HISTOIRE : Un lieu - un souvenir. Le CDI - Chantal Connan.

Chantal Connan n’aura passé au Likès qu’un peu moins de 3 années. Un très court passage chez nous, comme le fut aussi son passage sur Terre. Elle n’avait pas encore quarante ans quand la maladie l’a menée sur d’autres rives.

Chantal Connan est arrivée au Likès à la rentrée 1991. Elle avait été précédemment enseignante d’ allemand à Saint-Gabriel de Pont-l’Abbé et venait compléter l’équipe des documentalistes du lycée.

Au printemps de cette même année, Chantal avait publié « Finis Terrae », un recueil de photos prises le long de la baie d’Audierne et qu’accompagnent des textes d’Yvon Le Men et Per Jakes Hélias.
L’année suivante, elle publiera avec Guillevic, pour les textes, « Nature épousée », toujours chez Ubacs, dans la collection « Paysages amoureux ».

Le magazine « Le Likès » a présenté cette dernière œuvre dans le numéro 227. Après sa mort, dans le numéro 232, ses collègues ont rendu hommage à l’amie et à l’artiste dont l’œuvre perpétue le souvenir.

Chantal Connan... « Nature Épousée »

Le Likès n°227 - Décembre 1992.

Chantal Connan, documentaliste au Likès, est aussi une photographe de talent. Sa passion pour la photographie de paysage n’a d’égale que celle qu’elle ressent pour la poésie. Cette double passion l’a déjà conduite à nous offrir un très beau livre réalisé en collaboration avec Pierre-Jakez Hélias et Yvon Le Men : « Finis Terrae », aux éditions Ubacs.

En cette fin d’année 1992, début 1993, elle récidive en publiant « Nature Épousée », un ouvrage pour lequel elle a obtenu la collaboration d’un des plus grands poètes du moment : Guillevic, l’auteur de « Terraqué », « Paroi », « Le Chant », « Carnac » (Gallimard).

JPEG - 79.8 koChantal Connan et Guillevic

Plus que toute autre, Chantal sait voir et exprimer la beauté d’un paysage. Ses photographies où l’arbre est omniprésent communiquent, à celui qui les regarde, l’émotion qu’elle a elle-même ressentie, dans une véritable communion avec la nature.

Elle a eu la chance, dans son échange avec le poète, de trouver un écho de ce qu’elle ressent profondément.

« Nature Épousée », si vous ne vous l’êtes pas encore procuré, est disponible, comme l’on dit, dans toutes les bonnes librairies.

Chantal

Le Likès n°232 - juin 1994

« Emplissez d’azur
mes paupières repliées
Et que sonnent les musiques
Dans la dernière brise respirée.
 »
X. Grall

Avec quelle peine nous avons appris, ce triste matin, le décès de Chantal Connan, notre collègue et notre amie : elle s’en allait ainsi, dans la jeunesse de son âge (39 ans), le 23 mars, aux premiers jours du printemps...

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Bien sûr, nous le savions, elle était malade depuis longtemps ; il y avait eu, heureusement, des moments de rémission… mais, depuis sa rechute de l’an passé, elle épuisait peu à peu les possibilités de la thérapie : la lutte devenait de plus en plus âpre.

La fin de ce combat, elle la voyait se rapprocher avec un mélange de sagesse étonnante (qui lui conférait une grande sérénité) et d’inquiétude (tourmentée d’avoir à quitter si tôt ses enfants).

Jamais elle ne se résigna et, à la fin du mois de janvier dernier, elle écrivait encore : « Au rythme des mauvais résultats (des analyses), je n’aurais que quelques jours, voire quelques semaines devant moi... C’est difficile bien sûr, mais je ne baisse pas encore les bras... ».

Cette force morale devant l’atteinte du destin, nous l’avons beaucoup admirée ; elle était le signe de sa haute humanité.

Mais ses qualités, Chantal ne les exprimait pas qu’au front de la maladie, car elle restait tout entière du côté de la vie - de cette vie qu’elle aima dans tout l’éclat de ses couleurs, sous la lumière des jours. Nous parlerons peu de sa conscience professionnelle, qui n’était, pour elle, que le « moindre des respects » qu’elle devait simplement aux élèves, aux collègues.... à elle-même...

Le pouvoir rayonnant de la sympathie franche et de l’amour généreux.

