HISTOIRE - Le Likès, une école modèle dans les années 1840.

Deux numéros du Journal Général de l’Instruction Publique mettent en valeur la nouvelle école créée, en 1838, à l’initiative du préfet du Finistère, le baron Germain-Joseph Boullé avec le soutien de Monseigneur Jean-Marie de Poulpiquet, évêque de Quimper et de Léon, et la mise à disposition par les Frères des Écoles Chrétiennes de deux de leurs enseignants.

13 novembre 1841.

Voici, tout d’abord, un extrait du Rapport au Roi fait par M. Villemain, Ministre de l’Instruction Publique, sur la situation de l’instruction primaire en France. Ce document est paru dans le Journal Général de l’Instruction Publique n°91 du 13 novembre 1841.

Le Ministre de l’Instruction Publique, qui se doit de « mentionner un pensionnat primaire qui s’est établi, en 1838, dans la ville de Quimper, et qui présente un caractère tout particulier d’utilité », rappelle aussi ses encouragements matérialisés « par des secours réitérés » à l’établissement.

Il indique les principales raisons de l’institution :
- Assurer, aux enfants, une discipline hors du temps des classes.
- Leur faire apprendre la langue nationale alors qu’ils ne parlent en général que « l’idiome bas-breton ».

État présentant la situation des pensionnats primaires établis dans les écoles communales et privées de garçons et de filles.

Il y a maintenant 614 pensionnats primaires de garçons, tenus par des instituteurs communaux, et 562 tenus par des instituteurs privés ; 536 pensionnats primaires de filles tenus par des institutrices communales, et 1,349 tenus par des institutrices privées en tout 3,061.

Sur ce nombre, on compte 2,517 pensionnats primaires convenablement disposés sous tous les rapports, et où la surveillance est facile et assurée. Ce n’est pas que les précautions nécessaires aient été négligées dans les autres pensionnats. Partout où le local est moins favorable, l’autorisation n’a été accordée qu’avec les limites et les restrictions que pouvaient exiger les intérêts des mœurs, de la discipline et de la santé des enfants.

Je dois mentionner ici un pensionnat primaire qui s’est établi, en 1838, dans la ville de Quimper, et qui présente un caractère tout particulier d’utilité. L’idiome bas-breton est encore en usage dans plusieurs des départements formés de l’ancienne province de Bretagne surtout parmi les populations rurales ; et c’est une des difficultés que rencontre dans ces contrées la propagation de l’instruction primaire.

Les cultivateurs pourvus de quelque aisance, et qui veulent que leurs enfants apprennent la langue nationale, ont coutume de les envoyer dans les villes, où, sous le nom de logeurs, chambriers, likès, ils se placent dans des familles qui leur fournissent le gîte et la nourriture. Ces enfants fréquentent l’école ; mais ils ne sont soumis à aucun règlement de discipline hors du temps des classes.

Le pensionnat de Quimper a été formé pour suppléer à ce défaut de surveillance. Les enfants venus de la campagne pour apprendre le français y sont recueillis pour un très modique prix de pension. Leur éducation, leur instruction, leurs mœurs, leur bien-être, y sont l’objet de soins attentifs et continuels.

JPEG - 69.7 koÉlèves du pensionnat des likès dans une cour de l’ancien collège de Quimper, aujourd’hui collège de la Tour d’Auvergne.

L’établissement, que j’ai encouragé par des secours réitérés, compte déjà 108 élèves, et, en attirant un nombre toujours croissant de pensionnaires, il est destiné, ce semble, à faire pénétrer promptement dans toutes les communes de l’arrondissement de Quimper la connaissance de la langue française.

Le personnel de l’établissement se compose d’un directeur pourvu du brevet de capacité du degré supérieur, d’un aumônier et de deux maîtres-adjoints. Le local a été fourni par la ville ; quelques secours ont été accordés sur les fonds de l’état pour les frais d’appropriation.

14 juin 1843.

