérentrech. L’un et l’autre mourront prématurément.

Dès l’âge de onze ans, le jeune Gaston rejoint le juvénat des Frères. Et à l’issue de son succès au Brevet élémentaire, à seize ans, il entre au Noviciat de Guernesey. Depuis 1904, en effet, les religieux étaient interdits en France et c’est donc à Guernesey qu’étaient formés les jeunes Frères.

C’est en 1933 que le Frère Martin s’engage définitivement, pour la vie, dans l’Institut des Frères par des vœux perpétuels de pauvreté, chasteté, obéissance, cela après une retraite de trente jours à Guidel.

Sa carrière professionnelle avait déjà débuté à Saint-Joseph de Vannes en septembre 1926 : il n’avait pas encore dix-huit ans. Sans doute les besoins étaient-ils pressants, car la formation était vraiment légère ! Parmi ses activités, celle de maître de chapelle à la cathédrale de Vannes ; surprenant, mais vrai, ma-t-on confirmé !

JPEG - 48.6 koFrère Gaston MARTN, en 1934-35

En septembre 1931, Frère Martin est nommé au Likès. Ce sera un long bail de trente-quatre ans. Parmi ses compagnons, Frère Eugène Le Viavant, à partir de 1932. Cette même année, à trente-trois ans, le Frère Bengloan devient directeur de ce pensionnat Sainte-Marie "Le Likès", auquel il va donner un nouveau souffle. Il commence par engager un ingénieur, Monsieur Augereau, pour les formations industrielles, et amorce la préparation du Baccalauréat moderne.

JPEG - 47.8 koM. Augereau, responsable des ateliers en 1938-39

Dans les classes techniques de l’époque, 1ère, 2ème, 3ème et 4ème années, outre l’enseignement général, les élèves suivaient obligatoirement une initiation professionnelle dans l’un des trois domaines suivants : cours d’agriculture, cours d’ajustage, forge, menuiserie, cours de sténodactylo, comptabilité.

Par la suite, les meilleurs élèves faisaient une cinquième année qui les préparait aux concours des écoles d’Arts et Métiers, de Maistrance, des P.T.T.

Mais pas encore d’enseignants formés et qualifiés pour ces disciplines professionnelles qui étaient réparties entre professeurs d’enseignement général... qui ne disposaient même pas de livre du maître.

JPEG - 70.8 koLes professeurs de la 3ème Division en 1937-38

Au départ, Frère Martin enseignait la sténodactylo et la comptabilité avant d’être chargé de l’électricité. Il s’était toujours montré ingénieux et inventif. Déjà élève, il avait réussi à monter un système de téléphone à partir de fil de fer, de boîte de cirage, pour communiquer avec ses voisins. Le système n’a pas été breveté !

JPEG - 64.3 koLes professeurs de la 3ème Division en 1938-39

Quoi qu’il en soit, l’électricité sera désormais son domaine de prédilection... et jusqu’à ses derniers jours, il se tenait au courant à partir de revues et de catalogues. II excellera tant dans l’enseignement, la formation théorique et pratique que dans les installations sur le terrain, les dépannages, etc. En vrai professionnel, c’est lui qui assurera toute la partie électricité du vaste bâtiment construit face au champ de foire en 1960-62. Excellent travail pratique pour ses élèves !

Ses compétences en la matière était reconnues et l’on n’hésitait pas à faire appel à lui. En particulier pendant les années de guerre 39/45, combien d’agriculteurs de Kerfeunteun firent appel à M. Martin pour les battages. Certes il disposait d’un groupe électrogène, mais savait à l’occasion se brancher sur les lignes du réseau électrique, y compris celle du Champ de Foire. A la guerre comme à la guerre !

De nombreuses promotions de Likésiens, tout spécialement ceux qui préparaient un CAP. ou un B.B.I. ont reçu de lui cette formation solide qui leur a valu des emplois et des situations appréciées. Et que d’artisans autour de Quimper n’a-t-il pas aidés à se lancer ?

JPEG - 73.8 koSamedi 18 septembre 1954 : Mise sous tension du nouveau transformateur

Des professionnels, des enseignants, ont également été à son école, Je pense à Alain Gérard, je pense au Frère Laurent Colléoc qui lancera la section électricité à Landerneau. On peut s’interroger et regretter qu’il ne lui ait pas été donné la possibilité de suivre une formation d’ingénieur, il en avait les capacités. Son mérite est d’autant plus grand.

Il a fait un véritable travail de pionnier qui suppose intelligence, volonté et passion pour la formation des jeunes. Et ces jeunes lui sont restés reconnaissants et fidèles.

