HISTOIRE : Le monument aux morts du Likès de 1914-1918.

La guerre 1914-1918 avait touché toutes les populations de tous les territoires de la France et des colonies. Pour rappeler le souvenir et honorer leurs enfants morts pour la France, chaque commune avait élevé un monument commémoratif.

Les anciens élèves et professeurs du Likès n’avaient pas échappé au massacre. Et l’amicale des anciens, pour commémorer le sacrifice de leurs maîtres ou condisciples avaient décidé d’ériger un monument, près des ateliers, à l’entrée du jardin (actuel terrain des sports). La réalisation de l’œuvre avait été confiée à Monsieur Vaillant.

Le 14 juin 1953, le monument recevra la Plaque Commémorative des Anciens Élèves du Likès, morts pour la France depuis 1939. voir dossier guerre 39-45

JPEG - 95.6 koLe monument aux morts inauguré le 13 mai 1934

L’inauguration et la bénédiction du Monument ont eu lieu le 13 mai 1934.
Voici ce qu’en a rapporté le Bulletin de l’Amicale.

La cérémonie

Devant un magnifique massif de fleurs, sous un soleil ardent, les trois plaques de marbre, encadrées de granit de Kersanton, font ressortir le dessin des lauriers dorés, tandis que se détache, sur fond blanc, le texte de l’inscription, heureusement choisi et très suggestif :

Aux anciens professeurs et élèves du Likès tombés au champ d’honneur - 1914-1918
« Sine sanguine, non fit remissio [1]. » (HÉB IX 22.)
« Nous savons bien, nous autres, que notre mission est de racheter la France par le sang. » (Ernest Psichari.)

Serrés dans la cour d’honneur, tous les élèves, anciens et actuels, sur qui plane le souvenir des Morts, réalisent l’union.

N’est-ce pas, en effet, aux martyrs de la défense nationale qu’il convient de demander les leçons d’entente fraternelle, de courage et d’héroïsme pour la défense d’un idéal de liberté et de religieux dévouement ?

C’est ce que fit M. l’abbé Balbous - blessé de guerre, économe au collège Saint-Yves - avec l’émotion d’un témoin, l’ardeur du combattant et la conviction entraînante du prêtre, soucieux de transmettre aux jeunes le trésor d’héroïsme de leurs aînés.

L’exiguïté de la place réservée à cet article ne nous permet pas de citer in extenso ce beau sermon, qu’écoutèrent avec recueillement tous les témoins de la cérémonie. Nous nous excusons de n’offrir à votre méditation que des passages qui feront trop l’effet de phrases détachées.

L’allocution de M. l’Abbé Balbous

Defunctus, adhuc loquitur [2].

JPEG - 63.9 koL’Abbé Balbous, lors de son allocution.

Mes très chers Frères, vous avez été bien inspirés en faisant élever un monument à la mémoire de vos glorieux Anciens Élèves. Si dans toutes les communes de France, ces monuments funéraires sont un éloquent rappel pour tous les Français, il me semble que dans une maison d’éducation, leur place est encore mieux marquée ; parce que, en même temps qu’ils évoquent le souvenir émouvant des aînés, ils sont une illustration merveilleuse de toutes les leçons que vous donnez en classe et une invitation constante pour les élèves à fortifier et développer en eux les vertus qui font les héros.

Defunctus, la mission active de nos anciens sur terre est terminée, oui. Mais, adhuc loquitur, ils parlent encore à vous, mes enfants, pour vous prêcher l’exemple à imiter, et à nous tous pour nous crier confiance.

Defunctus, ils se sont acquittés de leur mission et avec quel héroïsme !... Puis-je songer à vous redire tous les hauts faits d’armes accomplis par eux ? Dans une maison comme celle-ci, qui aborde toutes les branches du savoir, qui prépare à l’industrie et au commerce, à l’administration et à l’agriculture, qui a été pendant la guerre un grand réservoir où l’armée, la marine, l’aviation ont puisé à pleines mains, qui a fourni des élites non seulement à la métropole, mais encore aux colonies les plus éloignées et qui a toujours su former dans le cœur de ses enfants les plus belles vertus morales, basées sur une foi profonde et agissante, faire l’éloge de tous ses membres, comme il se devrait, n’est pas possible...

A peine sortis de cette maison, alors que l’avenir leur souriait plein de promesses, ils ont été jetés dans la plus terrible des guerres. Tout de suite, les circonstances en ont fait des héros.

