HISTOIRE : Le 24 Décembre 1935 au Likès

24 DÉCEMBRE 1935

Palmarès 1935-1936.

Ça y est ! C’est fini ! Les résultats des compositions viennent d’être proclamés ; après déjeuner, les billets d’Honneur ; quelques heures après, ce sera la messe de minuit, puis la joyeuse envolée ! Ainsi raisonne le petit bizuth likésien, en cette matinée du 24 décembre.

Pauvre petit exilé, il allait enfin retrouver les êtres qui allaient le dorloter à souhait ; quelle veine de pouvoir enfin quitter ces murs qui évoquent en sa jeune imagination l’idée de quelque Cayenne lointaine, voire d’ancien Régime avec ses Bastilles légendaires ! Liberté, liberté chérie, il allait enfin la goûter pendant une petite quinzaine !

Brave likésien, tu connaîtras un jour bien d’autres entraves à ta liberté ; plus d’une fois tu te surprendras à rêver et à regretter ton vieux Likès où l’on s’efforçait de rendre ton séjour à l’école le moins monotone possible.

Pour la plupart des likésiens (les professeurs non exceptés), la perspective de quelques jours de repos bien mérité jetait une note discrète de joie et d’entrain sur les divers exercices de cette journée du 24.

Dans les classes professionnelles et secondaires, les résultats des compositions sont proclamés à partir du huit heures. Cette cérémonie est impatiemment attendue par les bons élèves, la grosse majorité, avec un peu d’appréhension par les autres qui, bien malgré eux, rêvent toujours au Père Fouettard, ineffable et l’inséparable compagnon du Père Noël qui, d’un moment à l’autre, peut venir les houspiller ! Ce Père Fouettard qui, dans quelques heures, empruntera peut-être les traits d’un papa, d’un grand frère, voire d’une maman connus !

«  Pourvu que les professeurs aient la bonne idée de ne pas expédier le bulletin de notes avant les fêtes de Noël  », se disent-ils en guise de consolation. Dans toutes les classes, la plupart des élèves s’efforcent de marcher sur les traces des anciens et de continuer les traditions de travail et de succès inaugurées par leurs grands-pères dans cet Établissement, voici quelques lustres.

Pourquoi faut-il que ce tableau soit assombri par une petite minorité qu’il faut houspiller de temps en temps ? Inconscience, paresse de la part de quelques étourdis qui ne se rendent pas compte des sacrifices consentis par leurs familles ? Vanité d’être dans une classe supérieure (où ils ne peuvent pas suivre) ?

La proclamation des billets d’honneur

JPEG - 112.1 koQuelques responsables du Likès en 1935

L’après-midi fut consacrée à la proclamation des billets d’honneur et aux vœux du Nouvel An, offerts à MM. les Aumôniers, à M. le Directeur et à MM. les Professeurs.

La proclamation des billets est devenue une cérémonie ultra solennelle, du fait que les classes doivent à tour de rôle préparer une pièce qu’elles jouent ce jour-là. Le 24 décembre, cet honneur incombait à la 2è préparatoire, à la 1è année A et à la 4è professionnelle.

Le professeur de français de 2è préparatoire nous vient du Proche-Orient ; dans ses nombreuses pérégrinations en Égypte et en Syrie, il n’a rien perdu de son culte pour l’Armorique, ses clochers à jour, ses menhirs ! Rien d’étonnant que M. Treussard nous fît chanter, par ses charmants élèves déguisés en petits paysans, un Hymne à la Bretagne. A signaler Le Gall Pierre et Le Grand Pierre, qui se sont très bien acquittés de leur rôle.

La 1è année A nous transporta dans un vieux moulin abandonné aux environs de Versailles. Là, pâtissiers (Gestin Patrice, Stéphany, Le Gars Henri, Penlaé Jean, Autret Noël et Haroche Jean), pages de Seigneurs (Jégo, Bodros) et ramoneurs (Bourhis Jean, Citeau et Lory Félix) s’entendent à merveille pour manger le « gâteau des rois », se choisir « un roi d’un jour » et le célébrer.

Lory Félix se déguisa en ramoneur, ayant beaucoup de travail, car il était si noir que l’on se demandait s’il n’était pas un ras d’Abyssinie qui, fuyant les bombardements italiens, s’était fait comédien pour gagner sa vie ; il se montra comique achevé.

Son frère Pierre, avec Georges Lomenech, Briand, Le Bideau, Le Moal, interprétèrent admirablement bien l’avocat Pathelin. Cette représentation fut un véritable régal. La gaîté de tous les assistants - capables de comprendre - montra combien le comique tantôt fin tantôt bouffon avait été saisi et fort bien rendu par nos jeunes camarades à qui l’auditoire réserva une formidable ovation justement méritée.

L’Harmonie, dirigée par MM. Mourrain et Le Brun, exécuta brillamment : La Vierge de Lourdes (marche), La Czarine (mazurka, de Ganne), Les îlots du Danube (valse, de Ivanovici), Chant de gloire.