Nous voulons surtout insister sur sa « vocation à l’Amitié », qu’elle voyait comme une valeur essentielle au creux de nos sociétés : une valeur qu’il ne fallait pas perdre, qui pouvait tout relier, qui pouvait aider... illuminer et enchanter tout un chacun en ce monde. N’est-ce-pas d’ailleurs le sens exact de la phrase qu’elle nota comme un message ultime… à dire expressément le jour même de ses obsèques, dans le silence et le recueillement de la foule d’amis réunis en la cathédrale de Quimper ?

Cette vertu de l’Amitié émanait d’elle, effectivement, de toute sa manière d’être comme du flot chantant de sa parole : elle avait le pouvoir rayonnant de la sympathie franche et de l’amour généreux.

Mais Chantal avait encore d’autres qualités, comme autant d’exigences (une loi qui lui était propre, venue d’on ne sait où), car, par delà la difficulté, elle tenait à une Œuvre. Son amour de la vie et sa générosité, elle les mettait, sans mesure, au service de l’Art photographique qui la passionnait (et qu’elle servit encore comme Présidente de l’Association Photographique « L’oeil Quimpérois »).

Une grande photographe

Quant à sa propre nature artiste, le public qui suivait ses expositions et ses publications, comme les journaux et revues qui lui consacrèrent de nombreux articles élogieux, l’avaient reconnue depuis longtemps : Chantal était une « grande photographe » qui avait largement dépassé le cadre de l’amateurisme pour côtoyer, aux cimaises, les célébrités de « l’image fixée » (et non de « l’image fixe »), comme on le dit trop souvent.

Elle travaillait en concertation d’esprit et de cœur avec les plus grands poètes : Guillevic, Pierre Hélias, ou Yvon Le Men... Pour Chantal, la perfection technique, la maîtrise des cadrages, la science des couleurs n’étaient que les moyens de révéler toute la Beauté du monde, par où se manifeste, à qui sait le voir, le miracle d’une genèse toujours recommencée.

Comme artiste, elle se voulait à la fois témoin et acteur de cette Beauté, de ce « merveilleux » qui donne à l’existence son suc incomparable. L’optique de l’appareil photographique était, pour elle, l’instrument magique qui lui permettait de s’immiscer en ce cœur battant de la vie, et de participer pleinement à son mouvement.

Le désir de partage ou de communion.

Elle regardait, d’abord pour elle, pour « voir », bien entendu, car l’art suppose une ascèse personnelle : un élan et un effort individuels qui requièrent l’âme tout entière (et il ne peut y avoir de faille dans l’acte créateur, qui est fondamentalement « union parfaite avec le Tout Autre ») mais l’art suppose aussi le retournement vers le semblable et le désir de partage ou de communion, qui porte l’Œuvre accomplie au devant de l’homme « ordinaire » et sollicite en lui le « meilleur », l’extraordinaire, que nous laissons trop souvent enfoui au dedans de nous-même. Ce secret qui nous anime et que nous ignorons, la plupart du temps.

En ce sens, l’Art photographique lui fut le don et la grâce évidente qu’elle reçut, mais qu’elle rendit largement à qui se soucie (et se souciera) de sensibilité, d’intelligence et d’affectivité , à tous ceux qui voient aujourd’hui comment les pouvoirs de l’Amour et de la vie authentique dépassent indéniablement la mort.

Chantal est toujours parmi nous

De Chantal, il nous reste cette Œuvre qu’elle a réalisée avec souci, et notamment ses livres, empreints de l’ambiguïté de leurs titres : « Finis Terrae » et « Nature épousée ».

Aux rayons des bibliothèques, au C.D.I., par exemple, qu’elle a habité, ces livres ouvrent nos yeux au regard même de Chantal (cueillant toute merveille au dessus des souffrances).

« …de sorte que l’idée que Chantal est toujours parmi nous et que cette présence participe de la Résurrection est sans invraisemblance », pouvons nous dire avec Marcel Proust…

Chantal nous a aussi et surtout donné ses filles, Solène et Maëlle, qui, à leur tour, ont à inventer leur vie.
Puissions-nous leur apporter, aux côtés de leurs proches, attentions et réconfort.
Qu’elles retrouvent en nous un peu de cette grandeur humaine dont Chantal a si bien su témoigner.

Publié le : samedi 29 décembre 2012

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