Ne croyez pas qu’ils aient été des enfants extraordinaires. Non. Ils étaient comme vous dociles et appliqués, menant une vie régulière et tranquille. Mais c’est justement cette vie monotone d’étudiants, bien comprise et acceptée, qui les a trouvés prêts. En sorte que, sur les champs de bataille, malgré les souffrances et les périls de toutes sortes, ils ont continué cette vie d’ordre et de devoir, sans défaillance, jusqu’au bout : la guerre les a menés tout naturellement jusqu’à l’héroïsme...

La guerre ! ne disons pas qu’elle est belle ! ...

Dans la guerre, il y a la guerre elle-même, affreuse, mais il y a aussi l’âme de ceux qui la font, l’âme de nos héros. Comme elle est belle, comme elle resplendit !
Quelle grandeur d’âme ne faut-il pas pour braver la mort et maîtriser son misérable corps qui tremble ?
Quel héroïsme ne faut-il pas pour faire abstraction des horribles réalités et aller droit son chemin, vers le devoir et vers le sacrifice ?
Quel amour ne faut-il pas pour donner à la France le bien le plus précieux, la vie, ce sublime héritage que seule la merveilleuse tendresse de nos parents a pu nous laisser ?...

Ils sont morts pour défendre le sol français, lui sacrifiant tout et la vie même. S’ils se sont acquittés, si noblement, de leur devoir, n’ont-ils pas le droit de parler ?

Et que disent-ils ? A vous les jeunes, ils conseillent le travail consciencieux, la docilité joyeuse, la vie de foi - et l’amour de la France.
Écoutez leurs voix indignées, impérieuses, qui vous parlent de la patrie...

Ils savaient ce que c’est que la France qu’ils ont arrosée de leur sang ; ils savaient que ce n’est pas un vain mot, comme tant d’égarés voudraient le faire croire ; mais que c’est une chose sacrée, créée par Dieu, qui entretient en nous un sentiment trop fort, trop puissant, particulariste, qui nous attache au sol ; sentiment qu’on a peine à analyser, qu’on ne peut même pas souvent expliquer, mais qui existe et qui s’appelle l’amour de la Patrie...

La Patrie n’est pas un fantôme, mais un être réel, puisqu’on souffre pour elle, puisqu’on verse son sang pour elle, puisqu’on meurt pour elle. Comme vos aînés, aimez, aimez passionnément la France...

Chers Anciens, écoutez vous aussi leurs voix...

Ne vous semble- t-il pas qu’elles nous disent d’y ajouter l’amour de notre vieille Maison ? En nous rappelant l’attachement qu’ils ont eu pour le Likès, nos morts, - ne croyez-vous pas ? - nous invitent à nous grouper plus étroitement encore autour de cette maison, à l’aimer, à s’intéresser à son développement, à la défendre si on ose encore l’attaquer comme dans notre jeunesse ?...

Ces voix montent encore vers nous, suppliantes : elles nous demandent des prières. N’est-ce pas aussi le désir de ceux qui ont édifié ce monument ?

JPEG - 77.8 koDétail du monument : le soldat et le prêtre

La croix qui le domine, en proclamant la foi profonde qui animait nos anciens, nous rappelle qu’ils ont comparu devant le Dieu de toute bonté, mais aussi de toute justice. La présence du prêtre soutenant un moribond, nous fait songer à leurs faiblesses et par conséquent au besoin qu’ils peuvent avoir de nos suffrages, pour achever de satisfaire à la justice divine.

Resterons-nous insensibles à toutes ces supplications ? Certes non, chers morts ; nous avons prié, et nous vous le promettons, nous continuerons à prier encore pour vous. »

Après avoir ainsi exposé les leçons qui se dégagent des magnifiques exemples de nos glorieux morts, le clergé bénit le monument, et la musique, pour terminer, joua la Marseillaise.

Extrait de l’Allocution de M. Louis Bengloan, Directeur du Likès.

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« En termes éloquents - parce que traitant d’un sujet vécu - M. l’abbé Balbous a su dégager les grandes et fortes leçons d’une cérémonie telle que celle de ce matin. Il a trouvé les mots qu’il fallait pour aller à nos cœurs. Qui mieux que votre camarade réunissait d’ailleurs les conditions qui entraînent dans la vie de l’exemple, avec la triple autorité d’ancien élève, de prêtre, de grand blessé de guerre et de glorieuses décorations ?