Le deuxième extrait du Journal Général de l’Instruction Publique n°47 du 14 juin 1843, raconte la cérémonie du 1er mai 1843 au cours de laquelle le Baron Boullé, préfet du Finistère a installé à l’école primaire spéciale (l’école des likès) le nouveau professeur d’agriculture : M. Olivier (en réalité M. Olive [1]).

Là encore, est mis en valeur l’exemple de l’école « dans l’intérêt général de la science agronomique, si peu avancés dans cette partie de la Bretagne. » A noter aussi le rôle joué par les Frères de la Doctrine Chrétienne (appelés actuellement Frères des Écoles Chrétiennes)

JPEG - 58.2 koM. Clément Olive, titulaire de la Chaire d’Agriculture du Likès (1843-1886)

Les cours d’agriculture dans les écoles primaires.

Par arrêté de M. le ministre de l’instruction publique, une chaire d’agriculture vient d’être créée dans l’école primaire spéciale établie à Quimper pour les enfants de la campagne.

Le 1er mai, M. le baron Boullé, préfet du département, s’est rendu dans cet établissement, accompagné des membres du conseil de préfecture, du comité d’instruction primaire et de la société centrale d’agriculture pour y installer le nouveau professeur nommé par le ministre, M. Olivier (en réalité M. Olive), ancien élève de l’école d’agriculture de Rennes et de l’institution royale de Grignon.

Dans un discours prononcé à cette occasion, M. le préfet a rappelé avec beaucoup d’intérêt l’origine de l’école de Quimper. Placés isolément en chambres, dans diverses maisons qui, pour la plupart, n’offraient aucune garantie, et où l’on exigeait d’eux de grossiers et infimes services, beaucoup d’enfants des communes rurales envoyés au chef-lieu pour apprendre à parler français, et désignés sous le nom de likès qu’ils ont conservé, fréquentaient, à peine une heure ou deux par jour, quelque pauvre petite école privée, et passaient le reste du temps dans une dangereuse oisiveté ou à jouer dans les rues et sur les places publiques.

Depuis 1838, une école spéciale a été fondée pour ces enfants, sous la direction de M. l’abbé Morisset [2] et des frères de la doctrine chrétienne. Dirigés avec sollicitude dans les voies de la religion et de la morale, instruits avec intelligence et selon les besoins de leur position et de leur avenir, les jeunes gens admis dans ce pensionnat promettent aux campagnes du Finistère une génération d’hommes de bien et de cultivateurs laborieux, éclairés, s’honorant de leurs travaux et contents de leur sort.

Bien que, dans l’intention première de cette fondation, elle ne dût être qu’une simple école primaire, où les enfants de la campagne, tout en apprenant à parler le Français, recevraient l’instruction élémentaire, telle que la définit l’article 1er de la loi, on reconnut bientôt, dans l’intérêt de ces enfants, et plus encore dans l’intérêt général de la science agronomique, si peu avancés dans cette partie de la Bretagne, combien il serait avantageux de faire donner aux élèves quelques notions théoriques et élémentaires d’agriculture. Nulle part, en effet, cet enseignement ne pouvait être mieux placé que dans cette école spécialement ouverte aux seuls enfants de la campagne.

Par le vote du conseil général, une ferme d’exploitation a été annexée à l’école ; et la société centrale d’agriculture s’est associés à ce vote, en contribuant, pour une partie notable, aux frais de premier établissement. En même temps, M. le Ministre du commerce et de l’agriculture a bien voulu allouer au nouveau professeur un traitement annuel de 1,000 fr., sur le fonds d’encouragement dont il dispose.

Tout assure donc le succès de cet enseignement nouveau, qui ne doit pas avoir pour objet de vastes essais, des expériences aventureuses, mais d’utiles et modestes leçons que l’intelligence des enfants puisse concevoir aisément, que leur mémoire, aidée par la démonstration pratique, puisse retenir, des connaissances fondamentales qui leur permettent de tirer le meilleur parti des terres qu’ils doivent cultiver un jour.

