De 1838 à la fermeture (provisoire) de 1906

Le « Vieux Likès »

Quand, au XIXe siècle, on mentionnait le "Vieux Likès", il s’agissait de cette période de 26 ans (1838-1864) pendant laquelle il fut logé dans la partie ouest du collège municipal, mais en fonctionnant d’une façon tout à fait indépendante de celui-ci.

Une vieille photo, nous donne une idée des bâtiments alors occupés par « l’école des likès ». Le fait que les flèches de granit de la cathédrale y figurent, en fond de tableau, prouve que le cliché est postérieur à l’année 1857. Il nous montre un bâtiment tourné vers l’ouest et dont le style fait penser à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle.

Avec les mansardes, il compte quatre niveaux. La cour sur laquelle jouent les élèves est plantée d’arbres et au coin gauche, en bas, on distingue le parapet interne du rempart séparant l’école du Champ-de-Foire. Ce rempart, d’une largeur de plus de 3 m, servait à l’occasion de cour de récréation et il était percé d’une porte (aujourd’hui bouchée mais encore visible) permettant aux élèves de se rendre sur la place.

L’accès normal de l’école se faisait par la petite rue Saint-Antoine, en prolongement de la rue de Kergariou.

JPEG - 132.2 koLes bâtiments du « vieux Likès », dans la partie ouest du collège municipal, ces bâtiments ont été rasés en 1886, lors de la construction du lycée La Tour d’Auvergne.

La Maison-Blanche

Il existe au musée des Beaux-arts de Quimper un tableau peint par Olivier Perrin vers 1821-25. Il nous offre une vue du Champ de Foire (aujourd’hui place de la Tourbie), prise du haut des remparts en regardant vers le nord. L’artiste s’en est donné à coeur joie en y peignant de nombreux groupes de paysans et de paysannes, portant différents costumes de Cornouaille.

Mais ce qui nous intéresse, c’est le haut du tableau : on y voit bien le cimetière Saint-Louis avec sa chapelle et, vers la droite, une auberge et ses dépendances. Cette auberge, bien placée au coin du Champ-de-Foire et de la rue de Brest (aujourd’hui rue de Kerfeunteun), doit son nom de « Maison-Blanche » à sa couleur. Elle se présente comme une solide bâtisse avec rez-de-chaussée, étage et mansardes. Quant aux dépendances, elles semblent assez vastes mais modestement bâties. Cette maison va jouer un rôle important dans l’histoire du Likès.

JPEG - 87.8 koLe Champ de-Foire, vu par Olivier Perrin (1761-1832), musée des Beaux-Arts de Quimper. En haut, à droite : la Maison-Blanche.

Le « nouveau Likès »

JPEG - 15 koQuand les Frères ont acquis, en 1854, la propriété de la Maison-Blanche, bien située, avec ses 16.668 m2, en vue d’une future construction, on pouvait penser que celle-ci allait vite démarrer. Il faudra pourtant attendre six ans avant le début des travaux et quatre autres avant leur achèvement.

Les raisons de ce long délai sont d’ordre financier et administratif : d’un côté, il faut d’abord payer l’achat de la propriété (15.000 f. plus les frais) avant de songer à financer des constructions, et, par ailleurs, les Supérieurs des Frères ne peuvent donner leur autorisation de bâtir tant que le plan de financement n’est pas réaliste. C’est donc sur ces deux fronts que le Frère Dagobert va se battre pendant toute une décennie.

JPEG - 14.3 koProfitant du triomphal voyage de Napoléon III en Bretagne et à Quimper, le Frère Dagobert lui remet une longue supplique. On y remarque cette phrase : « Les Frères, livrés à leur propres ressources, et s’imposant tous les sacrifices possibles, ne peuvent répondre que de 25 à 30 mille francs » (sur un devis ramené à 50 ou 55 mille francs, pour une première tranche). Il faut donc compter sur des subventions publiques. Celles-ci, bien que modestes, en comparaison du devis, vont bientôt venir. Dès le 23 novembre 1858, le Baron Richard, préfet, annonce au Frère Dagobert une aide gouvernementale de 6 000 F., à laquelle le département ajoute une subvention de 3 000 F. Les plans et devis sont retournés « revêtus de l’approbation ministérielle ».