L’inauguration de votre monument est un bien beau geste. Il était réclamé depuis longtemps… il est plus qu’un hommage rendu à un glorieux mort : il faudra lui donner le sens d’un lien d’union et d’un rappel.

Lien d’union : il doit l’être entre les deux âges des Amicalistes, tendant à former, si l’on n’y prenait garde, comme deux associations juxtaposées : celle des Anciens et celle des Jeunes ; celle des élèves d’avant 1906 et celle de ceux d’après 1919 ; car cette coupure de 13 ans, jointe aux nombreuses disparitions de la guerre, a créé un fossé qu’il importait de combler. C’est chose faite.

Le monument à nos Morts sera le trait d’union des cœurs. Il rappellera, à tout un groupe d’entre vous, des camarades estimés à l’école, des compagnons de souffrance et d’héroïsme pendant la guerre. Vous eussiez aimé peut-être retrouver leur nom gravé dans le marbre...

L’inexistence du Likès à cette époque, l’absence de documents, la crainte d’oublis regrettables, nous ont imposé cette forme anonyme. Chacun dans le secret de ses souvenirs retrouvera des noms et des exemples.

Pour les Jeunes ce sera le souvenir peut-être d’êtres très chers : pères, frères aînés, parents, à coup sûr de défenseurs et de modèles. Il est la tradition d’honneur et de vaillance que leur lègue le passé, tradition dont ils peuvent avoir besoin dans des circonstances non moins graves, car la phrase de Psichari, écrite eu 1913, garde peut-être encore toute son actualité, et il se pourrait bien faire, chers Jeunes Amicalistes, que votre mission sur la terre soit encore de racheter la France par votre sang.

En tout cas, puisse ce monument être pour tous un rappel que les immolations consenties n’ont pas fructifié comme elles l’auraient dû, et qu’il nous reste, qu’il vous reste, Messieurs, Anciens de tous âges, à compléter l’œuvre ébauchée, à appliquer au Pays la Vertu rédemptrice d’un sang généreusement versé pour une France plus noble et plus belle.

Ils voulaient un régime de liberté et de justice... Pour nous borner à la cause qui vous réunit en Amicale, celle de l’Enseignement chrétien, n’est-il pas vrai, Messieurs, que liberté et justice sont choses inexistantes ?

On nous a pompeusement collé au dos l’étiquette d’École Libre !... On en revient !.. Même à l’Inspection Académique, on se montre désormais plus sincère et moins ironique, en nous adressant les lettres sous la rubrique d’école privée...

Et c’est bien cela, vos écoles chrétiennes :
Écoles privées des deniers publics et de leur possibilité de subsistance, sauf par les sacrifices trop lourds que vous devez vous imposer.
Écoles privées de leurs programmes puisqu’il faut se soumettre à un contrôle officiel peu sympathique.
Écoles privées de leurs maîtres par les difficultés multiples s’opposant à leur libre recrutement.

Nous ne demeurons libres que dans notre possibilité d’enseigner la vérité, mais cette liberté nous est glorieuse, au point qu’elle suffit à nous maintenir coûte que coûte sur la brèche et dans la lutte.

Et quant à la Justice, hélas ! Messieurs, pourquoi en parler dans ces époques troubles et malsaines, fertiles en scandales, et où, semblerait-il, se seraient liguées les puissances du Mal pour étouffer toute droiture.

Il faut le proclamer bien haut : notre législation scolaire est à base d’injustice. Le fait accompli ne crée pas le droit. Il n’est pas admissible que dans une ère de soi-disant liberté, toute une fraction nationale et la meilleure, ne puisse disposer, sans payer jusqu’à épuisement, d’écoles et de maîtres conformes à leurs sentiments moraux et religieux.

Tel est cependant votre cas : vous vous saignez pour continuer à faire instruire vos enfants... ou vos proches, dans des écoles conformes à vos idées. Cela ne devrait pas être, et vous avez le devoir de réagir contre cette mentalité défaitiste qui nous fait rendre grâce à nos adversaires dès lors que sans nous restituer aucune de nos prérogatives, ils cessent les brimades trop violentes.

Vous avez des droits, Messieurs ; travaillez à les faire valoir. »

Notes

[1Il n’y a pas de rémission sans effusion de sang

[2mort, il parle encore

Publié le : vendredi 9 novembre 2012

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