JPEG - 125.1 koL’Harmonie 1935-1936

De l’avis de tous, nos musiciens vont toujours de progrès en progrès. Aussi les applaudissements ne leur furent pas ménagés, pas plus qu’aux violonistes, Autrou Eugène, Ollivier Corentin, Le Gloahec Roger, Rousseau Joseph et Derrien Albert, qui, sous l’habile direction de M. Salaün, nous firent entendre la Gavotte de Martini.

JPEG - 117 koLe groupe des violonistes en 1935

Quelques instants plus tard, les élèves de la classe de 4è nous chantèrent quelques Noël en allemand ; ils le firent avec d’autant plus d’entrain, qu’ils étaient à peu près les seuls à comprendre ; en gens intelligents, ils élurent un interprète, Louis Cosquer, de Coray, qui traduisit ces chansons de circonstance.

Les classes de seconde et de troisième les remplacèrent non pas pour nous faire entendre des chants du pays d’Hitler, mais pour célébrer, sur un air entraînant, le Finistère aux paysages magnifiques, à l’air pur...

En France, peut-on ne pas rire ? une représentation est-elle complète si on ne flagelle pas les pouvoirs établis, si on ne « rigole » pas sur leur compte ? Un Fouchtra du pays de « Laval » vint donc nous raconter ses déboires et ses succès : ce furent dix bonnes minutes de fou rire.

Entre temps, M. le Directeur proclamait les Billets d’Honneur et les inscriptions au Tableau d’Honneur tandis que MM. les Sous-Directeurs décoraient et récompensaient nos jeunes camarades qui s’étaient distingués par leur conduite et leur application au travail.

La présentation des vœux

Cette cérémonie s’acheva vers 17 heures ; une petite demi-heure pour collationner et respirer un peu, puis on redescendit à la Salle des Fêtes pour offrir à MM. les Aumôniers les vœux de toute l’École. Après une « marche » de Vittoria, exécutée par l’Harmonie, Doaré François, de la classe de Math. Elém., s’acquitta avec une distinction parfaite de ce devoir de reconnaissance. M. l’abbé Gouchen, en un magnifique langage d’apôtre, répondit à notre jeune camarade, nous prodigua ses conseils éclairés et souhaita aux oiseaux qui, dans quelques heures, allaient quitter leur cage, de joyeuses vacances et une sainte année 1936.

Encore un beau morceau de musique de l’Harmonie, et Georges Moisan, de la classe de 1è , se fit l’interprète de ses 700 camarades, pour présenter à M. le Directeur et à MM. les Professeurs les meilleurs souhaits pour la nouvelle année.

Le Likès est une famille où l’on ne trouve aucune trace de désunion : les joies et les peines sont partagées par tous : aussi notre camarade ne manqua pas de faire allusion à la récente perte de M. Pungier, ravi à l’affection de tous, mais surtout de ses charmants élèves de 3è préparatoire. Que Dieu suscite des remplaçants aux vaillants qui tombent sur la brèche !

M. le Directeur, par une de ces belles improvisations où il est passé maître, répondit, engageant chacun à bien passer les vacances, c’est-à-dire chrétiennement, souhaitant à tous une année heureuse, laborieuse, couronnée de succès et sanctifiée par la prière, la vie de grâce et la fidélité aux devoirs d’état : il n’est de bonheur que dans l’ordre et la paix.

Repas et repos

...Puis ce fut le souper et le repos durant lequel nos benjamins firent de gentils rêves. Mon ami Pierrot se voyait transporté chez lui, dans le capuchon du Père Noël qui lui donnait 2 sucettes bleues pour passer le temps, tandis que le Père Fouettard envoyait une volée de bois vert à Lulu qui, bavard incorrigible, avait dérangé ses voisins pendant l’étude. Roger, installé dans une superbe auto, allait franchir le seuil du Likès quand, tout à coup, une sonnerie électrique le réveilla en sursaut. Il était 23 heures et demie...

JPEG - 83.9 koJusqu’en 1940, il y avait une section primaire au Likès

La toilette fut un peu moins longue que d’habitude. A 23 heures 50, tous étaient prêts pour descendre prendre les places laissées vides par la foule des parents et des amis qui avaient déjà pris d’assaut une bonne partie de la chapelle : elle aurait pris tous les bancs si notre vigilant maître de chapelle, aidé de quelques professeurs, ne s’était posté là pour la canaliser et l’empêcher de trop s’avancer.

La messe de minuit

JPEG - 140.2 koLa grande Chapelle du Likès qui abrite aujourd’hui les selfs

Que de monde venu de Douarnenez, des environs de Quimper, et même de Baud, de Landévant ! Ces braves gens étaient venus, quelques-uns parce que chez eux il n’y avait pas messe de minuit, d’autres pour assister à un bel office et entendre de beaux chants.