Récemment, à la chambre des députés (Séance du 21 mai 1843), un rapport a été fait sur une pétition qui voulait qu’on enseignât, dans toutes les écoles communales, les premiers principes d’agriculture et d’horticulture, l’éducation des abeilles et des vers à soie, celle des animaux domestiques, et ce que la physique et la chimie ont de plus généralement applicable à la culture du sol. Pour cela, on demandait qu’il y eût dans la dépendance de chaque école deux terrains l’un pour des exercices gymnastiques, et l’autre pour des leçons pratiques d’agriculture.

Mais, ainsi que l’a fait observer M. le ministre de l’instruction publique, il y aurait impossibilité, en droit et en fait, de donner suite à ce projet. L’établissement des écoles communales a été réglé par la loi du 28 juin 1833, qui exige, à cet effet, un logement pour l’instituteur, des salles pour les élèves, puis un traitement, et n’a prescrit rien de plus quant au local. Comment voudrait-on ajouter tout à coup à ces conditions légales, à ces charges officielles, déjà si difficiles à réaliser, une autre condition qui ne serait rien moins que l’acquisition d’un terrain de culture ? Il y aurait là une dépense excessive que ne peut supporter ni la commune ni l’État.

Le gouvernement ne néglige rien, du reste, pour répandre dans les campagnes les saines notions de l’art agricole ; et ce que nous venons de dire de l’école de Quimper en est une preuve évidente. Dans toutes les écoles normales, il existe un cours de greffe et de taille des arbres ; et cet enseignement, par l’extension qu’il a acquise dans plusieurs de ces établissements, a pris la forme d’un véritable cours d’agriculture.
Nous citerons particulièrement les écoles normales primaires de Bourg, Privas, Troyes, Rodez, Mende, Strasbourg, Bourbon-Vendée, Poitiers, Douai, Miremont et Versailles, dans lesquelles les élèves maîtres reçoivent à cet égard des leçons assez développées. Il a même été établi à Bourg, à Rodez et à Rennes des cours complets d’horticulture et d’agriculture, qui sont dirigés par des maîtres spéciaux, anciens élèves de la Ferme Modèle de Grignon.

Des instructions récemment adressées aux recteurs des Académies par M. le Ministre de l’Instruction Publique, relativement aux écoles primaires supérieures, recommandent aussi, dans la rédaction du programme de ces écoles, les matières d’enseignement qui seraient reconnues le plus utiles selon les besoins des localités, et notamment les notions élémentaires d’agriculture.

Dans l’Académie de Strasbourg comme dans celle de Rennes, des cours théoriques et pratiques d’agriculture ont été annexés à plusieurs écoles des frères de la doctrine chrétienne. Ailleurs on a spécialement encouragé la publication de traités usuels sur cette matière.

Tout contribue donc à propager les meilleures notions de l’art agricole, et on ne peut disconvenir que cet enseignement reçoit dès à présent en France tous les développements qui sont compatibles avec les autres études indispensables à la jeunesse des écoles.

Notes

[1M. Clément Olive : « originaire de Vitré, il sut s’adapter à la Basse-Bretagne. Il se maria à une finistérienne, Anne-Marie Milin, devint maire de Kerfeunteun, et, aujourd’hui encore, ses restes reposent près de ceux de sa femme et de leur fille Alexine, dans une tombe très bien entretenue, au cimetière de cette ancienne commune. » ("Un siècle de vie likésienne" - Frère Hervé Daniélou)

[2M. l’abbé Morisset : Avant de prendre la Direction du Pensionnat, en remplacement de M. l’abbé Guilcher, premier Directeur, décédé brutalement, M. l’abbé Morisset était recteur de Logonna-Daoulas. N’ayant pas les diplômes requis, le Directeur officiel, pour l’Académie, était le Frère Préside (Joseph Talfumion) qui enseignait avec le Frère Cagnion.

Publié le : lundi 8 octobre 2012

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