Encouragé par ce premier succès, le Frère Dagobert écrit de nouveau au Frère Supérieur général pour solliciter l’autorisation de construire l’aile nord, au centre du futur bâtiment. A sa demande il joint le devis dont l’examen est plein d’intérêt et qui monte à 62.403 F 39.

Il obtient satisfaction le 23 novembre 1859.

JPEG - 95.7 koLe Nouveau Likès à l’origine – document de 1868.

La construction commence dès le 23 avril 1860 : il s’agit bien de l’aile centrale du bâtiment prévu en U. Le 17 juin, a lieu la bénédiction solennelle de la première pierre par Mgr Sergent, évêque de Quimper de 1855 à 1871.

Les travaux sont rondement menés et, dès octobre 1861, Bigot signe son devis pour les ailes ouest et est du bâtiment. Le coût s’élève à 29.420 f. 61 pour chaque aile, avec un supplément de 800 f. pour l’aile est (côté rue) qui comprend une cave. A noter, pour la petite histoire, qu’en cette même année 1861, un jugement du tribunal de Quimper, daté du 13 mai, exproprie le tréfonds de la propriété au profit de la Compagnie du Chemin de Fer Paris-Orléans, en vue du percement du tunnel.

La construction de l’aile ouest démarre en 1861 et celle de l’autre aile en 1863. Celle-ci bénéficie d’une aide de 30.000 f. de la part du centre de l’Institut des Frères. Dans sa lettre de remerciement au Frère Assistant du Supérieur, en date du 13 août 1863, Frère Dagobert fait allusion au chemin de fer qui désormais relie Paris à Quimper. Cette ligne sera ensuite prolongée jusqu’à Landerneau, en passant par le tunnel creusé sous Le Likès et terminé en 1864.

JPEG - 121.8 koLe Likès en 1864, vu de l’autre côté de la vallée du Steir. Saint Hubert et la cour Saint Joseph.

A peine le Frère Dagobert aura-t-il eu le temps de souffler pendant quelques années, après le déménagement d’avril 1864, qu’il va se retrouver, au lendemain de la Guerre 1870-71, devant un problème de place. En effet le nombre des élèves, après avoir baissé momentanément, du fait de l’occupation par l’armée d’une partie des locaux, reprend une rapide croissance : à la rentrée de 1871 on enregistre un total de 651 élèves (dont 459 pensionnaires ou chambriers), alors que le maximum précédent n’était que de 593, en 1867-68.

Devant cet afflux, le Frère Dagobert pare au plus pressé et décide de construire, en 1872, un pavillon d’une vingtaine de mètres, comportant rez-de-chaussée et étage, orienté nord-sud et situé à peu de distance à l’ouest de l’U central. Ce nouveau bâtiment dit de Saint-Hubert, bien que provisoire en principe (il durera jusqu’en 1927 !) allait entraîner d’autres constructions dans le même alignement et transformer la cour Saint-Joseph en ce long couloir plutôt triste que nous avons bien connu et qui ne disparaîtra qu’avec les démolitions effectuées en 1993.

JPEG - 77.1 koPlan des constructions au 19ème siècle. Le scolasticat.

En 1884-85, un long bâtiment étroit, avec classes et préau, est construit pour les scolastiques à l’ouest et en contre-bas des classes prolongeant le bâtiment St-Hubert. Il connaîtra par la suite bien des avatars et se trouvera baptisé "ligne Sigfried" lors de la guerre 1939-45. Il sera rasé en 1951, en même temps que les classes adjacentes.

En 1890, enfin, le scolasticat est doté d’un bâtiment autonome et adéquat, orienté est-ouest et dominant l’entrée du tunnel : il comprend classes, dortoirs et autres locaux. Il sera démoli en 1967 pour céder la place à l’auditorium et autres salles du Likès.

