HISTOIRE : L’Année scolaire 1900-1901 au Pensionnat Sainte-Marie.

La première année scolaire du 20ème siècle est marquée, au Likès, par une nouveauté fort appréciée des élèves. Pour la première fois, ils ont des vacances du 29 décembre au 3 janvier. Jusque là, quand le pensionnaire rentrait en septembre, il s’engageait pour six mois d’internat ininterrompu. Ses premières et seules vacances n’arrivaient qu’en avril et duraient une dizaine de jour !

L’année scolaire 1900-1901 va durer du 15 septembre au 23 juillet.

Voici, tirée des numéros de janvier et juillet 1901 du bulletin des anciens, la chronique intitulée "Nouvelles du pensionnat".

Août

Du 26 Juillet au 3 Août, comme aussi du 10 Août au 15 Septembre, pas de différence sensible entre un monastère de Chartreux et la paisible cité du Likès. Les professeurs s’en vont tristement à travers cours, salles et couloirs, s’entretenant avec les ombres de leurs élèves disparus.

Du 3 au 10 Août, l’animation se retrouve un peu. Ce ne sont plus les jeux bruyants, ni les classes laborieuses, mais un recueillement plein de vie, plein de travail où 300 âmes de Frères se retrempent pour les luttes à venir : c’est la retraite annuelle des Frères du district de Quimper.

Après de longs mois d’un labeur fatigant, ils viennent à la source puiser la patience, l’affection, le dévouement dont bénéficieront ensuite leurs élèves.

Septembre

Jour de rentrée

Voici le 15 ! le Pensionnat semble renaître. Les maîtres, dont le visage respire une joie sans mélange, se multiplient pour être à la fois partout. Les cours s’emplissent du roulement des voitures et du hennissement des chevaux, les escaliers sont autant d’échelles de Jacob où hommes, femmes, enfants montent et descendent comme ils peuvent, au milieu d’une procession de matelas, de traversins et de couvre pieds.

Les rues de Quimper voient défiler sans cesse des groupes de jeunes gens moitié tristes, moitié joyeux. On les dirait armés pour un voyage car ils portent valise ; pourtant, c’est pour une halte, et une longue encore, car ces jeunes gens sont des élèves du Pensionnat Sainte-Marie ; et c’est aujourd’hui la rentrée.

JPEG - 79.7 koLa cour des petits, jouant aux échasses, avant 1906

Et si le Frère Directeur ne trouve pas le moyen, qu’il cherche depuis si longtemps, dit-il, de donner au premier de l’an quelques jours de vacances, il y en a pour six mois « de boîte ».

Le lendemain, dimanche 16, on s’oriente un peu et le lundi, en avant la besogne ! Sans souci des retardataires, que l’ouverture de la chasse ou autres raisons ont tenté, les programmes sont attaqués avec vigueur.

Visite de 3 évêques

Le 21, au sortir de classe, à 4 heures 1/2, grand émoi dans la maison ; le Frère Duvian, pro-directeur, arrive tout essoufflé, disant
« Groupez-vous en hâte, dans la cour d’entrée, pour recevoir la bénédiction d’un Archevêque et de deux Évêques ». C’était, ma foi, bien vrai. NN. SS. de Besançon, de Quimper et de Monaco [1], après avoir vu l’atelier [2], visitaient la salle des fêtes et la chapelle.

JPEG - 104.7 koReprésentation de l’école vers 1900.

JPEG - 85.4 koLes "nouveaux" ateliers avant 1906

Un Archevêque et deux Évêques dans nos murs, quel événement ! Le bon vieux Frère Diogènes, qui a pu s’asseoir sur la première pierre de la maison, ne se souvenait pas d’avoir vu pareille chose ; non plus que le vénérable Frère Capréole, d’économique mémoire, du temps où il voyait clair encore.
Nous cernons le carrosse, afin que Leurs Grandeurs ne s’échappent pas sans crier gare ; car nous tenons beaucoup à leur bénédiction, et un peu aussi à... autre chose.
En effet, Leurs Grandeurs, qui sans doute avant d’être des princes de l’Église ont été comme nous sur les bancs de l’école et savent ce que l’on aime à notre âge, n’ont garde d’oublier le petit congé. Aussi est-ce au milieu de vivats prolongés que nos augustes hôtes d’un moment quittent le Pensionnat.