Ils furent satisfaits, car, au dire des connaisseurs, les cérémonies furent en tous points réussies : M. l’abbé Lozachmeur emprunta le Ton très solennel, et les chantres, sous l’habile direction de M. Abaléa, rendirent brillamment les diverses parties du programme.

A 23 h. 55, un joli cantique populaire évoque la grande nouvelle chantée par les anges aux humbles pasteurs de Bethléem.

Le beau chant grégorien lent et majestueux est ensuite interprété par les soprani, dont les suaves et suppliants accents redisent la joie et l’adoration de l’Église entière penchée sur l’humble crèche pour adorer son divin Fondateur et lui demander la paix pour les hommes de bonne volonté.

Le Kyrie de la Messe solennelle, entonné par la Schola et repris par la foule, fait monter vers Dieu nos supplications, tandis que le Gloria - belle composition à quatre voix mixtes, du Frère Albert-des-Anges - emprunte aux vieilles mélodies le charme et l’allégresse que Noël répand sur le monde.

La messe se poursuit, fervente et recueillie : les chants liturgiques alternent avec les accords tour à tour joyeux, majestueux et graves de l’orgue. Les Noëls égrènent leurs notes flûtées, alertes comme de gais carillons, sous les doigts de M. Salaün, sous-directeur, et de M. Eugène Le Viavant, les organistes de l’École.

Puis c’est le long défilé des élèves et des parents vers la Table Sainte. Et Jésus, l’humble Enfant de Bethléem, Dieu fait Homme apporte à nos cœurs la paix et la joie promises aux âmes de bonne volonté. Les cantiques de la Communion, Je vous adore, ô Sainte Eucharistie et Dans une pauvre étable est né le Fils de Dieu, de Gevaert, éveillent les pieuses aspirations de l’âme toute au bonheur de posséder son Dieu. Ces sentiments sont encore renforcés par l’audition de Jérusalem, acclame Celui qui vient vers toi, de Noyon.

La 2ème messe passe comme un songe. Infatigables, les chantres tiennent en éveil et font monter vers le ciel les sonorités les plus variées et les plus harmonieuses (bien que plusieurs des morceaux du programme soient de composition moderne !)

Soudain, une voie tremblante, mais bien timbrée, fraîche et cristalline, perce le silence impressionnant et plane sur les 1.400 auditeurs. Félicitons une fois de plus Roger Friant, notre 1er chantre depuis cinq ans, pour avoir su rendre à la perfection le Noël breton Il est venu sans bruit (de Gevaert).

JPEG - 80.2 koRoger Friant, 1er Chantre et M. Abaléa, Maître de Chapelle.

Un Noël dialogué : Le Messie vient de naître (3 voix mixtes) de G. Renard, nous montre, avec quel pittoresque !, les Anges avertissant les Bergers du mystère qui vient de s’accomplir et les guidant jusqu’à l’Étable où ils adorent... « le Roi de Gloire, qui vient nous donner la paix ! »

Après le charme de ces jolis Noëls, Voici le Roi de Gloire, chœur à 4 voix mixtes de Haendel, couronne magistralement le splendide programme de la fête. A pleine voix, les diverses parties de la chorale, accompagnées par les grandes orgues, chantent la gloire du Roi des rois, et acclament Celui qui vient vers nous, l’Éternel, notre Dieu.

Départs en vacances selon les mérites.

C’est fini ! en sortant, beaucoup cherchent des visages aimés, afin de pouvoir sortir. Munis de l’autorisation des chefs de Division, ils préfèrent aller continuer la fête chez eux : n’ont-ils pas chargé leur petit frère de mettre, au coin de la cheminée, une paire de souliers involontairement oubliée à la maison ? Pour être plus sûrs que le Bonhomme Noël aura passé, ils aiment mieux rentrer chez eux avant le réveil du petit frère.

Le 25, de bonne heure, nos jeunes amis qui avaient mérité leur 1er degré, profitant de la possibilité de partir, prenaient le train ou l’auto pour leur « home ». A 10 heures, il ne restait plus au Likès qu’une centaine d’élèves du 2è et du 3è degrés. Ceux-ci furent copieusement arrosés... (de pluie), le soir en revenant de promenade. «  Quel sale temps !  », tel était le refrain général.

« Vivement demain matin ! pour être sous des cieux plus cléments !  » Nous leur souhaitons, sans croire très fermement à la réalisation de ce souhait, un temps magnifique chez eux.

JPEG - 175 koArbre de Noël et crêche, réalisés en 2003 par les élèves de 6ème et 5ème SEGPA

Publié le : lundi 24 décembre 2012

LE LIKès | La Salle - Quimper

20, Place de la Tourbie - 29196 QUIMPER Cédex
Tél. 02 98 95 04 86 - Fax 02 98 95 06 24

Contact | Plan du site | Mentions légales

suivez nous sur facebook Suivez nous sur twitter

une création : www.studioentete.com