La construction du noviciat et de maison de retraite des Frères

Elle s’échelonne de 1882 à 1885 : il s’agit d’un bâtiment situé face au Champ-de-Foire et formant équerre avec la chapelle du Likès construite en 1873-74. Tout cet ensemble sera complété, en 1886-87, par la chapelle, dite du noviciat (mais servant en réalité à toutes les maisons de formation et aux Frères Anciens), construite sous la direction de l’architecte Gustave Bigot, fils de Joseph. Sous cette chapelle sont aménagés cuisine et réfectoires et elle est surmontée d’un dortoir.

JPEG - 105.5 koVue imagée du Likés en 1891.

La grande chapelle

Pour ce qui est de la chapelle, on sait que le Frère Dagobert rêvait de la construire dans le jardin. Pourtant, si on regarde la vue de l’établissement en 1891, on y voit une place vide, béante, en bordure de la rue de Kerfeunteun, entre l’aile est de l’U primitif et l’internat du petit-noviciat qui vient d’être construit en 1888. C’est là que le directeur a prévu d’implanter la nouvelle chapelle en y incluant une salle des fêtes en sous-sol. Il en confie l’étude à l’architecte Gustave Bigot …

Notons enfin qu’il a existé un projet de clocher pour cette chapelle : on en possède le plan (gothique comme le reste de l’édifice), dressé par le Chanoine Abgrall, mais pas le devis. Il devait se dresser à l’angle nord-ouest de la nef (côté cour Ste-Marie). Sa hauteur prévue était de 15 m au-dessus de la base du toit.

On sait que les travaux de la chapelle débutèrent en 1896 (pose de la première pierre le 10 mai) et se terminèrent en 1898 (bénédiction solennelle le 22 mai).

JPEG - 55.2 koProjet de chapelle avec clocher.

L’atelier de mécanique

JPEG - 15.1 koPour compléter son oeuvre de constructeur, il restait au Frère Cyrille-des-Anges à doter son établissement, d’un nouvel atelier de mécanique. On possède un rapport établi à ce sujet par le conseil d’établissement du Likès, en date du 7 mai 1899. Il signale l’insuffisance notoire de l’atelier existant, bâti en 1888 le long du mur du jardin, et propose une nouvelle construction dont le devis atteindrait 12.604 F 75 pour la bâtisse elle-même et 9 826 F. pour l’équipement du local. Le devis de construction n’était que provisoire parce qu’établi à partir des prix pratiqués précédemment pour la chapelle. Le devis dressé quelque temps après par le Chanoine Abgrall atteignait en fait 13.208 F.

Les travaux commencèrent bientôt. L’atelier en question, avec murs de pierre, charpente de bois, toiture d’ardoises et plafond de plâtre, fut construit en haut de la cour St-Joseph et dans l’alignement du mur séparant le jardin de la cour nord. Son outillage comptait 50 étaux, 3 machines à percer, 1 tour parallèle et une forge à 5 feux ; les machines-outils étaient entraînées par une machine à vapeur d’un coût de 7 000 francs.

JPEG - 132.6 koLa cour Saint Joseph à la rentrée des classes vers 1900. (Au fond, l’atelier de mécanique).

Conclusion

Avec ce nouvel atelier de mécanique, se clôt le cycle de constructions entrepris en 1860 et qui s’est achevé avec le siècle. La masse des bâtiments ainsi obtenue nous semble sans doute un peu disparate, avec en plus la juxtaposition des locaux affectés au Likès et de ceux du District.

Les constructeurs ont souvent dû répondre à l’urgence et ainsi se lancer parfois dans du provisoire qui a ensuite duré trop longtemps. Beaucoup de ces bâtiments ont aujourd’hui disparu, souvent remplacés par de plus modernes ; d’autres sont toujours debout et témoignent encore de la foi et de l’audace des bâtisseurs du XIXe siècle.

JPEG - 120.8 koVue imagée du Likès en 1900.

JPEG - 181.7 koVue perspective du Likès, à la fermeture en 1906.

Publié le : mercredi 18 avril 2012

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