Le 25, congé épiscopal. De 1 heure à 7 heures, les divers groupes d’élèves battent joyeusement la campagne aux environs du Stangala ; et le nôtre, qui n’est jamais en retard quand il s’agit de belles excursions, trouve moyen d’aller passer deux bonnes et instructives heures à la papeterie de l’Odet.
Une superbe machine d’acquisition toute récente nous intéressa particulièrement, d’autant que M. René Bolloré, le distingué et très aimable cousin de notre Président, voulut bien nous en faire lui-même la description.

JPEG - 60.9 koEugène Bolloré, cousin de René, l’industriel.

Et le soir, à la nuit tombante, traînant un peu nos 22 kilomètres, mais heureux d’une si agréable promenade, nous rentrâmes au Pensionnai satisfaits. Pourtant il nous restait un désir : celui de voir notre Évêque vénéré conduire souvent ses amis sur notre montagne.

Octobre

Octobre, dans certains pays privilégiés, c’est le mois des vendanges. Mais Octobre, chez nous, n’est que le mois des feuilles qui tombent, le mois des brouillards et des pluies sans fin, le mois qui ouvre sur nos côtes la série des tempêtes. Et pour le Pensionnat, c’est un mois bien monotone.
A peine si le pauvre chroniqueur peut relever la retraite de rentrée prêchée
- aux Français par le R. P. Mautor, de la Société de Jésus,
- aux Bretons par M. le Curé de Carhaix,
et suivie de part et d’autre avec beaucoup d’entrain et d’intérêt.

Le 21. Il est peut-être bon de mentionner aussi que le dimanche 21 Octobre fut un grand dimanche pour Saint-Évarzec, petite paroisse du voisinage de Quimper où les Frères tiennent une école.
C’était la clôture du triduum en l’honneur de saint Jean-Baptiste de la Salle. Les novices, petits et grands, exécutèrent les chants, et notre vaillante musique releva par son concours l’éclat de la fête. En somme, journée pleine de foi et de sainte gaieté dont les bonnes gens du pays garderont longtemps la mémoire.

Novembre

Sainte Cécile et Saint Éloi

Le mois triste entre tous. La nature pleure ses derniers ornements, dont il lui faut se dépouiller ; et l’homme, que saisit le deuil solennel de la création, pleure les êtres chers qu’il a perdus. L’Église, d’ailleurs, toujours si poétique dans le cycle sacré de sa liturgie, nous rappelle que Novembre appartient aux trépassés.

Cependant, comme dirait Boileau, il n’est pas juste que, pour honorer les morts, on fasse mourir les vivants. Voilà pourquoi à Sainte-Marie l’on a pensé qu’une petite fête ne serait pas de trop le 22 Novembre. Et réunissant, dans un but de louable économie de temps, la Saint-Éloi à la Sainte-Cécile, on fit une belle fête ce jour-là.

Le matin, à la messe de règle, vrai régal de musique : entrée, élévation et sortie par la musique instrumentale. De l’Évangile à l’élévation, chant à l’unisson d’un très joli cantique à sainte Cécile.
Dans la soirée, promenade jusqu’à 4 heures.
À 4 heures 1/2, séance récréative.

J’aurais beaucoup à dire de cette séance vraiment intéressante, et par son heureuse variété et par le réel talent des jeunes acteurs. Ce furent trois grosses heures d’un rire presque sans trêve ; plusieurs, à ma connaissance, en ont fait une indigestion. Hélas, il ne m’est pas possible de m’attarder à en donner même un rapide compte-rendu. Je tairai donc tout le bien que je pense du Secret des Pardhaillans et du Billet de Jocrisse.

