CONSTRUCTIONS : 1960 - Le Likès se tourne vers le Sud et la Cathédrale de Quimper.

13 ans après la fermeture de 1906, Le Likès peut renaître dans ses anciens locaux. Le 18 mai 1907, M. Eugène Bolloré, président des anciens élèves, avait, en effet, racheté, avec probablement le soutien des Frères, la propriété confisquée par l’État et vendue aux enchères publiques. Il l’apporte au capital de la nouvelle société "Le Likès", créée le 25 octobre 1917.

En cette année 1919, la situation financière est très fragile pour un établissement qui a un capital immobilier vétuste et dont les rentrées d’argent sont limitées par un effectif d’élèves qu’il faut reconstituer progressivement, niveau par niveau.

La première priorité est de restaurer les vieux locaux. Une grande partie des bâtiments datent en effet des années 1860 à 1880. Ce n’est qu’à la fin des années 1920 que deux constructions, St Joseph (remplacé par le bâtiment de l’internat en 1963) et une extension des ateliers, vont venir augmenter la capacité d’accueil de l’école.

Après la seconde guerre mondiale, alors que les effectifs ne cessent d’augmenter, le Likès doit remettre en état des lieux occupés par les allemands. Cela prendra quelques années.

En 1952, sous le Directorat du Frère Laurent Le Guellec, l’école peut, enfin, se lancer dans un important programme de constructions.

JPEG - 107.4 koEtat des lieux entre 1952 et 1960.

JPEG - 129.7 koLe parc des Frères entre 1952 et 1960

Dans une première tranche, le bâtiment St Jean-Baptiste de la Salle (Bâtiment E qui abrite les classes de seconde) remplace des locaux provisoires qui dataient de 1876 (!). Mais l’espace vital est encore insuffisant.

L’acquisition d’une propriété à Kerozer, en Saint-Avé près de Vannes, en mars 1949, va permettre le départ progressif du District des Frères et libérer toute la partie sud de la propriété.

Le déménagement du petit noviciat, va tout d’abord permettre aux 120 élèves de sixièmes de s’installer, à la rentrée 1949, dans les locaux, certes modestes, mais vacants.

En mai 1955, Les Frères Anciens quittent à leur tour le Likès pour Kerozer. Ils libèrent des locaux, vétustes, mais particulièrement bien situés : tournés vers le Sud et dominant le centre ville de Quimper !

Fallait-il croire le Frère Le Viavant quand il déclarait, le 18 mai 1958 : « la sagesse (et aussi les suites d’efforts financiers considérables) impose un temps de calme. Pas de grands travaux en cours, ni en perspective » ?

Moins d’un an après, le projet de construction d’une nouvelle façade, d’une nouvelle entrée principale et d’une nouvelle cour d’honneur était déjà bien avancé !

Deux textes parus dans le magazine "Le Likès" précisent les objectifs et les modalités de cette réalisation qui a modifié le paysage quimpérois.

« CE BON VIEUX LIKÈS »

« Le Likès » n° 105. - Janvier-Février 1960

Je l’ai souvent lue dans vos lettres de vœux cette exclamation familière. Je crois y trouver, confusément mêlés, trois sentiments dominants : un attachement presque nostalgique aux souvenirs « du bon vieux temps » , une indulgente condescendance pour la patine de nos façades centenaires, un appel discret à un rajeunissement et à une modernisation de nos bâtiments.

L’attachement des Anciens à leur vieille école et à leurs anciens Maîtres est trop évident pour qu’il soit utile d’y insister, si ce n’est pour leur en exprimer toute la gratitude au nom de ces anciens professeurs.

C’est peut-être lorsqu’ils viennent présenter leur fils pour son inscription au Likès que perce davantage cet attachement teinté de fierté : « Tu vois, c’était là ma classe, je jouais sur cette cour, j’ai dormi dans ce dortoir... (Prudemment certains autres souvenirs sont tus devant Madame et le futur Likésien : on les réserve pour la prochaine Réunion des Anciens de la Promotion...)

JPEG - 84.9 koL’ancienne entrée, rue de Kerfeunteun, et la cour d’honneur.

Mais celui qui découvre Le Likès par la rue de Kerfeunteun, s’il est frappé par la masse imposante de sa façade Nord ne peut qu’être déçu par l’insuffisance et l’implantation déplaisante des locaux de réception et d’administration.

L’indulgence des Anciens trouve un aliment dans les projets vaguement entrevus d’une entrée d’honneur par le Champ de Foire. Et puis, sans aucun doute, Le Likès, dans beaucoup d’autres domaines, a su se moderniser et offrir à ses élèves tous les moyens éducatifs convenables.

Une visite de l’École suffit à en convaincre les familles : cours, chapelle, salle des fêtes, infirmerie, ateliers, installations sportives, classes du Bâtiment S.-J.-B. de la Salle, la salle de sciences naturelles du Frère Pro-Directeur avec ses précieuses collections géologiques et minéralogiques, et, dans quelques semaines, les vastes laboratoires de physique et de chimie en achèvement, sans compter le vaste horizon sur la vallée du Steir et sur la ville : tout cela fait oublier ce qu’a de mesquin le premier contact avec le Likès.