JPEG - 60.8 koFrère Gaston MARTIN, en 1951-52

On ne peut qu’admirer cette génération de Frères qui, à partir d’une formation de base très mince, sont devenus à force de travail personnel tenace et parce qu’ils croyaient à leur mission, de véritables spécialistes dans leur domaine : agricole, technique, scientifique, sportif... Des Laïcs ont suivi leur trace. Ce sont eux qui ont fait le Likès.

Et pourtant, quand on se remémore cette période, ces Frères disposaient de peu de loisirs pour leurs études. En effet, outre la classe, il leur fallait prendre en charge les six cents pensionnaires : dortoir, réfectoire, promenade, études... cela sept jours sur sept, et les trimestres étaient interminables.

Heureusement il y avait Frère Martin qui s’ingénia à mettre en route le cinéma… muet d’abord, puis sonorisé et enfin parlant et en couleurs.

JPEG - 63.9 koLe cinéma, un centre de formation au Likès

Projectionniste attitré des séances de cinéma qui marquaient les fêtes likésiennes, il avait pris des arrangements avec le cinéma Odet Palace et chaque dimanche matin, après la grand-messe, projetait les actualités. Outre le divertissement, c’était aussi une façon d’ouvrir les élèves à la réalité et à la vie de notre univers.

Là ne s’arrêtaient pas ses compétences. Peut-être y avait-il chez le Frère Martin une certaine nostalgie de la mer ? Toujours est-il qu’il se lança avec quelques collègues dans la construction d’un bateau de 6-7 mètres, le Joseph Salaün, en souvenir du Frère Directeur mort en déportation. Et tant pis pour les congés, mais le projet aboutira. Le Joseph Salaün descendra et remontera l’Odet. Il y aura bien quelques péripéties mémorables... L’équipage ne sera pas peu fier de promener le jeune Mgr Fauvel sur l’Odet.

JPEG - 62.1 ko17 Février 1948 : Monseigneur Fauvel en croisière… sur l’Odet

1931-1965. Qui dira la somme de dévouement que représentent ces trente-quatre années de présence au Likès ?... L’effort constant d’adaptation au service des élèves, le souci de la maintenance du réseau et des équipements électriques… comme des autres réseaux que le Frère Martin était l’un des rares à connaître... et cette disponibilité pour dépanner, aider, conseiller ? Que de relations tissées et maintenues avec les anciens élèves, les professionnels, les amis du Likès, tant la personnalité du Frère Martin était attachante !

JPEG - 429.2 koFrère Gaston MARTIN, en 1960-61

On comprend dès lors l’arrachement que fut pour lui sa nomination à Saint-Joseph de Vannes. Redémarrer à cinquante-six ans ne va pas de soi ! L’adaptation sera laborieuse. Tout est à faire ou presque et avec quels moyens ! Il se retrouvera plus à l’aise à Arradon qu’il rejoint en 1970. Et tout naturellement, incapable de rester inactif, il vérifie et dépanne. Puis il consacre ses vacances pour remettre à jour l’installation électrique du bâtiment principal. Homme de contact, il s’intéresse à la vie du Collège et rend toutes sortes de services.

Mais à son vif regret, en septembre 1982, on lui demande de rejoindre Kérozer. A nouveau, tant qu’il disposera d’un atelier, du matin au soir, il s’occupera activement, réparant toutes sortes de matériels et d’appareils, intervenant ici et là pour dépanner, heureux de se sentir utile !

Quel dommage et quelle frustration pour lui, quand il dut se replier dans sa chambre ! S’il continuait à réparer postes, réveils, montres... c’était dans des conditions difficiles. D’autant que l’âge est là... ses jambes le font souffrir, les déplacements deviennent pénibles. Et pourtant Frère Martin fait face courageusement et se force à suivre les mouvements de la communauté. Il reste jovial, toujours prêt à raconter des histoires et à plaisanter. Lundi dernier, veille de sa mort, il s’acharnait encore sur des mots croisés !

Tel a été le parcours terrestre du Frère Martin : une vie droite, totalement donnée dans la discrétion, dans la fidélité à ses engagements : pauvreté, obéissance, célibat. Un tel parcours suppose des convictions solides, une foi profonde et un zèle constant au service des jeunes :

« Ce que vous aurez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. »

Le Frère Martin ne faisait pas étalage de ses convictions religieuses et il avait sa piété à lui. Il se recommandait à la petite Thérèse Martin. Et chaque soir, avant de regagner sa chambre, il s’arrêtait à la chapelle pour dire bonsoir au Bon Dieu en tout simplicité !

A Dieu, Frère Gaston Martin, repose en paix !

Frère Jean Le Flécher,
Quimper, le 13-05-1993. »

Publié le : mardi 11 décembre 2012

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