Décembre

La fête de l’école

Le 8, comme l’écrivait un ancien élève à son jeune frère, tout au Pensionnat est à la joie aujourd’hui. La fête a commencé par une bonne communion générale qui a dû grandement réjouir le coeur de la bonne Mère que nous célébrons.
C’est spécialement la fête des Congréganistes aussi porteront-ils leurs insignes toute la journée et se montreront-ils fiers d’être les Enfants de Marie ! Aussi bien leur petite famille va-t-elle s’agrandir ce soir.

Le temps, quoique maussade, aurait pu nous contrarier davantage, ne nous plaignons donc pas.

A 10 heures, M. le chanoine Le Roy, recteur de Saint-Mathieu, célèbre la messe solennelle, pendant laquelle la musique du Pensionnat joue quelques beaux morceaux. Malgré des difficultés de plus d’une sorte, l’excellent chef la tient à hauteur des circonstances ; nous l’avons constaté avec plaisir une fois de plus.

Les vêpres ont été chantées à 1 heure 1/2, puis les élèves sont sortis.

A 5 heures, la chapelle présentait un aspect fort intéressant. D’abord l’illumination était parfaite, et nous engageons nos amis qui ne l’ont point vue à assister à une fête du soir dans la chapelle du pensionnat ; ils nous diront ce qu’ils pensent de cette apothéose de la Sainte Famille dans la grande baie pratiquée au dessus du maître autel.
Du côté de l’Évangile, sur une petite estrade, voici Monseigneur, qui a répondu si gracieusement à l’invitation que les Frères lui ont adressée. A ses côtés, M. le chanoine Vieille-Cessay, secrétaire général, et M. le chanoine Le Roy.
De chaque côté du chœur, une douzaine de prêtres et les enfants de chœur ;
En chaire, M. le chanoine Eveno, supérieur du Séminaire pour les Missions d’Haïti. « Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme, et elle t’écrasera la tête. » La guerre est déclarée d’une part, Marie et sa race (Jésus et les hommes) et de l’autre, Satan et sa postérité (le péché). Une demi-heure durant, M. le Supérieur captive l’attention de ce petit peuple qui remplit les bancs de la vaste chapelle.

Le sermon est terminé. Le préfet de la Congrégation s’avance. « Pour la plus grande gloire de Dieu et l’honneur de la Congrégation, tous ceux qui désirent être reçus congréganistes sont invités à s’approcher. »
Dix jeunes gens répondent à cet appel et formulent leur ferme résolution d’être reçus Enfants de Marie.
La cérémonie suit son cours, puis Monseigneur donne la bénédiction solennelle du Très Saint-Sacrement.

Une réunion intime, présidée par Sa Grandeur, suit la cérémonie religieuse, et vers 8 heures tout le monde est réuni à la salle des fêtes, pour assister à la conférence annoncée de M. le comte de Vincelles sur l’antialcoolisme.
Pendant une heure, le sympathique conférencier a fait passer successivement sous les yeux de ses auditeurs, charmés mais surpris, les terribles effets de l’alcoolisme sous toutes ses formes.
Aussi Monseigneur l’a-t-il vivement remercié du zèle déployé par la Société dont il est le président, pour essayer d’enrayer d’abord, puis de faire baisser dans le Finistère l’usage de toutes ces boissons distillées si nuisibles à l’individu, à la famille et à la société.

Entre temps, un 1er Prix du Conservatoire, un flûtiste distingué, M. Ferrary, a soulevé d’unanimes applaudissements dans tout l’auditoire, par le brio avec lequel il a exécuté divers morceaux sur sa flûte enchantée.

Enfin, par suite du manque de lumière oxyéthérique [3], la partie amusante n’a pu avoir lieu, ce qui a permis à tout le monde d’aller se coucher un peu plus tôt. Une mauvaise langue m’a dit que quelques-uns ont rêvé d’alcoolisme, et quelqu’un même aurait dit vers son lever : "encore un verre, Mme Le Roux".