Mais, de nos jours, les exigences du confort et de l’éducation ne peuvent s’accommoder de l’indulgence et de l’immobilisme. C’est ce que les Directeurs successifs, en accord avec les professeurs, avec les anciens élèves et avec les familles d’élèves, ont toujours pensé et tenté de réaliser, dans la mesure de leurs moyens.

Les objectifs du projet

Après une période de pause relative et indispensable, voici, le temps venu de passer à une réalisation capitale, pour le Likès. Il s’agit de résoudre au mieux les importants problèmes ci-après :

1) Aménager l’entrée d’honneur de l’École par le Sud (Champ de Foire, dont on souhaiterait qu’il changeât de nom et… d’utilisation !).

2) Construire un bâtiment pour y loger dignement l’Administration et les salles de réception.

3) Donner une chambre à chaque professeur interne (et, notamment, aux Frères). Il s’agit donc, ici, d’un problème social élémentaire.

4) Construire des classes vraiment confortables et groupées par Division avec facilités de circulations.

5) Aménager, à proximité immédiate de chaque dortoir, des blocs sanitaires (douches comprises) convenables.

6) Par le transfert de certains services, libérer des locaux pour les rendre disponibles, à titre de foyers, pour les diverses Divisions.

7) Après ces premières réalisations, construire deux internats pour les élèves de 1ère Division, avec chambres individuelles,

Un an de réflexions

Depuis février 1959, M. SALVERT, architecte, père d’élèves, s’attache à la solution de ces problèmes rendus compliqués du fait de l’imbrication désordonnée de nos actuels bâtiments. Il travaille en contact étroit avec le Frère Directeur et les Professeurs qui ont suivi de près chaque étape de la recherche et fourni bien souvent de précieux avis.

Un an de travail a été nécessaire pour parvenir aux décisions définitives. Cela traduit de multiples hésitations et de multiples ébauches. Déjà des projets furent envisagés, voici plusieurs années. Il y aura lieu de se féliciter de n’avoir pas précipité les décisions, car la Providence a permis que les hésitations du début fissent peu à peu place à des perspectives plus audacieuses et plus dignes de l’importance du Likès.

Dans quelques semaines, les vieux bâtiments délabrés de l’ancienne Maison de Retraite seront livrés à la démolition. Les aménagements qui s’achèvent dans l’ancienne chapelle du Noviciat permettront d’y replier les classes et services voués à disparaître. Le surplus sera dispersé dans les locaux actuels. J’espère que chacun acceptera de se serrer un peu pendant quelque temps pour permettre le fonctionnement normal de l’École.

S’il plait à Dieu et à Notre-Dame du Likès, dans un an et demi, pour la rentrée de 1961, tout le bâtiment Sud sera occupé, et pour octobre 1960, nous voudrions bien qu’une tranche fût utilisable.

D’autres travaux, en raison de leur urgence, devront être entrepris sans retard, en particulier la réfection des toitures et des façades des autres parties de l’École.

Vers le centenaire

Même alors, quand, pour célébrer le centenaire de ses murs, en 1964, le Likès se sera complètement rajeuni, je souhaite que les Anciens continuent de parler familièrement de leur « Vieux Likès » car, plus encore que de l’indulgence, c’est de l’affection qu’ils enchâssent dans ces mots. Et ils y retrouveront toujours, je l’espère, le souvenir fidèle de leurs anciens Maîtres, l’amitié de leurs camarades de classe, et comme un écho des appels vers l’Idéal que leur cœur y avait entendus. Car, plus encore que les maisons des hommes, la voix de Dieu sait se faire à la fois toujours ancienne et toujours nouvelle pour nous inviter à monter vers Lui.

Chers Anciens, que cette Année 1960, si lourde d’inconnu mais si dense d’espoir, vous apporte à vous-mêmes et à votre famille, cette paix et cette joie qu’apporte toujours l’amitié divine !

Frère Eugène LE VIAVANT,
Directeur.

JPEG - 104.8 ko18 Mars 1960, la pelleteuse a percé le mur donnant sur le Champ de Foire

JPEG - 111.1 koDémolition des vieux bâtiments

JPEG - 114.4 ko1ère tranche où, le 26 septembre 1960, six classes vont être occupées par les 6èmes et 5èmes

JPEG - 107.1 koLes « Grands » donnent un coup de main pour le déménagement

20 mai 1962 : Bénédiction des nouveaux locaux.

Pendant que la foule songe à regagner ses pénates, que le Likès commence à se décongestionner, que, sous la pluie désormais battante, les voitures accueillantes emportent nos hôtes d’un jour, quelque 400 Invités se dirigent vers le hall de gymnastique où un immense « fer à cheval » garni de gâteaux et de champagne les attend.

Ils sont là tous les officiels qui suivirent la Bénédiction, sauf ceux qui ont vraisemblablement confondu « hall d’honneur » et « hall d’éducation physique ». Encore une fois, et pour reprendre le style de Gavroche, « c’est la faute à la pluie », car, dès le commencement du reflux dans les couloirs bouchés, les guides possibles en ont été réduits à suivre le flot passivement.