Noël... puis, enfin, des vacances

Le 25. Minuit, chrétiens, c’est l’heure solennelle !
A minuit, le Pensionnat est là, au grand complet devant la crèche du petit Jésus, pour chanter à pleins poumons : Gloria in excelsis Deo !
Naturellement, le réveillon qui suit la messe n’a pas dans un internat, les mêmes charmes que dans la famille ; mais que voulez-vous, on fait ce qu’on peut !
La journée se passe dans cette douce joie enfantine qui est le caractère propre de la fête de Noël.

Le 29. Vivent les vacances ! Quoi ! me dites-vous, ami lecteur tout effaré, quoi ! qu’est-ce que vous dites ?
Eh ! bien, oui, vivent les vacances ! car nous avons vacances ! Ah ! vous êtes partis trop tôt de la boîte, voilà tout. Nous, qui sommes arrivés à temps pour avoir des vacances, nous partons revoir papa, maman, nos frères, nos sœurs, pour leur dire à tous « Bonne année, bonne santé, et le paradis à la fin de vos jours !"

Mais nous reviendrons ; oh ! oui, nous reviendrons le 3 Janvier pour reprendre notre besogne, et nous la reprendrons, certes, avec une vigueur nouvelle, en disant aux chers Frères « Merci, et bonne année ! »

Janvier

Les compliments et vœux sont faits, je n’y reviendrai pas. Ceux qui les auraient oubliés feront bien de les revoir pages 1 et 19 du dernier Bulletin.

Conférence d’un missionnaire sur les indiens

Le 11. La mode est aux conférences, et vraiment je ne l’en blâmerais point si toutes étaient aussi intéressantes et aussi bonnes que celle d’aujourd’hui.

A 5 heures, le R. P. Savinien, O. S. B., de Kerbénéat, nous parle du langage et des mœurs de diverses tribus indiennes de l’Amérique du Nord, qu’il a évangélisées, et notamment de celle des Potowatomis sur les rives de la fameuse Canadian.

A 6 heures 1/2, on l’écoutait encore sans ombre de distraction ; et quand le Frère Directeur, moins égoïste que nous et plus soucieux de ménager la santé du bon Père barbu, le pria de mettre le point final, nous fûmes tentés de n’être pas contents de lui : « Oh ! déjà ! parlez encore, parlez toujours ! » C’est qu’il nous contait cela très comme il faut, le Père Savinien, et quelles jolies choses il contait !

Déjà j’avais ouï dire que le missionnaire, outre le bon Dieu, son grand ami, avait trois amis précieux : son bréviaire, sa pipe et son cheval. Eh bien, le P. Savinien en trouva fort heureusement un quatrième, en certaine occasion où, s’étant tout naïvement perdu pour deux jours, ses amis habituels lui manquèrent à la fois : sa montre.
Oui, sa montre.

Il paraît qu’en face de l’immensité déserte des forêts, si belle dans les livres de Chateaubriand, mais si triste dans la réalité terrible qui menace d’en faire un tombeau, il fait bon entendre un autre tic tac que le tic tac de son cœur, et qu’une simple montre devient alors un confident précieux.

Que nous étions émus quand le missionnaire, ému lui-même, sortait de son gousset, comme une relique, cette chère compagne de ses angoisses qui avait été pour lui, pendant des heures, tout le monde et toute la civilisation !

Mais notre émotion fut de courte durée, car un instant après nous riions avec le Père, hors de danger, au milieu des Indiens qui le montraient comme une bête curieuse « Wamtatapouska qui s’était perdu ». C’est que ces diables d’Indiens ne se perdent jamais.

Oyez plutôt ; c’est une des premières aventures du P. Savinien.

Un jour, il est désigné pour conduire à Saint-Joseph, une Mission voisine - trois ou quatre cents kilomètres seulement - un groupe d’enfants qui vont y faire leur éducation. Les bambins ont tout juste passé la dixième année et ne connaissent guère que leur village.

C’est bien simple, pense le Père. Et pourtant c’était une véritable entreprise ; il s’en aperçut bientôt. D’abord il fallait s’y rendre en chariot à travers un pays sans gîte ni chemins, emporter avec soi tout le nécessaire en nourriture et objets de campement et surtout, suivant le conseil d’un vieux Père, son compagnon d’apostolat, ne pas quitter des yeux les jeunes voyageurs, pour ne pas s’exposer à les voir s’éclipser dès la première halte.

Enfin, tant bien que mal, après huit jours, l’on arrive. Le Père Savinien, tout heureux, remet son petit troupeau aux soins du Père Supérieur de Saint-Joseph et, plus leste cette fois, revient en hâte porter la bonne nouvelle à sa Mission.
Savez-vous ce qu’il trouve en arrivant ?
Ses petits Indiens, au grand complet, qui viennent saluer son retour.

Je parlerais bien encore de la cérémonie du mariage, si originale en ce pays, et dont les détails nous ont particulièrement intéressés, mais j’en connais qui me blâmeront de mon bavardage et je fais stop ici.

Père Savinien, merci !...

Visite de Mgr l’Évêque

Le 14. Visite de Monseigneur. Est-il assez bon papa notre évêque ? Voici qu’il vient en ce jour... nous souhaiter la bonne année.
« Vous ne pouviez tous venir chez moi, dit Sa Grandeur, on aurait pu croire à une invasion, et d’ailleurs, où vous aurais-je reçu ? Alors, je suis venu vers vous.  »

Bien que cette visite n’eût pas été officiellement annoncée, il en avait transpiré quelque chose, et, dès que parut Monseigneur, les élèves, en tenue de travail, par exemple, se groupèrent en hâte dans la salle des réunions, et un tout jeune orateur s’approcha pour débiter un compliment…

Monseigneur remercie des vœux qui lui sont adressés, avoue qu’il avait voulu nous surprendre, voir un peu comment nous étions dans l’intimité de notre vie ordinaire. Il nous félicite d’avoir été trouvés sous les armes, prêts à le recevoir, comme une armée toujours en éveil et qu’il est impossible de prendre en défaut ; puis il nous offre aussi ses voeux.

« Puissiez-vous être, nous dit-il en substance, de bons élèves, tendant toujours en tout vers le mieux, instruits, dans la mesure de vos forces et de votre vocation. Soyez de bons Français, vous préparant à devenir des instruments de régénération sociale dans la sphère plus ou moins grande où s’exercera votre action ; des artisans de la gloire et de la prospérité de notre chère Patrie.
Soyez surtout de bons chrétiens aux convictions bien assises et qui toujours dans leur cœur, plus fort même que les nobles amours de la famille et de la Patrie, sauront garder l’amour de l’Église et de Dieu.
 »

Séance littéraire

Le 22. Jour anniversaire de ma naissance et... séance littéraire donnée par un abbé de l’Est, au profit d’un monument à élever en l’honneur de Jeanne d’Arc.

Ai-je bien lu ? Séance littéraire ? Comme ils y vont maintenant là-bas ! A quand l’Académie ? Rassurez-vous ; dans l’assemblée il n’y avait qu’un littérateur, celui qui nous parlait. Et même, pour se mettre à notre portée, ne prit-il de la littérature que la partie matérielle de la versification. Une idée me vient : peut-être devrais-je dire jonglerie littéraire.

Il s’agissait, en effet, d’improviser en parlant, sur un sujet donné et avec des rimes données. Bien que notre culture intellectuelle ne nous eût pas précisément très disposés à goûter les charmes de cette séance, la prodigieuse facilité du compositeur, se jouant à travers les règles prosodiques et surmontant les autres difficultés semées à plaisir sous ses pas, ne manqua pas de nous intéresser.
Le Frère Directeur, en remerciant le zélé missionnaire de Jeanne d’Arc, voulut bien lui remettre, en notre nom, une petite offrande pour son œuvre.