« O soleil, toi sans qui les choses... »

Lorsque tout le monde a pris place devant sa coupe, au gré des affinités ou de la providence des rencontres, le C. F. Directeur clôt la série des discours de ce jour triomphal.

« Excellence,
Mesdames, Messieurs,

Ce m’est un devoir, agréable à remplir, de remercier les personnalités présentes, principalement celles qui ont assisté à la cérémonie de bénédiction.

Tout d’abord Monseigneur que ses multiples occupations n’ont pas empêché d’être parmi nous et dont l’allocution nous est allée droit au cœur. Ensuite, le Cher Frère Assistant venant directement de Rome, le Cher Frère Adrien, secrétaire national, le Cher Frère Visiteur Donatien, M. le Vicaire général Prigent, Directeur diocésain de l’Enseignement, M. le chanoine Lescop, Supérieur de l’Ecole Saint-Yves, qui nous a remis les palmes académiques, M. Bonthonneau, Président de l’A.P.E.L. likésienne, M. Quéméré, représentant la Ville de Quimper, et tous les délégués des divers organismes, administrations et associations.

Et je salue tous les parents et anciens élèves que malheureusement il n’a pas été possible d’inviter ici, mais à qui vous voudrez bien transmettre mes plus chaleureux remerciements.

Notre reconnaissance la plus forte va certes au Seigneur et à Notre-Dame du Likès pour leur aide dans la construction des bâtiments inaugurés aujourd’hui. Ces bâtiments ne sont pas les premiers bénits depuis la guerre. Le C. F. Le Guellec, de 1948 à 1952, a mené à bonne fin la première tranche importante de rajeunissement du Likès ; aujourd’hui, c’en est la continuation, mais non la fin, si Dieu nous prête vie.

JPEG - 60.9 koMgr Fauvel, Évêque de Quimper et de Léon lors de la bénédiction des locaux

Cette deuxième tranche est due à la compétence et au dévouement de M. Salvert, dont les plans ont été longuement étudiés ou remaniés au gré des critiques ou des souhaits, parfois même en cours de réalisation, et qui, presque chaque jour, se déplaçait sur les chantiers, en collaboration évidemment avec les entreprises nécessaires, et je tiens à remercier publiquement tous les entrepreneurs ainsi que les cadres de maîtrise et les ouvriers pour la qualité et le rapidité des travaux.

En premier lieu, M. Le Bris excusé aujourd’hui, qui eut la tâche du gros œuvre et du terrassement, en coordination avec tous les autres corps de métiers. Ces autres, c’est la maison Mignon pour le plâtre et le carrelage, la maison Saint Genest pour les installations sanitaires et la plomberie, la maison Courtay pour le chauffage central, la maison Sol-Confort pour les revêtements de sol, la maison Louarn pour les couvertures, la maison Vialit et Delhommeau pour l’aménagement du terrain, la maison Pénard pour l’ornementation (avec l’aide du C. F. Jean-Louis Roudaut). J’en passe certainement.

Et je n’oublie point les entreprises purement likésiennes qui ont assuré une part importante de la tâche, en particulier la menuiserie du C. F. Daniel, chargée à elle seule de toute la partie bois, l’atelier d’électricité du C. F. Martin responsable de tout le réseau de l’ école, la section de peinture vitrerie aidée par M. Civel.

J’en oublie sûrement. Mais que tous, nommés ou non, soient assurés de notre reconnaissance. Car cette œuvre est vraiment le fruit de l’union de tous, aussi bien des maîtres aux suggestions précieuses que des élèves à la patience méritoire, les uns et les autres ayant dû accepter les inconvénients de chantiers bruyants et prolongés. Et elle est encore la conséquence, plus indirecte peut-être, mais réelle
- de l’effort des parents qui, par le moyen de la contribution scolaire, ont accepté de nous aider malgré leurs difficultés,
- de l’effort des parents, amis ou anciens élèves qui nous ont prêté des sommes importantes,
- de l’effort des industriels et commerçants qui nous ont gratifiés de la taxe d’apprentissage.

JPEG - 66.1 koFrère Le Bail, pro-Directeur, et Frère Le Viavant, Directeur, décorés par M. le Chanoine Lescop, Supérieur de Saint-Yves

Au soir de cette journée, le Seigneur a certainement béni nos bâtiments si nous considérons la pluie du Ciel comme gage de prospérité... » Jamais, en effet, de tout l’après-midi, l’averse n’a crépité avec autant de violence ; les carreaux du toit résonnent sous la chute brutale « ...de prospérité pour l’œuvre d’éducation du Likès au nom de laquelle je vous remercie tous, de tout cœur. »

Les coupes se lèvent, les conversations reprennent, les dernières considérations sont échangées. Et, peu à peu, l’immense hall se vide, et l’on se quitte, sur un au revoir ou un à-Dieu…

JPEG - 119.1 koLe 21 septembre 1962, la rentrée se fait, pour la première fois, par le sud (photo de la fin des années 1960)

Publié le : jeudi 20 décembre 2012

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