Février

N’étaient les jours gras, qu’on a tâché de rendre aussi gais que possible, il n’y aurait rien à signaler en Février.

Dimanche, lundi et mardi gras

Dimanche gras, à 7 heures du soir, répétition générale de "Jacques Cartier", à laquelle assistent seuls les élèves internes.

Lundi, dans la soirée, tirage d’une tombola extraordinaire. Extraordinaire d’abord parce qu’elle passe de vingt coudées les tombolas des années précédentes, et puis surtout parce que, au rebours des tombolas ordinaires, celle-ci ne rapporte à son organisateur qu’un surcroît considérable de besogne, sans autre compensation que celle - bien grande en vérité - de faire un grand nombre d’heureux avec ses cinq cent et quelques lots.

Le mardi soir, à 7 heures, séance publique. Nos apprentis artistes s’en tirent avec leur bonheur et leur entrain ordinaire, nous conduisant de l’humble cabane du pêcheur de Saint-Malo, aux splendides salons du Louvre et jusqu’au milieu des glaces du Canada, à travers mille péripéties de terre et de mer.
Ils nous conduisent aussi… au Mercredi des Cendres, car le Mardi gras est mort depuis cinq minutes, quand ils nous lâchent enfin.

Mars

Le mois du renouveau ! Il nous amène, cette année, un véritable renouveau spirituel, avec la grande et solennelle indulgence du Jubilé. Les conditions étaient, avec la sainte communion, trois processions de chacune quatre visites, dont deux dans notre chapelle et deux dans l’église paroissiale de Kerfeunteun.

Les processions se sont faites, à 5 heures, les 16, 17 et 18, suivies, chaque jour, d’une petite instruction pratique de M. le chanoine Bourlé.

Le 19, une communion générale clôturait pieusement les saints exercices et ouvrait, douce et radieuse aurore, l’inoubliable fête qu’on célébrait en ce jour, c’est-à-dire : les Noces d’Or du cher Frère Diogènes, la bonne maman dont les «  petits chous » remplissent le monde, et les Noces de Diamant des chers Frères Capréole et Celsin. Quel jour ! et quel souvenir !

En souvenir de ces belles fêtes, le Comité de l’Association Amicale a offert aux vénérables jubilaires un joli reliquaire en bronze argenté.

Est-il besoin d’ajouter que, le lendemain, nous eûmes un grand congé ? Plogonnec, Guengat et tous les environs eurent, ce jour-là, la visite de l’un ou l’autre de nos groupes joyeux et bruyants. Et tenez pour certain que pas un de ceux qui nous ont vus passer n’a dit que nous préparions de mauvais soldats !

Avril

Repos pour tous. Nos députés y sont déjà ! voici le 3 : nous partons en vacances, et le chroniqueur comme les autres s’endort...

Pas longues tout de même ces vacances. Aujourd’hui le 15 et déjà la rentrée... pour nous - non pour nos députés. Un temps splendide ! et toutes les vacances un temps affreux ! C’est-y pas un guignon ! Et dire que les professeurs se fichent encore de notre déconvenue : « Il faut croire qu’il ne fait beau que chez nous ! » disent-ils avec un malin sourire. Force est bien de penser comme eux. Mais c’est égal, on aurait pu intervertir...

Mai

« C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau. »

La communion solennelle

Le 5, ouverture de la retraite de communions prêchée par M. Le Cocq, recteur de Plouëc-du-Trieux. Pendant les trois jours qu’elle dure, des conférences spéciales sont données aux jeunes gens qui achèvent cette année leurs études, par le R. P. Bruno, O. S. B., de Kerbénéat. C’est leur part de retraite.

On nous avait d’abord promis le P. Savinien, notre sympathique conférencier du 11 Janvier. Mais il faisait une maladie en ce moment, et nous n’avons pu que prier pour lui. Nos successeurs auront sans doute le bonheur de le posséder, l’an prochain.
Pour nous, nous ne voudrions pas dire que nous avons perdu au change. Tous ces bons Pères sont aussi pleins de talent et d’amabilité que de zèle. Le P. Bruno nous a très particulièrement intéressés. Qu’il reçoive nos remerciements pour le bien réel qu’il nous a fait.

Le 9, c’est le grand jour. A la messe de communion, deux magnifiques cantiques qui mettent aux yeux de plus d’un des larmes d’attendrissement : "l’Ange et l’Ame", ce céleste duo, et "Dieu de paix et d’amour" avec son émouvant solo de basse.
A 10 heures, grand’messe solennelle ;
à 2 heures, vêpres suivies de la procession à Kerfeunteun.
Toute la journée, temps irréprochable. La pluie continue de la veille nous avait fait craindre autre chose mais il y a une Providence pour les pauvres gens.

Le lendemain, traditionnel pèlerinage à la chapelle de la Mère-de-Dieu, contrarié cette fois par le mauvais temps. Nous ne devions rentrer qu’à midi ; mais l’homme propose, et... il n’était pas 9 heures que déjà nous avions regagné nos pénates, trempés comme des soupes, et presque mécontents du bon Dieu. Dans la soirée, pourtant, il fit à nouveau briller son soleil et nous en profitâmes pour tout réparer.

Le 19, grande fête encore, fête de famille toujours attendue, la fête de nos chers Anciens dont le compte-rendu, comme il convient, est en tête de ce Bulletin.

Juin

Rien de spécial, sinon travail plus sérieux encore dans les classes, car voici les examens qui approchent.

Le 2, Fête de la Trinité. Avant même le lever du soleil nos musiciens sont en route pour Plonéour où ils vont relever par leur concours, toujours apprécié, l’éclat d’un grand pardon local. Les voitures aiment mieux passer par Pont-l’Abbé, car la route est plus belle ; et nos musiciens aussi, car il leur sourit d’agrémenter le réveil des Pont-l’Abbistes d’une surprise à bon marché.

JPEG - 103 koLa fanfare du Likès en 1885

Le 9, ils sont à la procession de Saint-Corentin ; le 14, à Douarnenez ; et le 16, à Saint-Mathieu. N’est-ce pas admirable d’entrain et de bonne volonté ?

Il faut que je dise aussi que le concours annuel pour les Apprentis-Élèves Mécaniciens s’est ouvert à Brest, le 11 Juin, et que vingt-et-un Likésiens y ont pris part.

Juillet

Sur 21 candidats présentés au concours des Mécaniciens de la Marine, 20 ont été définitivement admis par décision ministérielle en date du 1er Août 1901.

Enfin, le 23 Juillet, succès plus magnifique encore. Plusieurs centaines de braves se sont vus couronnés de lauriers : c’était la Distribution solennelle des Prix, dont Monseigneur notre Évêque avait bien voulu accepter la présidence, encore qu’il dût le lendemain présider celle de son Petit-Séminaire de Pont-Croix.

Ceci se proclamait, avons-nous dit, le 23 Juillet. Puis vinrent les vacances, les vacances interminables, semblait-il, jusqu’au 16 Septembre !

Notes

[1Le lien entre les 3 prélats est le département du Doubs : Mgr Fulbert Petit était archevêque de Besançon, Mgr Dubillard, avait été prêtre à Besançon avant d’être nommé Évêque de Quimper en février 1900, Mgr Charles-François-Bonaventure Theuret, évêque de Monaco, était lui aussi originaire du Doubs

[2Des ateliers viennent d’être construits en 1900. La photo où l’on distingue un Frère en tenue (donc d’avant 1906), en bas à gauche, donne une bonne idée de l’ensemble qui deviendra atelier de menuiserie vers 1930 et ne sera démoli qu’en 1979 !

[3La lumière oxyéthérique était utilisée pour les projections et le cinématographe qui apparaissent au Likès aux premiers jours du 20ème siècle

Publié le : lundi 3 décembre 2012

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